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Quand l’un croit et l’autre pas Version imprimable Suggérer par mail
26-05-2009

Ils partagent tout sauf la foi. Comment vivent ces couples? Quels choix font-ils pour eux, et pour leurs enfants? Témoignages et conseils

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Faire un effort pour s'intéresser à l'autre, même s'il ne partage pas les mêmes croyances.

Photo : Istock


Quand Christine a dit à ses parents qu'elle voulait épouser Christian, ils ont bondi. Pas que ce soit un mauvais garçon, mais comme elle venait d'une famille darbyste, le fait que le futur mari ne soit pas engagé dans l'Eglise était rédhibitoire.

Christine_Dusong_100Trente ans après, Christine, qui enseigne la religion dans les écoles, ne regrette pourtant rien. Elle-même est encore très engagée dans l'Eglise. Au fil des ans, elle s'est éloignée des darbystes pour s'approcher des réformés, et a finalement trouvé dans la paroisse catholique de Neuchâtel une communauté dans laquelle vivre sa foi. Son mari est resté l'agnostique qu'il était, mais le couple est toujours uni et respectueux des croyances de chacun.

«La religion n'est pas le plus déterminant, remarque Christine. Mon mari est agnostique, mais j'ai avec lui des contacts spirituels plus profonds, et je vois en lui une ouverture à la transcendance plus forte que ce que je perçois chez des croyants. Cela reste un mystère de trouver chez lui une présence que je ne trouve souvent pas dans l'Eglise.» La frontière, selon elle, n'est plus entre les croyants et les incroyants, mais plutôt entre ceux qui s'engagent pour les hommes et les autres: «Je souffre de voir en Eglise des hommes et des femmes qui ne grandissent pas en humanité. La foi doit nous faire grandir, elle doit nous transformer.»

Tout agnostique qu'il était, son mari a réalisé cette transformation de son être profond, et c'est cela qui compte pour Christine. «Les problèmes sont toujours venus de l'extérieur et de pressions familiales. D'abord pour le mariage, puis pour le baptême des enfants. Dans le couple, mon mari n'a jamais été une entrave. Il a toujours vu ce qu'il y avait de bon en moi, et m'a aidée à faire du chemin. Nous avons toujours préparé les choses ensemble.»

Christine ne ressent pas de frustration: «Je vais dire les choses d'une certaine façon, lui d'une autre. Mais nous nous respectons. Lorsque j'ai une vision trop absolue, il parle avec la sagesse du monde. Nous faisons chacun un pas vers l'autre. L'autre dimanche, il y avait un culte de retour de camp, il m'a accompagnée. Naturellement, c'était formidable.»Si Christine n'attend pas de son mari qu'il retrouve la foi, ses attentes vis-à-vis de ses enfants sont différentes. «Mon mari est en cohérence avec lui-même, mais j'ai le sentiment que mes enfants ne pourront être pleinement eux-mêmes qu'en s'ouvrant à la présence de cet Autre en eux.»

Si Christine n’attend pas de son mari qu’il retrouve la foi, ses attentes vis-à-vis de ses enfants sont différentes. «Mon mari est en cohérence avec lui-même, mais j’ai le sentiment que mes enfants ne pourront être pleinement eux-mêmes qu’en s’ouvrant à la présence de cet Autre en eux.»

«Mon mari lit les histoires bibliques»

IMG_1803_100Sur le plan religieux, tout semblait séparer Geneviève et son mari. Elle est fille de pasteur. Lui a été élevé sans religion. Ses parents, originaires d'Albanie, sont nés sous le communisme. «Quand nous nous sommes rencontrés, le fait qu'il n'était pas croyant a été une question importante pour moi, confie la jeune femme. Etait-ce un obstacle pour nous marier? Car nous étions bien ensemble.»

Elle s'est bien sûr lancée, en se disant avec le sourire que la foi d'un hypothétique mari croyant n'est de toute façon jamais acquise. Et sans regrets. «Nous partageons les mêmes valeurs. Mon mari est aussi chrétien dans ses actes qu'un croyant. En outre, il est ouvert à ma pratique religieuse. Il m'encourage même parce qu'il voit que cela me fait du bien. Mais c'est vrai qu'au tout début, il lui est arrivé de rigoler en m'entendant raconter une prédication à mon retour du culte, car il trouvait cela absurde. C'était étranger à son monde. Sa réaction m'a interpellée, elle mettait en évidence ce à quoi je croyais.»

Aujourd'hui, bien que non-croyant, son mari lit les histoires bibliques que leur fils aîné de 6 ans réclame parfois. «Il répond à ses questions sur la foi, comme lorsqu'il s'interroge sur ses copains d'école qui ne sont pas croyants: ‹Tu as le droit de croire même si d'autres ne croient pas›, lui dit-il.» Aucun problème pour lui qu'elle éduque ses enfants à l'Eglise. La jeune maman ressent juste une responsabilité plus grande sur ses épaules. Pour la seconder dans l'éducation religieuse, le couple a choisi des parrains et marraines pour les enfants. «Quand nous avons présenté à l'Eglise notre fille de 2 ans, mon mari n'a simplement pas pris la parole. De même à notre mariage, il s'est engagé devant l'assemblée. Et moi, devant Dieu et l'assemblée.»

Pas de difficulté pour le couple, aux yeux de Geneviève. L'envie de partager sa foi à deux lui est sortie de la tête. «Le seul inconfort est d'ordre pratique. Le culte n'est pas une activité familiale. Y aller signifie couper la famille, alors que le week-end est un des rares moments où nous sommes ensemble tous les quatre. C'est pour moi un conflit de conscience. Je n'y vais alors pas tous les dimanches.»

  • V.Vt et G.D.