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Les grandes énigmes du credo Version imprimable Suggérer par mail
01-07-2009

Pas toujours facile de croire aux affirmations de la confession de foi récitée dans les Eglises, le symbole des apôtres. Comment les comprendre, qu’en faire aujourd’hui? Réponses d’experts

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Raphaël Liechti

 

1. Je crois en Dieu Qui est Dieu?

 

«La Bible tout entière ne dit jamais qui est Dieu, répond Jean Anderfuhren, 83 ans, pasteur retraité et auteur d’un ouvrage sur le credo*. Il y a un trou noir dans la Bible, qui ne dit pas qui il est et n’en donne aucune définition. Le chrétien ne peut pas connaître l’être de Dieu, figure très mystérieuse, tout à fait séparée de l’univers. Rien ne lui ressemble dans la création. La Bible, en revanche, dit ce que Dieu fait, plus précisément pour les hommes. Dieu ne se révèle pas dans les choses, mais dans l’histoire, par ce qu’il réalise pour Israël d’abord, puis pour l’Eglise.» Le pasteur reconnaît que chacun peut se faire une idée personnelle de Dieu, «mais ce n’est pas une vision chrétienne. Il existe une révélation, comme Père, Fils et Saint-Esprit, qui est la seule image que nous puissions avoir du vrai Dieu.» Et «je crois» alors? La formule est traduite du latin «credo», premier mot du credo qui lui a donné son nom. Jean Anderfuhren en a fait le dernier chapitre de son livre, «car la foi ne peut pas précéder l’objet qui la fait naître. Croire, ici, ne veut pas dire tenir pour vrai mais mettre sa confiance dans, explique le pasteur. C’est proche de la prière. Nous ne devrions pas dire: ‹J’ai la foi›. La foi n’est pas quelque chose qui se fabrique. Elle nous est donnée par Dieu et peut être entretenue, par des lectures, la prière, le culte, des rencontres.»

  • V.Vt
  • * «A l’ombre du doute la foi», Ed. Labor et Fides, 1983


2. Le Père tout-puissant

Une telle notion de toute-puissance de Dieu n’est pas biblique, mais une invention de l’Eglise. Etienne Babut, pasteur et auteur de «Le Dieu puissamment faible de la Bible»* n’y va pas par quatre chemins. «La conversion de Constantin au christianisme, au IVe siècle, a été décisive pour ancrer cette affirmation dans le credo. L’empereur convoque le Concile de Nicée. Puis se montre généreux en prêtant à Dieu son propre titre de ‹pantocrator›, tout-puissant. Ce lien entre la toute-puissance de Dieu à la sienne l’arrangeait. L’Eglise aussi, mais cela s’est avéré grave pour la suite de son témoignage.» Que faire alors des traductions bibliques qui utilisent plusieurs fois les termes «tout-puissant»? «Elles le font par erreur, poursuit Etienne Babut. Il n’existe pas de mot hébreu pour dire tout-puissant. La traduction en grec de l’Ancien Testament, la Septante, a traduit par ‹tout-puissant› des mots hébreux qui ne disent pas cela. Il s’agit de Yahvé Sabaoth, l’éternel des armées, et d’El Shadaï, dont personne ne sait ce que cela signifie.» Certes, la Bible parle de la puissance de Dieu, mais elle est différente d’une toute-puissance illimitée. «Je préfère parler de la puissance spécifique de Dieu. Celle qui est à son comble dans la faiblesse, comme le dit l’apôtre Paul. Dieu n’est pas faible au sens d’impuissant. Il agit, mais sa puissance n’est pas domination. Elle est témoignage d’amour.»

  • G.D.
  •  Ed. Cerf, 1999

 
3. Créateur du ciel et de la terre

Beaucoup croient à cette affirmation sans même avoir la foi. Surprenant constat que souligne Laurent Gagnebin, professeur honoraire à la Faculté libre de théologie protestante à Paris et directeur du mensuel «Evangile et Liberté». «Dieu est considéré par beaucoup comme le coup de baguette magique qui a fait que tout commence il y a des milliards d’années. C’est un besoin d’explication des origines du monde, mais qui n’engage à rien. Croire ainsi à un créateur n’incite en rien la foi. C’est un regard vers le passé sans conséquence pour aujourd’hui.» Le théologien explore une autre direction: «Croire en Dieu, ce n’est pas le placer derrière nous, mais devant nous. Dieu est créateur de sens. Il oriente notre manière de construire notre vie et notre monde. Il ne se situe pas dans l’ordre de la cause, mais de la finalité. En lui, notre vie et le monde ont un sens différent.» Créateur, Dieu l’est perpétuellement, précise Laurent Gagnebin. «Il n’a pas créé une fois il y a des milliards d’années. Le dynamisme de création parcourt notre monde et notre vie.» Dieu ne crée pas à partir de rien, selon la Genèse. Il met en ordre le tohu-bohu et lui donne un sens. «Il crée par sa parole qui nous rend à notre tour créateurs. Notre mission est créatrice: transfigurer le monde.» Laurent Gagnebin met en garde: «Il est dangereux de croire en un Dieu qui bouche les trous que la science n'a pas encore comblés. Je peux continuer à croire en un Dieu créateur même avec une explication scientifique de l’origine du monde.»

