Menu Contenu
Faites un don

Publicité

EPER banniere noel 2011
E-mail
Rencontre
Dimitri: «Un bonheur est tout le bonheur» Version imprimable Suggérer par mail
25-08-2009

Le clown Dimitri a répondu à nos questions pendant une répétition 
de l’«Histoire du soldat» qu’il joue à Vevey en septembre

dimitri_spectacle

Kai et Dimitri dans l’«Histoire du soldat»

Photo : dr


A 12 ans, vous êtes tombé amoureux d’une fillette de votre âge. Plus tard, vous l’avez épousée et eu quatre enfants avec elle. C’est ce qui s’appelle de la suite dans les idées et de la fidélité…
Dimitri: Je crois profondément au destin et à un monde spirituel. Il n’y a pas vraiment de hasard. Les personnes que vous rencontrez et qui prennent de l’importance dans votre vie, il y a un sens là derrière. Je suis chanceux, à cause de ma femme qui est toujours mon grand amour, mais aussi pour beaucoup d’autres choses, mon métier, mes amis, et bien sûr la famille que j’ai pu fonder.

Vous préparez avec eux votre prochain spectacle…
Nous rêvions depuis des années de refaire quelque chose ensemble, comme nous l’avions fait avec le cirque Knie quand les enfants étaient petits. Avec mes deux filles, un de mes fils et un beau-fils, nous avons créé il y a deux ans le spectacle «La Famiglia Dimitri». Je pensais aussi remettre en scène l’«Histoire du soldat». J’ai toujours imaginé que ma fille Masha jouerait la princesse. Je voyais clairement mon beau-fils dans le rôle du soldat. Un de nos anciens étudiants, qui parle toutes les langues, sera le lecteur.

Vous jouerez cette pièce de C.F. Ramuz avec une musique d’Igor Stravinski en septembre à Vevey. Le texte parle justement de la fidélité, non?
Oui. Il y a ce passage extraordinaire: «On n’a pas le droit de tout avoir: c’est défendu. Un bonheur est tout le bonheur; deux, c’est comme s’ils n’existaient plus.» Nous avons déjà monté la pièce il y a vingt-deux ans et depuis, cette phrase m’accompagne dans la vie. Nous ne pouvons avoir qu’un bonheur. Si nous en cherchons un autre, il annule le premier.

Pourtant, dans votre vie, que d’activités diverses! Clown, mime, chanteur, auteur, metteur en scène, créateur d’une école de théâtre, peintre… Ce ne sont plus deux bonheurs, mais cent…
Oui, mais je les considère comme un seul, parce que je suis malin (rires). Tout cela fait partie du même métier. Même si je peins, je ne suis pas peintre, mais un clown qui s’exprime aussi en peinture. Je réalise ainsi des choses que je ne peux pas réaliser sur scène. La création, l’imagination, la fantaisie, c’est toujours un peu la même chose. Nous pouvons l’utiliser pour différentes choses.

Quel est le secret de Dimitri, qui fait que tout le monde reconnaît votre touche?
Ce n’est pas une question pour moi. Chacun à un talent particulier, des compétences en certaines matières. Moi, j’ai reçu par le destin, par la vie, par mes parents, peut-être aussi un peu par mon travail, une facilité de faire rire. Mais je ne peux pas dire quel est mon secret. Je suis moi aussi à sa recherche. Certains soirs, pendant les applaudissements, je me dis: «Comment ai-je mérité tous ces remerciements?» J’essaie de faire mon métier le mieux possible. D’être le plus honnête et humble. Poétique et artistique aussi, à ma façon personnelle.

