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Le metteur en scène François Rochaix prépare le grand spectacle du 500e
anniversaire de Calvin. Instructif autant pour les croyants que pour
les non croyants
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François Rochaix: «Une histoire exemplaire»
Photo : Marc Vanappelgehm
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Les spectateurs de «Calvin Genève en flammes» vont-ils revivre cet été à Genève la féérie de la Fête des vignerons de 1999 que vous aviez mise en scène?
François Rochaix: La comparaison est difficile. Le sujet est différent. La source mythologique de la Fête des vignerons est un mélange de racines chrétiennes et païennes avec des divinités grecques ou romaines. Ici, nous sommes dans un autre univers: le rapport fascinant que Calvin a entretenu avec la ville de Genève, et l’histoire d’une communauté qui, pendant trente ans, a eu des ambitions extraordinaires. Ce doit être aussi une fête du théâtre. Lors de la fête des vignerons, la plus belle aventure de ma vie, j’ai vu pendant près d’une année 5000 personnes se mettre corps et âme dans un projet. C’était impressionnant. Avec Calvin, il était intéressant d’avoir une vraie expression théâtrale, pour pouvoir montrer des contradictions. Il y a une scène très forte entre Calvin et Michel Servet.
Que saviez-vous de Calvin avant de vous lancer dans le projet?
Je suis d’éducation protestante. Ce projet m’a donné l’occasion de creuser un domaine qui m’était proche mais où j’en étais resté, comme beaucoup de monde, à des images négatives. J’ai découvert des éléments plus forts et contradictoires et pu briser les idées reçues pour construire autre chose. C’est ce que j’aimerais provoquer chez les spectateurs. Calvin a eu une influence extraordinaire sur le XVIe siècle, pas seulement religieuse, mais aussi culturelle, politique, économique. Une cité s’est complètement réorganisée sous son influence. Nous parlons de Genève, aujourd’hui encore, comme de la cité de Calvin.
Vous dites que Genève souffre d’un immense complexe Calvin. Expliquez-nous ça…
Une minorité de gens le défendent, mais ils sont à ce point sur la défensive qu’ils en font trop. Et puis une majorité le rejette, sans vraiment savoir pourquoi. En en restant à des idées toutes faites comme celle de la froideur, de l’austérité, etc. J’ai fortement ressenti une telle réticence chez des responsables politiques: «Calvin n’est pas Rousseau, il ne concerne que les protestants.» Ce n’est pas vrai du tout, Calvin a eu une influence culturelle locale et européenne, aussi forte si ce n’est pas plus que celle de Rousseau. Calvin a été l’autorité morale qui a fait de Genève un centre intellectuel et économique important.
Qu’y a-t-il à fêter chez Calvin?
Cela dépasse le cadre genevois. Lorsque Calvin a traduit du latin en français son ouvrage «L’institution chrétienne», cela a été un des premiers monuments de la littérature et de la langue française. Ce que Martin Luther a fait pour la langue allemande. Il s’est dressé contre ceux qui prêtaient de l’argent aux pauvres à des taux trop élevés. Dans les relations entre Genève et Calvin, il y a une histoire exemplaire pour aujourd’hui. J’aime rappeler l’exemple de Cuba, dans les années 1960 où Fidel Castro a essayé de créer une société plus égalitaire. Des réactions extérieures hostiles l’ont mené à se contredire, à interdire l’opposition, emprisonner les dissidents. Il est arrivé la même chose à Genève. Le dialogue et la liberté de discussion que Calvin souhaitait comme penseur n’ont pas été réalisés et, à un certain moment, des gens ont été bannis, enfermés, brûlés… Cette contradiction est instructive. C’est une chose que nous avons souvent vécue ces cent dernières années, partout dans le monde.
