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Les grandes énigmes du credo Version imprimable Suggérer par mail
01-07-2009

 «L’esperanto de la foi chrétienne»

alain_houziaux_100Alain Houziaux, pasteur de l’Eglise réformée de France, est l’auteur du livre «Les grandes énigmes du credo»*

Puis-je être chrétien sans croire à tous les points du credo?
Alain Houziaux: Oui, d’autant plus que le credo était à l’origine plus court. Il a été composé durant des siècles, jusqu’en l’an 500. A l’origine, il y avait un article sur Jésus Christ, avec une seule mention de Dieu et la mention du Père n’était qu’adjacente: «Il est monté au ciel est s’est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant.» Cela peut déculpabiliser ceux qui ne peuvent pas confesser tous les articles du credo. Les premiers chrétiens ont mis l’accent sur Jésus Christ, Seigneur et fils unique. Les autres éléments n’étaient pas encore présents.

A quoi servait le credo?
Confesser sa foi était une façon d’exprimer un revirement intérieur intime. Il ne s’agissait pas d’affirrmer une série de convictions, mais de montrer qu’on était passé du paganisme à la foi chrétienne. C’est le sens du mot symbole, un signe, un message codé indiquant ce changement. On l’exprimait par une formule initiatique. Nous ne devrions le considérer que comme le signe de notre conversion. Ce mouvement intérieur est plus important que l’énumération des doctrines. Il ne s’agit pas de l’énoncé de convictions personnelles, mais un signe qu’on se reconnaît comme appartenant à l’Eglise. La conversion n’est pas l’affirmation d’un dogme, elle est la recherche d’une vie nouvelle. Elle ressemble plus à une question. Comme saint Paul qui, lors de sa conversion, commence par demander: «Que dois-je faire, Seigneur?»

Des points du credo sont-ils indispensables?
Je fais partie des pasteurs qui acceptent de le dire. Tous ne le font pas. C’est un texte confessé par l’Eglise universelle depuis quinze siècles. Voilà sa valeur. Ce n’est pas une confession individuelle. Si nous disons le symbole des apôtres, il faut le dire dans son ensemble. C’est ainsi qu’il vaut. Il est universel, un peu l’esperanto de la foi chrétienne. C’est un acte liturgique qui exprime la communauté de l’Eglise. Je serais d’accord qu’il soit chanté. A titre purement individuel, je ne le réciterais pas. Si on veut confesser sa propre foi, il faut dire autre chose. Quand je demande à un catéchumène de rédiger sa confession de foi pour sa confirmation, je lui interdis d’utiliser la moindre phrase du credo, pour qu’il cherche ce qui le touche vraiment. Alors, il dira ne pas avoir peur, il parlera d’un acte de confiance dans la vie, de quelqu’un au-dessus de lui, qui est le témoin de ses actions et qui les regarde avec bienveillance. La confession de foi personnelle doit partir de notre propre expérience. Le symbole des apôtres n’a rien à voir avec le vécu personnel. C’est un dictionnaire très court, qui offre des sujets de réflexion. Cela ne me dérange pas du tout de partir de là. Jésus Christ est le fils de Dieu, c’est un bon point de départ de discussion.

Puis-je être chrétien sans croire en Dieu?
Dieu est un mot de la langue française, utilisé avec des sens différents. Il y a trente-six manières de parler de Dieu. Les chrétiens peuvent aussi ne pas employer le mot Dieu si cela les gêne. Ce n’est pas un mot chrétien et certains se considèrent comme chrétiens pour des raisons non strictement religieuses: par tradition, par ses valeurs…

Faut-il réécrire le credo?
Non. On peut examiner ce que cela signifie que Jésus soit né d’une vierge, essayer de trouver un sens à ces formules, mais sans faire trop de théologie. Je compare volontiers le credo à «La Marseillaise». Lorsque je l’entends, je me lève et je chante avec les autres. Les paroles sont affreuses et incompréhensibles, mais je suis opposé à leur modification. Si je devais exprimer ma manière d’être Français, ce serait très différent.

  • V.Vt 
  • * Editions DDB, 2003