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25-03-2009

Après le meurtre de Lucie, le point sur les conseils de prévention à transmettre aux ados 

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Discerner quand il faut dire non

Photo : Istockphoto 


Les obsèques poignantes de Lucie Trezzini, 16 ans, ont eu lieu en présence d’une foule émue de 1500 personnes. L’émotion et les interrogations restent vives autour des circonstances qui ont permis qu’une adolescente soit assassinée par un ancien détenu. L’enquête montre que l’homme avait abordé plus d’une centaine de femmes et qu’au moins cinq d’entre elles avaient accepté de le suivre.

Une femme s’interroge dans un courrier de lecteurs: «Fait-on encore suffisamment de prévention pour que les victimes potentielles se méfient et se protègent?» En d’autres termes, nos jeunes seraient-ils devenus trop confiants? «Nous donnons des conseils à partir de situations courantes, comme le chat sur internet. Ils sont applicables dans d’autres domaines», nous répond Chantal Billaud, criminologue et directrice remplaçante de la Prévention suisse de la criminalité.

Pour elle, le conseil de base de nos grands-parents n’a rien de ringard et reste d’actualité: ne pas suivre un inconnu. «Mais nos conseils ne sont jamais faciles à admettre pour des ados à un âge où ils essaient de dépasser les limites», admet-elle. La criminologue le dit d’emblée: «Générer la peur n’est pas une bonne manière de faire de la prévention. Les statistiques ne montrent pas d’augmentation de la grande violence. Il est plutôt important d’avoir une bonne confiance en soi et dans le monde. Mais il est vrai qu’il faut aussi une certaine méfiance.»

Son service de prévention a mené une campagne sur des berlingots de lait. Objectif: lutter contre la criminalité issue d’internet. Les conseils: ne pas donner son identité ni sa photo. Ne pas donner son adresse ni son numéro de téléphone. Ne pas fixer de rendez-vous avec quelqu’un que vous ne connaissez pas. Lucide, la criminologue ajoute: «Si vous choisissez d’aller à un rendez-vous, fixez-le toujours dans un lieu public. Allez-y avec quelqu’un. Avertissez vos parents.» Et à tout moment, restez à l’écoute de vous-même: «Si vous sentez un tout petit doute, écoutez votre intuition. Il vaut mieux parfois s’en aller.»

Aux parents, elle suggère toujours la même chose: «Intéressez-vous à ce que vos enfants font. Entretenez le dialogue et une relation de confiance. Tout en sachant que ce n’est pas facile puisque l’adolescence est un âge où ils prennent distance d’avec vous.»

Situations délicates

Le peu de méfiance des jeunes est aussi ce qui étonne Béatrice Salla, responsable du site ciao.ch. «Dans leurs questions sur notre site, nous constatons qu’ils se mettent dans des situations délicates, déplore-t-elle. Je me demande souvent comment tel jeune a accepté de se rendre dans une soirée où il ne connaissait personne, pour se retrouver ensuite plongé dans un imbroglio. Bien qu’ils connaissent les règles de prudence, c’est comme s’ils se disent qu’eux-mêmes ne risquent rien.»

Même son de cloche du côté de Serge Pochon, psychologue et directeur de l’association Telme.ch qui répond au thème «violence» sur ciao.ch: «Nous pouvons faire toute la prévention possible, la dimension de la relation interpersonnelle reste forte. Je m’explique: nous savons qu’il ne faut pas suivre un inconnu, mais c’est la relation qui fait que cela marche.» En d’autres termes, un inconnu peut inspirer confiance, dégager l’honnêteté, avoir même développé une stratégie efficace.

Le psychologue propose alors de toujours s’interroger sur ce qu’on fait. «Connais-tu des gens qui le connaissent? Peux-tu évaluer qui il est et ce qu’il fait? Les promesses qu’il laisse miroiter sont-elles réalistes? Réfléchis.» «Nous pouvons aider les jeunes à développer un bon niveau de perception, précise Serge Pochon. Pour favoriser ce discernement, je prône une dialogue véritable avec eux sur des situations vécues plutôt que sur des généralités.»

Le psychologue entend par là un vrai échange, pas moralisateur. «Des interdits, il en faut, mais il est aussi important de permettre le développement de l’autonomie.» Et garder une idée à l’esprit: nous ne sommes pas dans un monde de malades et de pervers. «Nous sommes dans un monde de gens bienveillants. Mais quelques-uns sont malveillants. A cause d’eux, des précautions sont nécessaires.»

Question d’éducation

Les Eglises abordent-elles aussi ces questions avec les jeunes? Exemple sur le terrain. Alain Monnard, pasteur formé à la médiation, a développé une formation pour de «jeunes artisans de paix» dans son aumônerie de gymnases. «Nous leur apprenons à dire non tout en respectant l’autre, explique-t-il.

Dire non, c’est l’affirmation de soi, sans pour autant écraser l’autre ni avoir recours à la violence.» Les élèves se sont exercés à l’aide de jeux de rôle. «La confiance en soi est importante, sinon vous vous faites marcher dessus au lieu de réagir, enseigne le pasteur. L’amour du prochain est lié à la capacité à dire non.

Dans la Bible, le commandement ‹Tu aimeras ton prochain comme toi-même› est précédé de celui qui dit: sans haine, ‹n’hésite pas à lui faire des reproches.» «Tout le travail de réflexion sur l’identité que nous faisons au catéchisme a un effet préventif», estime de son côté Armin Kressmann, responsable cantonal de la jeunesse. «Nous nous interrogeons avec eux sur la loi et la transgression.

Face à la violence et au conflit, nous les invitons à entrer dans une culture de la parole plutôt que du passage à l’acte.» Pour le responsable, l’Eglise travaille sur un arrière-fond: «Faire de la prévention, c’est aussi transmettre des valeurs. Comme l’estime de soi, de l’autre, et l’autonomie qui conduit à intégrer des règles de vie.»

  • G.D.