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«Je rêve d’une réunification de l’Eglise» Version imprimable Suggérer par mail
01-07-2009

Timothy Radcliffe, ancien maître général de l’Ordre des dominicains, estime que la crise que traverse le christianisme européen est bénéfique. Pour sa rénovation

radcliffe_100Le christianisme est-il, selon vous, en crise en Occident?
Timothy Radcliffe: Oui, je l’espère! Dans toute l’histoire du salut, Dieu nous approche par les crises. Dans la Bible, une crise succède à une crise; la crise de l’expulsion du paradis, la crise du Déluge, la crise de la tour de Babel.

Pourquoi le christianisme traverse-t-il cette crise en Europe?
Je noterai deux éléments. Le sécularisme implique le scepticisme. La recherche scientifique a besoin de ce scepticisme. Mais en ce qui concerne les grandes questions de la vie, on ne peut rester sceptique ou détaché. Dieu nous dit: «Viens à moi.» Croire n’est pas seulement un acte mental, mais c’est placer notre vie dans les mains de Dieu. Et de répondre: «Oui, je viens» est un acte de courage. Cela a toujours été difficile pour l’humanité. Peut-être est-ce encore plus difficile de répondre dans une société sceptique! L’imagination européenne est aussi en crise. Nous ne voyons pas Dieu, il nous faut une imagination qui va à la transcendance, qui voit des petites étincelles de la divinité. L’imagination européenne semble devenue étriquée. L’arc-en-ciel a cessé d’être merveilleux pour ne devenir qu’un objet scientifique.

Les sociologues parlent aujourd’hui du retour de la religion. C’est votre avis?
Effectivement, il y a un retour, mais fondamentaliste. Il faut résister à cette tentation du fondamentalisme. C’est un phénomène nouveau dans le christianisme, une réaction au fondamentalisme scientifique. Avec la science, nous aurions un langage pur et objectif. Les chrétiens, d’abord dans les milieux protestants, ont répondu: «C’est nous qui avons le langage pur, c’est la Bible.» Avant le XVIIIe siècle, personne n’était fondamentaliste dans ce sens.

Pourquoi faut-il combattre le fondamentalisme?
Parce que c’est trop étroit! Dieu est grand. Lire la Bible, comme une description littérale, c’est perdre sa richesse inimaginable, pleine de mythes et de métaphores. Dieu est toujours multidimensionnel.

Beaucoup estiment que le langage des Eglises n’est plus compréhensible, plus adapté à nos contemporains. Comment le rénover?
Nous avons là un grand défi. Pour toutes les Eglises, il s’agit de maintenir une culture chrétienne, mais ouverte. L’arbre est vivant seulement s’il est ouvert vers l’extérieur. Il faut soutenir les gens qui vivent à cette frontière entre la foi et la non-croyance. Nous sommes vivants seulement si nous sommes en contact avec ce qui n’est pas l’Eglise. Jésus a ouvert son hospitalité à tout le monde. Il n’a pas demandé aux prostituées de confesser le credo avant de manger.

Comment le catholique que vous êtes perçoit-il la Réforme?
Cela a constitué une déchirure très pénible de l’unité du corps du Christ. L’Eglise catholique doit voir là aussi sa propre responsabilité. Je pense que c’est tragique de n’avoir pu réaliser la réforme à l’intérieur de l’Eglise. Toutefois, nous avons appris, de ce fait, pas mal de choses. J’ai fait mes études à Oxford chez les protestants et j’ai étudié la Bible avec les méthodistes et les anglicans. Une grande bénédiction pour moi! J’ai aussi des liens d’amitié avec beaucoup de protestants en Angleterre. Je rêve, pour ma part, d’une réunification de l’Eglise, car, comme catholique, l’unité de l’Eglise, l’unité visible, est essentielle. Pour y arriver, cela implique des changements chez chacun et une rénovation profonde de l’Eglise catholique.

  • Bernadette Sauvaget, «Réforme»

A lire

Timothy Radcliffe, «Pourquoi aller à l’église?», Ed. Cerf, 2009