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Dossier
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Les chrétiens face à Darwin |
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| 28-04-2009 | |
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Les créationnistes ne s’avouent pas vaincus
Ce groupe s’inscrivait dans un autre, plus large, le fondamentalisme, qui critiquait les découvertes scientifiques et les tendances historico-critiques de la théologie. «Les créationnistes veulent continuer de croire aux vérités de la Bible telles qu’ils les voient, comme avant Darwin», résume Jörg Stolz. Le mouvement créationniste a connu un beau succès à ses débuts. Malgré ses excès. Ne mettait-on pas alors sur le compte de l’évolutionnisme de Darwin la Première guerre mondiale, le développement du communisme? «L’évolutionnisme était présenté comme la main du diable pour combattre le christianisme, précise le théologien. La bataille contre Darwin était la grande bataille. Si on ne lui faisait pas rempart, alors, tout était perdu: Dieu n’est plus créateur, l’homme n’est qu’un animal, et la société va perdre toute morale.» Aujourd’hui, s’il fait encore les titres des gazettes, le créationnisme est malgré tout en perte de vitesse, ne serait-ce que du fait des progrès scientifiques. En Suisse, il est tout à fait marginal et ne toucherait pas plus de 1% de la population. Il faudra se faire à une nouvelle lecture de la Bible. Plus encore que par la biologie ou la physique, l’influence de la science sur la religion passe par la théologie elle-même et sa manière scientifique d’examiner l’image de Jésus, les récits bibliques et leur histoire, «L’influence de la théologie est encore plus grande que celle des autres sciences. La démystification est encore plus importante. La théologie elle-même devient une science qui a des difficultés avec les croyances», reconnaît Jörg Stolz. La plupart des chrétiens, cependant, ont une attitude positive envers la science, observe le directeur de l’observatoire des religions. Ils ne voient pas de conflit entre science et religion. Les athées militants, selon lui, n’ont pas bien compris non plus où se trouve la théologie d’aujourd’hui. Ils se créent des ennemis en ne regardant le religieux que dans sa forme fondamentaliste. «Ce n’est pas là où la plupart des croyants se trouvent aujourd’hui. C’est une fausse guerre», conclut-il.
Jeune, Charles Darwin avait entrepris des études de théologie. Sa carrière de naturaliste l’a conduit à prendre distance avec la religion. Sa théorie de l’évolution fondée sur la sélection naturelle est loin, il est vrai, des enseignements religieux de son époque, où la Genèse passait pour la description précise de ce qui s’était produit à l’origine du monde. Aujourd’hui encore, certains critiquent la Genèse comme étant dépassée par les théories du naturaliste anglais, alors que d’autres s’accrochent au premier livre de la Bible comme si c’était un traité de cosmogonie.
Le professeur refuse donc de voir la Genèse, écrite au premier millénaire avant notre ère, comme un livre qui devrait se substituer à un traité scientifique. «C’est comme si nous prenions les théories des médecins grecs du Ier siècle pour les substituer à celles d’aujourd’hui. Ce serait dramatique.» Si l’intérêt de la Genèse n’est pas là, où est-il? Pour le chrétien, la richesse de ce texte reste entière. «Il nous montre le rôle que doit jouer l’homme au niveau de la création, de l’univers. L’homme a une fonction de vis-à-vis de Dieu. Il est son représentant, responsable de la création. C’est un enseignement qui nous engage à une réflexion écologique et éthique, de toute première actualité», relève le spécialiste de l’Ancien Testament. L’homme est responsable, il doit gérer la création. Le récit du déluge est une réflexion sur ce qui arrive lorsqu’elle est mal gérée. Le professeur insiste sur la nécessité de ne pas voir la Bible comme un bloc monolithique, un texte immuable tombé du ciel. Il est nécessaire de se poser la question de l’interprétation des textes. Sinon, faudrait-il réintroduire l’esclavage, la peine de mort, l’inégalité homme femme, qui se trouvent dans certains passages? Le Nouveau Testament le montre aussi. Il n’y a pas un évangile mais quatre, sans qu’il soit dit que l’un a raison et les autres ont tort. «Nous devons essayer de vivre avec la diversité à laquelle la Bible nous invite, recommande le théologien. Une bonne manière de s’y habituer est de la lire en groupe. Nous nous rendons compte alors que le texte peut parler différemment à chacun.»
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Avec Jörg Stolz, directeur de l’Observatoire des religions en Suisse à l’Université de Lausanne
La théorie de Charles Darwin a provoqué un choc, aussi chez les théologiens. La manière de lire le texte biblique devait changer. Un groupe pourtant, au début du XXe siècle, a décidé de réagir contre cette nouvelle version de notre origine. Pour eux, l’hypothèse de Darwin sur l’évolution des espèces par la sélection naturelle devait être combattue, la vérité ne pouvait se trouver que dans la Bible, ce sont les créationnistes.
«Il faut distinguer les niveaux, recommande Thomas Römer, professeur au Collège de France et à la Faculté de théologie de Lausanne. Le récit de la Genèse, ou plutôt les deux récits qui sont donnés des origines de l’homme, ne présentent pas une théorie cohérente. Ce qui nous intéresse le plus dans ces textes n’est pas la spéculation scientifique à partir des connaissances de l’époque. Ils nous interpellent en nous parlant de la place de l’homme dans la création, de la relation entre Dieu et ses créatures. Ils posent des questions qui restent pertinentes: En quoi l’homme se distingue-t-il des animaux? Y a-t-il quelque chose au-dessus de l’homme? En quoi l’homme se distingue-t-il de Dieu?»
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