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Culture
Jésus, la star du ciné Version imprimable Suggérer par mail
25-03-2009

L’Université de Lausanne se penche sur les mises en scène du Christ aujourd’hui

passion_gibson

La «Passion» de Mel Gibson a attisé la peur des fondamentalismes.


Qu’on se le dise, le septième art doit beaucoup… à Jésus. «Les Passions filmées ont joué un rôle primordial aux débuts du cinéma, explique Alain Boillat, maître assistant à la Section d’histoire et esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne. Avant 1906, les films faisaient moins de trois minutes. Seules les Passions duraient jusqu’à 45 minutes.

«Les plus grands, les plus dispendieux, un succès énorme! Leur visionnement est à la fois un pèlerinage et un divertissement de masse. Certains prétendent à l’époque qu’elles ont été tournées sur place, ce qui est faux.» Le cinéma est encore trop jeune pour inventer ses propres scénarios, il reprend du connu. Dans le respect des évangiles.

Le tout jeune art est en quête de légitimation. «Dans les années 1910, des films racontent la vie de Jésus à l’aide de références iconographiques. Le cinéma puise dans l’art pictural pour se donner une légitimité culturelle.»

Puis apparaît un procédé cinématographique qui durera quatre décennies – bien plus qu’une mode – celui du Jésus hors champ de la caméra. Le Fils de Dieu n’est jamais filmé directement, on n’en montre que les «traces».

En Angleterre règne d’ailleurs une interdiction de représenter Jésus. Alain Boillat s’émerveille encore de «Ben-Hur» (1959). «Dans le film de Willer, la technologie se met au service du divin. Les couleurs n’apparaissent que dans les scènes autour de Jésus.»

Film de piété

Puis vient le temps des passions contemporaines, véritables films d’auteurs. «85% des Italiens verront le ‹Jésus de Nazareth› de Franco Zeffirelli (1976). Le film est même agréé par le Vatican. Il dégage une piété, avec peu d’ajouts de fiction et peu d’amplification.»

Douze ans auparavant, Pasolini a opté pour une version très simple et dépouillée. «Il choisit ses acteurs dans des meetings politiques: c’est la lutte des classes plaquée sur l’époque de Jésus, explique Alain Boillat. Des valeurs différentes mais proches de l’Evangile.»

Jésus apparaît aussi au cinéma par allusion, comme dans «Jésus de Montréal». «Ce scénario, dans lequel un acteur finit par vivre lui-même le calvaire du Christ, est une manière de faire revenir cette figure à nous, explique le chercheur. Mais pour d’autres films, l’allusion christique peut être une simple manière de donner une autre dimension au film.»

«La dernière tentation du Christ» de Martin Scorsese (1988) est le film sur Jésus qui fera le plus scandale. Les protestations contre ce Jésus amoureux de Marie-Madeleine provoqueront même l’incendie d’un cinéma parisien.

Plus récemment, la «Passion» de Mel Gibson, qui s’en tient à la Passion seulement avec fortes amplifications d’hémoglobine, fait aussi couler beaucoup d’encre. «Le scandale est surtout venu du climat instauré par Gibson avant la sortie du film. Et de la peur des fondamentalismes.»

  • G.D.
  • Dans le prochain numéro: Jésus dans la BD

En savoir plus 

  • «Jésus au cinéma»: rétrospective de douze films, du 1er au 24 avril à la Cinémathèque à Lausanne.
  • Colloque international, du 7 au 9 mai: «Jésus en représentations. Romans, films, arts visuels du XXe siècle», par les Facultés des Lettres et de Théologie et Sciences des religions.
  • Programmes sur www.unil.ch/jesus ou 021 692 29 10