  • G.D.


4.Conçu du Saint-Esprit, il est né de la Vierge Marie

«Si Jésus est vrai homme et vrai Dieu, il doit avoir un génome humain, avec une partie issue d’une maman, mais aussi d’un papa», estime le catholique Jean-Marc Moschetta, doctorant en théologie* et professeur d’aérodynamique à l’Institut supérieur d’aéronautique et de l’espace à Toulouse. Le chercheur a creusé la question d’un point de vue scientifique et théologique. «Selon les catéchismes, Jésus est une exception physiologique. Sa conception est miraculeuse. La partie masculine manquante a été créée par Dieu, ce qui est facile pour un créateur.» Le chercheur suit une autre hypothèse: il estime important que l’Esprit s’unisse avec un vrai corps humain, en le transfigurant. «Ce n’est pas l’Esprit qui est le papa. Sinon cela frise l’hérésie et fait de Jésus un demi-Dieu, sans père naturel, comme dans la mythologie grecque.» Jean-Marc Moschetta ne veut pas faire le procès de la virginité. «Le terme vient d’une traduction fautive de la Septante, sur laquelle se base les versets d’Esaïe cités dans le récit de la nativité. Elle traduit par ‹vierge› un mot qui désigne en fait la jeune fille qui n’a jamais enfanté.» Pour le chercheur, Jésus reste bel et bien conçu du Saint-Esprit. «L’Esprit ne joue pas un rôle matériel mais spirituel. Il ne féconde pas la vierge, il fait advenir Jésus à sa filiation divine. Jésus est de notre chair, de notre sang. Il est vrai homme et vrai Dieu.»

  • G.D.
  • * Auteur de «Jésus, fils de Joseph; comment comprendre aujourd'hui la conception virginale de Jésus», Paris, L'Harmattan, 2002


5. Il est ressuscité

La résurrection n’est pas une donnée scientifique, mais une question de foi aux yeux de Laurent Gagnebin. «Théoriquement, nous aurions pu filmer toute la vie de Jésus, mais pas sa résurrection. Nous sommes dans une autre dimension. Pour constater qu’il est né, qu’il a souffert, qu’il est mort – des faits historiques – pas besoin d’être croyant. Mais là, nous sommes dans l’ordre du credo.» La question de départ est celle du tombeau vide. «Ce n’est pas une affaire pour médecin légiste qui pourrait constater qu’il est vide. Si cela était prouvé, la résurrection devrait être enlevée du credo, elle ne serait plus affaire de foi. Le tombeau est vide: pour moi, il signifie que je ne cherche pas Jésus parmi les morts, mais parmi les vivants. Je ne me contente pas de ce que le texte dit, mais de ce qu’il veut dire: est-ce que Jésus est vivant pour moi? Le mal fait à Jésus, Dieu l’a changé en vie. Croire à la résurrection m’engage à mon tour à transfigurer le mal en bien, à lutter contre tout ce qui est mortifère.»

  • G.D.


6. Je crois au Saint-Esprit

Saint-Esprit vient du grec «pneuma» et d’un mot hébreu au féminin qui signifie le vent, la tempête. «Le mot contient surtout l’idée de quelque chose qui transporte un objet d’un endroit à un autre, explique Jean Anderfuhren. Ici, cela transporte Jésus Christ et la révélation du Nouveau Testament dans le monde actuel. De sorte que nous sommes contemporains de Jésus. Tel texte biblique peut ainsi nous parler. Nous avons l’impression qu’il nous est dit personnellement. Dans le symbole des apôtres – le credo – le Saint-Esprit est suivi de toutes sortes d’autres choses: l’Eglise, le pardon des péchés, la communion des saints… tout cela arrive après le Saint-Esprit qui les rend actuels dans la vie du croyant. Ainsi, la révélation traverse l’histoire et vit avec les croyants chrétiens de toutes les générations.»

  • V.Vt