Une belle croyance qui devient intolérance…
Oui, le phénomène me heurte. Quand il est affirmé qu’il y a d’un côté ceux qui croient et qui ont raison, de l’autre les rejetés. Cette vision me fascine et me choque aussi à la lecture de l’Ancien Testament. Avec ceux qui sont dans le juste d’un côté, et le rejet des autres. Nous pourrions ne plus croire à cela. Pourtant, le monde connaît encore des guerres de religion. L’histoire de Calvin nous intéresse à ce titre. L’auteur de la pièce, Michel Beretti, a écrit un texte vivant. Je souhaite que le public soit remué, dérangé, et qu’il découvre cette tranche d’histoire extraordinaire.
Calvin a supprimé les fêtes, dénigré le théâtre. Une pièce pour le commémorer, c’est de la provocation?
Ce n’est pas tout à fait vrai. Calvin s’est battu contre une forme de théâtre, mais pas contre le théâtre éducatif. Je serais d’accord avec lui, sur ce point, par rapport à ce que nous voyons dans les théâtres. J’aime me battre pour un théâtre qui amène des doutes, qui discute de la réalité de manière sérieuse, qui n’est pas de pur divertissement. Dans le domaine musical, Calvin a fait chanter les gens. Le chant du culte sous Calvin devait ressembler davantage à une cérémonie de gospel qu’à la manière molle de chanter les Psaumes à l’église aujourd’hui. Il y a certes une austérité, la rigueur et la ponctualité des prières. Mais même lorsqu’il obligeait des pauvres à aller au sermon, c’était aussi pour qu’ils apprennent à s’exprimer et à lire en français.
Aura-t-on l’occasion de rire durant la pièce?
Oui. C’est un spectacle shakespearien avec des scènes d’une grande émotion, comme celle de la mort de la femme de Calvin, et des scènes drôles, comme quand deux vendeuses de poissons, au marché de la place du Molard, parlent du dernier sermon de Calvin sur la prédestination. C’est à la fois instructif et drôle. C’est du vrai théâtre, sans aucune austérité. Nous jouons devant le mur des réformateurs, devant la statue de Calvin, autant dire devant le stéréotype de Calvin que les Genevois côtoient quotidiennement. A nous de casser cette image pour que les gens qui passeront ensuite devant le mur y portent un regard différent.
Quel effet a eu sur vous-même la proximité avec le réformateur?
Cela m’a interpellé, surtout à mon âge, auquel on pense à la fin, et rendu encore plus méfiant à l’égard de l’exclusion. J’ai un immense respect pour la foi. Mais dès qu’on veut l’imposer à d’autres, cela me dérange. Cette mise en scène m’enrichit énormément mais elle me permet aussi de mieux percevoir les aspects négatifs de l’intolérance. C’est un spectacle qui me change. Mais n’est-ce pas ce que tout spectacle devrait être?
Qu’attendez-vous de la religion aujourd’hui?
La religion et les Eglises ayant perdu de leur importance, nous vivons un moment dangereux où il n’y a pas d’éthique. Or dans tous les domaines innovateurs, la physique, la biologie, la médecine, nous découvrons des possibilités vertigineuses pour l’avenir. S’il n’y a pas de morale, nous allons à la catastrophe. Nous devons reconstruire une éthique. C’est une question de survie. J’attends des religions qu’elles participent à cela de façon plus convaincante qu’elles ne le font actuellement.
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- Un spectacle: Calvin Genève en flammes, texte de Michel Beretti, mise en scène François Rochaix, musique Guy Bovet. En plein air à la Promenade des Bastions, Genève, du 1er au 26 juillet à 21h, tous les soirs sauf le lundi. Avec 12 acteurs, 12 chanteurs et 20 figurants. Billets, dans les gares, chez Manor, sur www.resaplus.ch ou tél: 0900 552 333, 1 fr./min
- Un guide: Une brochure de cent pages présente le programme complet des manifestations et événements liés à Calvin09, avec une instructive présentation de Calvin en bref. Commande: www.calvin09.org ou 031 370 25 25
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