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Jean Chollet: «Nous ne devons pas imiter mais toujours réinventer» Version imprimable Suggérer par mail
30-06-2009

L’homme de théâtre Jean Chollet ajoute un nouveau rôle à son répertoire: celui du pasteur. Le stagiaire prendra la robe pastorale en 2010

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Jean Chollet: Le théâtre et l'Eglise ont des aspirations proches

Photo : Valdemar Verissimo 


Vous avez dirigé le Théâtre du Jorat durant vingt ans, pourquoi vouloir soudain devenir pasteur?
Jean Chollet: Ce n’est pas que je sois soudain fatigué du théâtre ou déçu. J’ai fait des études de théâtre en même temps que des études de théologie. Il y a une part de hasard au fait que je me sois lancé dans le premier plutôt que dans la seconde. Je me suis toujours dit que je voulais faire une tranche de pastorat dans ma vie, mais pas pendant trente-cinq ans. Jusqu’à ce stage, j’ai accumulé des idées, des rêves et des projets que je peux tester aujourd’hui. J’en ai pour les dix ans qui viennent. Ce n’est donc pas un retournement soudain. J’avais l’envie de partager ma vie professionnelle en deux parts, deux intérêts très forts pour moi.

Il n’y a pas d’âge pour devenir pasteur?
Si. Un règlement stipule que l’on ne peut plus commencer un stage après 55 ans. C’était le dernier moment. Vous allez maintenir votre activité théâtrale, en parallèle, à l’Espace culturel des Terreaux à Lausanne. Les deux activités sont-elles conciliables? Elles sont compatibles sous l’angle des réflexions, des thématiques. Je vois ce que je peux privilégier dans ma programmation en étant enraciné dans le terrain. A l’inverse, mon travail théâtral me donne des idées pour la paroisse. La principale difficulté tient à ce que beaucoup d’activités paroissiales se vivent en soirée. Le théâtre aussi. Et il n’y a que sept soirs pas semaine.

Ne craignez-vous pas que les fidèles qui viennent au culte voient encore l’acteur Chollet devant eux, plutôt que le pasteur?
Durant mes premiers mois de stage, c’était frappant, les paroissiens ne m’abordaient qu’en me disant qu’ils avaient vu tel spectacle que j’avais mis en scène ou écrit. Ils ne me renvoyaient que l’image du metteur en scène. Je me suis dit que seul le temps pouvait superposer une autre image. Après huit mois, je reçois un autre retour, qui a trait à ce que j’ai commencé de faire dans la paroisse. Je suis impressionné par la disponibilité des paroissiens à intégrer dans leur culte dominical des éléments nouveaux et théâtraux. J’ai proposé à mes paroissiens de danser à la fin d’un culte. 120 sur 150 sont venus, j’étais émerveillé.

«Le monde entier est un théâtre, disait Shakespeare, et tous, hommes et femmes, n’y sont que des acteurs.» Est-ce aussi votre vision du monde?
Cela voudrait dire que la pièce est écrite à l’avance. J’ai une autre vision. Le monde est confié aux hommes pour qu’ils en fassent quelque chose, avec toute la liberté et les risques que cela comporte. Nous ne sommes pas des marionnettes.

Vous donnez déjà des cours aux jeunes pasteurs. Vous voulez changer les habitudes des prédicateurs?
Les prédications dont on a l’habitude sont surtout intellectuelles: un peu d’exégèse, et des explications sur le sens des mots. Sans condamner cela, il n’y a pas de raison que ce soit la seule forme de prédication. D’abord parce que les gens ne fonctionnent pas tous ainsi. Ensuite parce que des prédicateurs peu à l’aise avec cette formule pourraient choisir parmi une bonne dizaine d’autres façons de faire. Certains donneront ainsi le meilleur d’eux-mêmes. Antoine Vitez disait qu’il faut faire du théâtre de tout. J’ajoute, nous pouvons faire prédication de tout. Toutes les formes de langage peuvent entrer dans la prédication.

La Réforme n’a-t-elle pas justement enlevé le côté théâtral du culte, en réduisant la liturgie et le décor à l’intérieur des églises?
Il y a un mouvement de balancier. Le propre d’une révolution est de remplacer un excès par un autre excès. Les réformateurs voulaient mettre le texte à la portée de chacun, par l’imprimerie, l’utilisation des langues vernaculaires. Ils supprimaient les décorations pour que les fidèles se forgent une image à partir du texte. Résultat, on a supprimé la dimension artistique et émotionnelle au profit de l’intelligence et d’une certaine froideur. La Réforme affirme que nous sommes tous prêtres, mais elle donne cinquante minutes au pasteur pour s’exprimer devant une foule assise. Nous sommes loin de quelque chose de partagé. Les protestants redécouvrent l’émotion qui fait partie de l’être humain. Il faut lui laisser une place. Les communautés évangéliques jouent de cette corde avec succès.

Comme pasteur, ne craignez-vous pas de perdre votre originalité d’homme de théâtre?
Jusqu’à maintenant, je me suis efforcé de ne jamais faire un culte dans lequel je n’avais pas au moins une idée de communication originale. Le travail de méditation et de lecture doit être fait, mais si on n’a pas en plus une idée forte de communication, cela ne suffit pas. Lors d’un culte de l’Alliance, avec un baptême et des confirmants, j’ai voulu prêcher aux jeunes d’une manière qui corresponde à leur univers. J’ai transposé la parabole du semeur avec des e-mails qui se perdent, qui sont négligés ou qui arrivent à toucher leurs destinataires. Une manière de donner à une parabole classique une touche du monde d’aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’Eglise a à apprendre d’un art comme le théâtre?
Une Eglise est essentiellement une institution qui communique. C’est aussi une institution solidaire des plus fragiles. Elle communique avec le grand public, avec les gens de l’internet, les politiques, les medias. Elle a envie de partager l’évangile dont elle a la conviction qu’il est bon pour les gens, aujourd’hui comme hier. Le théâtre aussi. Je suis devant des textes que je mets en valeur et en lumière pour enthousiasmer le public. Le théâtre et l’Eglise ont des aspirations proches. Au XXe, nous avons vu qu’il était possible de faire du théâtre avec des costumes contemporains, sans vouloir forcément jouer sur l’esthétique ou le tragique. L’évangile est aussi un miroir pour l’homme. Comme le théâtre cherche toujours des formes nouvelles pour montrer les choses, nous devons nous efforcer de ne pas imiter, mais de toujours reformuler et réinventer.

  • V.Vt
  • Retouvez Jean Chollet dans l'émission de Jonctions Magazine «La Crypte»

Biographie express

Jean Chollet, 55 ans

  • Trois cultes: le 26 juillet à Corsier, le 9 août à Chexbres, le 16 août à Chardonne
  • Des spectacles d’été: Du 8 au 31 juillet, dans le cadre du Festival d’Avignon, Jean Chollet présente chaque jour douze spectacles différents à l’Espace Saint-Martial. Tél.: 00336 86 42 03 98, www.saint-martial.org
  • Des spectacles à Lausanne: la saison de l’Espace culturel des Terreaux reprend dès le 24 septembre avec Marie-Christine Barrault dans «Opening Night». www.terreaux.org Tél.: 021 320 00 42