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Echo cannois Version imprimable Suggérer par mail
01-07-2009

Membre du Jury œcuménique au Festival, le pasteur Serge Molla témoigne

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Ken Loach et Eric Cantona ont séduit le Jury oecuménique.

Photo : Film-coopi 


Au-delà des paillettes, de la rituelle montée des marches et des stars, le récent Festival de Cannes permet de voir des dizaines d’œuvres en provenance du monde entier. Il se fait ainsi le révélateur privilégié d’un monde en plein désarroi. C’est dans ce contexte difficile que le 35e Jury œcuménique du Festival de Cannes a voulu attirer l’attention sur des œuvres aux valeurs fortes. Présidé par Radu Mihaileanu, réalisateur français d’origine roumaine, ce jury a accordé son prix au film «Looking for Eric» de Ken Loach.

Cette réalisation est roborative, d’autant plus lorsque le mot crise imprègne tous les discours, lorsqu’elle-même pénètre tant les individus que les couples ou les familles. A travers l’histoire d’un postier déprimé, fan de football et du mythique Cantona, le réalisateur anglais refuse de céder au fatalisme. Il convoque l’amitié et la solidarité pour réveiller un être et redonner vie à ses relations, tout en s’opposant avec finesse et humour à l’individu roi. Si bien que la surprise du postier est celle du spectateur face à un Eric Cantona qui avoue que la plus belle action dont il se souvient n’était pas un but, mais une passe. Sans perdre son attention sociale, Loach raconte une véritable parabole, soit une histoire de royale dimension.

L’autre film majeur est celui de Michael Haneke, «Le ruban blanc», qui a obtenu la Palme d’or et une Mention du Jury œcuménique. Ce film, en noir et blanc et d’une grande beauté, appelle à la vigilance. Il décrit la vie quotidienne d’un village de l’Allemagne du Nord protestante juste avant l’éclosion de la Première Guerre mondiale. Lorsque tout couve au cœur d’une microsociété, le pire est à craindre sur une large échelle. Vingt ans plus tard, soit lorsque les enfants du film seront adultes, le Führer aura remplacé le Christ avec les conséquences mortifères que l’on sait. Mais qui accepte d’être attentif aux symptômes de notre violence personnelle qui creuse le lit de la violence sociale et politique? Hier, l’idéologie (religieuse) érigée en absolu a entraîné l’horreur. Certes, mais qu’en est-il aujourd’hui? Haneke ne donne pas de leçon, il rend attentif. C’est dire la nécessité de son travail.

  • Serge Molla 
A lire
  • La revue «Ciné-feuilles» a consacré un numéro spécial au récent Festival de Cannes. Tél. 021 331 21 75, www.cinefeuilles.ch