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Vie des gens
Le culte de la santé Version imprimable Suggérer par mail
28-04-2009

La religion est bonne pour la santé. Jusqu’à un certain point

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Prier pour guérir?

Photo : fotolia 


«Comment Dieu modifie votre cerveau» est devenu un best-seller aux Etats-Unis dès sa parution. «Comment la foi peut guérir» faisait récemment la couverture du magazine «Time». L’Amérique fait entrer les relations entre la science et la religion dans une nouvelle ère. A l’origine de cette lune de miel, il y a l’observation d’effets positifs sur la santé de la pratique religieuse. Tel chercheur démontre que la mortalité est plus faible chez les paroissiens qui participent régulièrement au culte, tel autre affirme que les patients atteints par le sida et qui ont une vie spirituelle présentent une meilleure défense immunitaire, un troisième montre que quelques minutes quotidiennes de méditation suffisent à ralentir le processus de vieillissement… La religion n’est plus moquée pour ses miracles, elle est devenue le remède universel.

Rajeunir par le jeûne?

Les effets positifs sur la santé de certaines pratiques religieuses ou spirituelles sont connus depuis longtemps. C’est le cas du jeûne de courte durée. «Vivre proche des questions essentielles de la vie est bon pour tout, note Pierre-André Pouly, pasteur résident de Crêt-Bérard, qui organise des cessions de jeûne chaque année. Jeûner, c’est faire violence à l’habitude de manger trois fois par jour. C’est une expérience fondamentale de l’humain où se rejoignent le corps, l’âme et l’esprit. Le jeûne touche l’être tout entier et le sens même de la vie. Le jeûne contribue à l’équilibre du corps par son aspect de purification. Il est bon aussi pour le psychisme car il fait traverser des peurs, notamment celle de manquer, qui est fondamentale. Il nourrit la vie spirituelle car il montre que la simple survie n’est pas la fin ultime de l’homme et que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.»

En prière

Et la prière? A-t-elle le pouvoir de guérison que d’aucuns lui prêtent? Les personnes pour lesquelles des proches prient sont-elles en meilleure santé que les autres? D’innombrables chercheurs se sont penchés sur ces questions. L’étude d’un cardiologue américain, qui montrait que les patients pour lesquels on priait s’en tiraient mieux que les autres, a fait grand bruit il y a vingt ans. Un de ses confrères a mené une étude comparable en 2005, sans obtenir de résultats similaires… Alors, la prière a-t-elle une valeur thérapeutique? «Les études faites sur ces questions, notamment aux Etats-Unis, sont des études quantitatives, répond Daniel Pétremand, aumônier au CHUV.

On va montrer que les personnes qui prient ou qui participent au culte, ont une durée d’hospitalisation plus réduite. Cela porte sur le résultat. La prière n’est pas une pratique magique. L’essentiel est dans la relation entre le patient et Dieu. Il est plus intéressant de voir ce qui se passe dans la personne elle-même, dans sa relation à Dieu.» Une partie importante du travail d’aumônier est d’aller à la rencontre de l’image que les patients ont de Dieu, de pouvoir la retravailler. «S’ils prient un Dieu punisseur, cela va plutôt nourrir leur culpabilité, avec peu de bons résultats. Nous favorisons l’image d’un Dieu qui accueille et qui aide. Nous sommes un tiers aidant, en lien avec les équipes soignantes. Chacun doit être conscient que la personne n’est pas qu’un corps. La prise en charge de la dimension spirituelle n’est pas réservée à l’aumônier.»

Un Dieu aimant

Les propos de l’aumônier du CHUV sont confirmés par une étude récente, menée à Zurich dans le cadre d’un doctorat. Le théologien et scientifique Urs Winter montre que les effets positifs de la religion sur la santé sont à prendre avec précaution. Ce ne serait pas tant la foi qui aide les malades, que l’image qu’ils se font de Dieu. Si les patients voient Dieu comme un être aimant et miséricordieux qui se tient à leur côté, leur santé peut en profiter. Si au contraire, ils se sont forgé une image négative de Dieu, leur religion peut au contraire contribuer à détériorer davantage leur situation, en particulier lors de dépressions et de crises d’angoisse. C’est pourquoi l’auteur demande que la dimension religieuse soit davantage prise en compte dans les hôpitaux et les services de psychiatrie.

  • V.Vt

Du salut à la santé

Le culte de la santé, l’aumônier Daniel Pétremand a l’occasion de le voir de près. «Nous observons un glissement dans la société, qui passe de la conception du salut à une conception du bien-être. Nous ne parlons plus du salut, comme de la valeur centrale de la religion, mais plutôt du bien-être global, qui comprend la santé physique.» Cette nouvelle vague s’accompagne parfois de l’illusion de la toute puissance. «J’insiste, dans mes rencontres avec les patients et les soignants, sur le thème de la limite. A une personne qui croit que la médecine, ou Dieu, va pouvoir la guérir, je dis que j’entends son espoir mais aussi que nos moyens humains ne sont pas infaillibles.

Je le dis aussi au médecin. Il faut parfois savoir accepter une limite au pouvoir médical, au nom du principe de la bienfaisance pour l’autre. Nous sommes des êtres limités, c’est notre condition.» Bon nombre de nouveaux mouvements religieux surfent sur la ferveur presque religieuse dont la santé est aujourd’hui l’objet. Or la spiritualité n’est ni une alternative à la médecine, ni un culte de la santé, selon le pasteur Pierre-André Pouly: «L’appel positif de la vie spirituelle consiste surtout à soigner notre relation à Dieu et à notre prochain, sans exclure la préoccupation de notre bien être général, ni nous faire négliger notre équilibre corporel et psychique.»

  • V.Vt

  • La Conférence de diaconie, de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse se tiendra le 5 mai à Berne sur le thème «Tant qu’on a la santé. Le culte de la santé et les Eglises». Conférence et ateliers, de 9h30 à 16h15. Sur inscription. Tél.: 031 370 25 65