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Pâques, selon Luc Version imprimable Suggérer par mail
25-03-2009

François Bovon, spécialiste renommé, parle de la vision de l’évangéliste

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François Bovon

Photo : Justin Knight/Harvard Divinity School


François Bovon, théologien vaudois, né à Lausanne, enseigne à l’Université de Harvard, aux Etats-Unis, après avoir enseigné pendant plus de vingt-cinq ans à l’Université de Genève. Il publie le quatrième et dernier volume de son commentaire de l’Evangile selon Luc. Un travail de plus de trois décennies.

Qu’est-ce que l’Evangile de Luc a d’original par rapport aux trois autres?
François Bovon: Luc s’adresse à des lecteurs juifs et grecs et cherche à se faire comprendre de chacun. Matthieu, pour sa part, vise uniquement un public juif. Luc, par ailleurs, s’exprime avec talent et sait toucher les gens. Marc, lui, ne s’embarrasse pas de questions de style et ne s’exprime pas bien. Enfin, Luc est le seul évangéliste à écrire, à la suite de l’Evangile, un second livre, les Actes des apôtres. Il veut signaler par là que l’histoire de Dieu avec son peuple continue.

Après le temps de la promesse, dont l’Ancien Testament rend témoignage, il y a eu le temps de l’accomplissement. Il est réalisé dans la personne de Jésus – étape décisive racontée dans l’Evangile –, puis dans celle des apôtres.

Comment Luc comprend-il la Passion du Christ?
La Passion de Jésus représente, aux yeux de Luc, une véritable souffrance, une agonie. L’évangéliste n’a pas honte d’admettre l’humanité de Jésus, ni ses sentiments d’effroi devant la mort, ni aussi son courage. Il souligne combien Jésus a respecté la volonté de Dieu. Le Christ en croix va, chez Luc, jusqu’à pardonner à ses ennemis.

Luc présente-t-il la résurrection d’une manière particulière?
Le chapitre 24 de l’Evangile de Luc, le grand chapitre de la résurrection, est composé avec talent. Il comporte quatre scènes qui se déroulent toutes à Jérusalem ou dans ses environs. Les différences avec les autres Evangiles sont nettes. Marc ne connaît que l’épisode du tombeau vide et Matthieu situe la dernière apparition en Galilée. Luc raconte d’abord la surprise des femmes devant le tombeau vide, puis la rencontre émerveillée des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité, puis l’apparition solennelle du Christ qui confie une mission universelle à ses disciples, enfin les adieux et une ultime bénédiction lors de l’Ascension.

Quelle signification lui donne-t-il?
Pour Luc, la résurrection signifie le passage de la mort à la vie, le retour vers la gloire de Dieu, cette présence vivifiante qu’Adam et Eve avaient perdue lors de la chute.

Et pour vous-même, qu’est-ce que la résurrection?
Lors de la résurrection, Jésus apparaît comme le premier-né d’entre les morts. Le premier d’un long cortège de croyants. Nous sommes tous invités à nous insérer dans ce cortège. Pour nous inciter à faire le pas, le Christ se présente à nous, discret et patient.

Vous avez passé plus de trente ans à étudier cet auteur, qu’est-ce qui vous plaît chez lui?
J’apprécie deux qualités. Luc n’oppose pas la foi et la raison, ni l’Evangile et la culture. Son art d’écrire est ainsi un hommage rendu au Créateur. Il est conscient de la distance entre Dieu et les humains. Pour lui, le contact avec Dieu est possible, mais indirect. Dieu se sert d’intermédiaires pour nous atteindre. Loin de toute immédiateté, la foi s’appuie sur des témoignages humains et non sur des preuves prétendument divines.

  • V.Vt

  • Un livre: «L’Evangile selon saint Luc 19, 28 – 24, 53», Ed. Labor et Fides, 75 fr. A paraître en mai.