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Chrétiens du monde
La Chine chrétienne Version imprimable Suggérer par mail
25-03-2009

Nankin est la capitale du christianisme chinois. Qui se développe rapidement. Reportage

chine

Wang Aiming: «Former des pasteurs pour 60 millions de protestants.»

Photo : bn


«Lorsque mon ami David Aikman a écrit dans son livre que dans trente ans, 30% de la population chinoise pourrait être convertie au christianisme, les autorités ont sursauté», raconte Wang Aiming avec un petit sourire. Assis dans son bureau du Séminaire de théologie de Nankin, à trois heures en train rapide de Shanghai, le théologien chinois est un homme suroccupé. Il trouve pourtant toujours un moment pour recevoir ses amis.

David Aikman, longtemps correspondant en Chine du magazine américain «Time», grand défenseur des Eglises de maison en Chine et auteur du livre de référence sur les chrétiens chinois «Jesus in Beijing», n’est pas le seul. Desmond Tutu, Hans Küng, Joseph Ratzinger devenu le pape Benoît XVI, Thomas Wipf le président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, tous sont venus voir ou ont reçu cet homme droit et énergique qui dirige le principal centre de formation théologique de Chine.

«Il y a en Chine 60 millions de protestants, mais seulement 2000 pasteurs», relève le théologien que l’ampleur de la tâche ne semble pas décourager. Au rez-de-chaussée de la vénérable demeure sise au milieu d’un vaste jardin, se trouvent les salles de classe et la bibliothèque. Le bâtiment, construit il y a cent ans par des méthodistes américains, a connu une histoire mouvementée. Le premier culte après la Seconde Guerre mondiale s’y est tenu.

Le leader nationaliste Tchang Kaï-chek, qui avait établi sa capitale à Nankin, était chrétien, converti par sa femme. Durant la Révolution culturelle entre 1966 et 1976, les gardes rouges, désastreux pour la Chine entière et en particulier pour les religions, avaient installé leur siège dans l’église.

Le succès de la théologie

Aujourd’hui, la chapelle est jonchée de cartons remplis de livres et de documents. «Nous sommes en train de déménager, s’excuse M. Wang. Les locaux sont devenus trop exigus. Dans le nouveau campus, construit en périphérie de la ville, nous pourrons recevoir jusqu’à 500 étudiants.» Cinq cents étudiants en théologie à Nankin? Dans la Chine communiste dont on entend dire qu’elle est en guerre contre les religions? «Oui, répond le responsable du Séminaire. Nous avons reçu une large subvention de l’Etat pour cette construction.»

La nouvelle économie et l’ouverture à une plus grande liberté individuelle ont placé la Chine dans une situation tout à fait neuve. En même temps que chaque Chinois tentait de répondre à l’appel de Deng Xiaoping «Enrichissez-vous!», deux évidences sautaient aux yeux: la première était que tout le monde n’y parvenait pas; la seconde que cette course à l’argent laissait un vide. «Dans les campagnes, mais aussi dans les élites qui sortent des universités, un nombre de plus en plus grand de Chinois cherchent un chemin vers la spiritualité», assure le Dr Wang.

Après la rupture communiste de cinquante ans, les Chinois, portés par une tradition millénaire, retrouvent massivement cet attrait. Certains se tournent vers le bouddhisme, le taoïsme ou le confucianisme, comme le montre la modernisation d’un temple spectaculaire au centre de Nankin. D’autres sont séduits par la vérité originale du christianisme.

Ce succès n’est pas qu’une joie pour Wang Aiming. Il est aussi source de préoccupation. «La qualité théologique des catholiques en Chine – quelque vingt millions de fidèles – est bien meilleure que la nôtre, reconnaît le théologien, détenteur d’un doctorat de l’Université de Bâle. Le sacerdoce universel des protestants fait que chacun peut s’improviser pasteur et parler sur la Bible.»

Gare aux gourous!

Les millions versés par le gouvernement chinois pour le nouveau campus s’expliquent ainsi. Comme le pasteur Wang, les autorités s’inquiètent de l’explosion d’une spiritualité sans contrôle. «S’il n’y a que le mouvement charismatique, mais pas d’Eglise bien structurée, le terrain est occupé par des gourous individuels, pas par l’Eglise.»

Les sectes, notamment celles fondées sur la Bible, pullulent à travers tout le pays. «Leur vrai but est de récolter l’argent des fidèles. Il n’y a pas de comptabilité claire, pas de consistoire, pas de synode, aucun organe de contrôle. Dans les campagnes, le gourou est le chef de ces communautés, avec des centaines de milliers, voire des millions de fidèles.

C’est de cela dont le gouvernement central a peur.» M. Wang aussi. Son activité principale consiste donc à donner à son Eglise une organisation comparable à celle que nous connaissons, d’où son attrait pour Calvin. «Mon séjour en Suisse a été profitable. La faiblesse de l’Eglise protestante chinoise, c’est le manque de pasteurs qualifiés mais surtout le vide en matière de doctrine et d’organisation réformée de l’Eglise.»

En attendant, le pire qui pourrait arriver aux chrétiens chinois serait un repli du pays sur lui-même. «Il faut prier pour nous et pour la Chine, recommande le doyen. Encourager une Chine ouverte vers la modernité, vers le progrès, vers la démocratie. Les critiques constantes ne peuvent que renforcer le sentiment ultranationaliste. Si la Chine devait se refermer, nous chrétiens serions les premières victimes.»

  • V.Vt

Histoire agitée

La Chine a eu plusieurs rendez- vous avec le christianisme. Au XVIe siècle déjà, par des missionnaires catholiques proches du pouvoir impérial. Au XIXe siècle, des protestants ont suivi. Leur nouvelle traduction de la Bible en chinois, utili­sant un autre mot pour désigner Dieu, fait que catholiques et protestants sont considérés aujourd’hui en Chine com­me deux religions différentes. Nankin a connu un épisode marquant, avec la révolte des Taiping, dès 1850. Le chef rebelle Hong Xiuquan, qui avait 3000 concubines, se disait fils de Dieu et frè­re de Jésus. La révolte et la répression de ce qui est considéré comme la plus grande guerre paysanne de l’humanité a fait 20 millions de morts.

  • bn