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25-03-2009

Au bord de la rivière, l’écrivain Jacques-Etienne Bovard nous fait goûter au bonheur de la pêche à la ligne

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Jacques-Etienne Bovard à la pêche en ultraléger: «S’intégrer à l’élément dans lequel le poisson évolue.»

Photo : Bernard Demont


«La pêche est une façon de lire la rivière. On en reçoit une réponse lorsqu’on attrape des poissons», sourit Jacques-Etienne Bovard. Initié par son grand-oncle, cela fait trente-sept ans que l’écrivain taquine les fonds. Plume et canne à pêche ont un point commun pour cet aventurier: «Ils existent en premier lieu dans mon imagination.»

Le pêcheur a trouvé le moyen de concilier les deux: il a écrit un ouvrage sur sa passion. Ce mordu aime la pratiquer à l’abri des regards, au bord de coins d’eau tranquilles. «Si je trouve des gens sur mon chemin je vais ailleurs. J’essaye d’éviter les endroits à accès motorisé.» Car sa canne à pêche lui offre un accès aux éléments naturels. «Je retrouve des ruses de prédateur et des sensations primitives», souligne-t-il. Taquiner la truite est aussi une forme de méditation pour l’écrivain.

«Pêcher, c’est s’imprégner des sensations d’un être vivant dans le présent, entrer dans l’intensité de l’affût.» Un jeu à deux qu’il aime pratiquer au bord de ruisseaux pleins de charme ou de belles rivières «L’esthétique est importante. Il ne suffit pas que les lieux soient poissonneux.» Bottes aux pieds, Jacques-Etienne Bovard part à la découverte de sensations et de lieux nouveaux.

«De l’immensité plate du Léman aux ruisseaux, rivières et gorges, notre région compte une fabuleuse variété d’endroits à découvrir. Les petits ruisseaux sont riches en découvertes et en émotions», souligne-t-il. Dans ces lieux étonnants, l’écrivain avoue avoir vécu de belles surprises: «Dans la rivière du Boiron à Morges, j’ai attrapé une fois une truite de 83 centimètres pour 6 kilos!»

La cachette du poisson

Avant de partir, un impératif: lire les cartes topographiques de manière approfondie pour connaître la forme de la rivière. Car méandres et forêts sont synonymes de souches et trous dans lesquels les poissons peuvent se cacher. La largeur du trait bleu marquant le pourtour du lac permet aussi de remarquer des détails propices comme la profondeur, souligne-t-il en expert.

Carte en main, armé de toute sa motivation, l’écrivain choisit ensuite son équipement, selon la qualité de l’eau. Est-elle trouble et haute, ou basse et claire? «Quand l’eau est claire, j’utilise la pêche au lancer, avec une petite cuillère et une canne courte. Je me sers d’une canne plus longue pour manier le vairon ou le ver de terre.»

La règle d’or

Malgré une préparation si minutieuse, lui arrive-t-il de devoir affronter «la mayaule», soit le fait de repartir bredouille de cette aventure? C’est l’approche qui prime, sourit Jacques-Etienne Bovard, surtout lorsqu’il s’agit de la truite. Et, le pêcheur en est certain, tout est question de tempo. On ne prend du poisson que si on respecte un rythme lent, si on est capable de s’intégrer à l’élément dans lequel évolue l’animal.

C’est une règle d’or dans les relations avec la nature, que ce soit pour la pêche, la cueillette de champignons ou la chasse: faire corps avec elle, s’y intégrer, sous peine d’être rejeté. Il existe aussi quelques «trucs» à connaître. «Les truites ont un grand angle de vue. Il faut les approcher avec des mouvements souples et discrets.» Saviez-vous également que le poisson a toujours la tête tournée vers l’amont? Approchez-vous donc en aval, sous peine de voir l’animal filer à votre arrivée…

Canne à la main et bottes aux pieds, Jacques-Etienne Bovard se retrouve souvent entre hommes pour partager une passion commune dans ce monde clanique. Il se souvient de moments inoubliables. «J’ai attrapé ma première truite à 13 ans, en 1974, par lancer à la cuillère: un vrai cadeau du ciel! Je me rappelle aussi de mon premier brochet de plus d’un mètre.» Le pêcheur sourit. «Adolescent, pour me faire de l’argent, je vendais la plupart de mes prises. Maintenant, je les remets de plus en plus souvent à l’eau.»

Ludique, sauvage et relaxante, la pêche a de nombreuses qualités. Selon Jacques-Etienne Bovard, elle serait aussi… drôle. Le livre qu’il a écrit a été lu plusieurs fois en public. Son texte «La mayaule» a été récité récemment par des comédiens. L’écrivain affirme que tout le monde riait. Il sourit. «La pêche n’est pas un sport pour taciturnes aigris.»

  • A. J.

 

Un livre

  • «La pêche à rôder», 2006, Ed. Bernard Campiche, photos en noir et blanc. Le texte en format poche vient de paraître aux mêmes éditions.