J’ai oublié de mentionner votre activité d’acteur. Dans l’«Histoire du soldat», vous jouez le rôle du diable. Cela ne vous fait pas peur?
Je me pose aussi la question. C’est un grand défi de jouer le diable. C’est un énorme contraste. Le clown est bon par nature. Un clown qui n’est pas bon n’est pas un clown. Un clown aime les gens, il aime les enfants, et vice-versa. Tandis que le diable est méchant, il n’est pas aimé, il n’aime pas les gens, il ne connaît pas l’amour. Cela me fascine de jouer cela comme un acteur. Et comme un clown aussi, car il a des situations drôles dans la pièce.

Cette petite pièce écrite en 1918 ne vieillit pas. Que nous dit-elle de si important?
Le thème est hors du temps. L’essentiel est: «Ne vends jamais ton âme!» C’est une morale forte. Il est vite fait de la vendre au diable, c’est-à-dire au pouvoir mauvais. C’est vite fait, dans l’espoir de devenir riche et d’avoir tout ce que nous voulons. Mais le prix est trop cher. La pièce est un chef-d’œuvre, un petit bijou théâtral.

Vous avez été baptisé dans la communauté chrétienne anthroposophique. Que gardez-vous de cette foi?
Ce qui est joli dans cette communauté chrétienne des anthroposophes est que nous ne sommes pas une Eglise. Ce n’est pas une organisation dont nous faisons partie. Nous sommes simplement chrétiens, ou nous essayons de l’être. Je me suis un peu distancié de ces milieux. Je suis chrétien, et je m’intéresse à la philosophie de Rudolf Steiner qui est enrichissante. Ce qui est formidable là-dedans est que vous y êtes totalement libre. Vous ne vous y trouvez pas mis sous pression, comme dans une secte. Vous n’êtes ni lié ni conditionné. C’est le côté positif de l’anthroposophie. Chaque religion a son côté humain et positif. Le plus important serait que chacune tolère les autres. Je n’aime pas le côté missionnaire, y compris des chrétiens.

Quel conseil donnez-vous à un jeune?
Nous avons une école pour jeunes comédiens et je connais beaucoup de jeunes. Mon premier conseil à un jeune est d’essayer de se trouver un but: un idéal, un métier, un hobby ou une passion. S’il n’en a pas, qu’il le recherche, qu’il se renseigne, qu’il soit curieux jusqu’à ce qu’il trouve une chose qui lui convienne, qui le passionne, qu’il veut apprendre. Deuxièmement, qu’il se lance là-dedans. Et qu’il essaie de rester humble. Sans jamais oublier de se mettre à la place des autres, ceux qui sont plus pauvres, moins intelligents, qui ont moins de chance. C’est un bon exercice. Quand cinq gars frappent un pauvre type, un des cinq pourrait se dire: «Si moi j’étais là, à la place de cette victime.» Il faut du courage quand on est dans un groupe, pour lutter contre les quatre autres qui font fausse route. Il faut du courage pour suivre son propre chemin. C’est cela qu’il faut développer chez les jeunes.

Pensez-vous à la retraite?
Ha, ha, ha! La retraite aurait dû commencer pour moi il y a dix ans. Mais dans nos métiers, il n’y en a pas. Je suis mon propre chef. Mon destin me le dictera. Mon physique si je suis fatigué, ou malade, ou paralysé ou mourant. Alors on renonce. On se dit: c’est l’heure de terminer. Avant cela, je n’arrêterai pas.

  • V.Vt .
En voir plus
  • Une pièce: Théâtre de Vevey, le 18 septembre, 20h, et le 19 septembre, 16h. «Histoire du soldat» avec Dimitri dans le rôle du diable. 021 962 80 05 www.septmus.ch Puis au Grand Théâtre à Genève, début novembre.
  • Une exposition: Moudon, Ateliers du Moulin, du 7 novembre au 20 décembre. Peintures et dessins de Dimitri. Deux concerts Roberto & Dimitri, chants populaires du Tessin, les 22 novembre et 6 décembre, à 17h. Rés.: 021 312 62 10
  • Un site: www.clowndimitri.ch
  • Un livre: Hanspeter Gschwend, «Dimitri. Le clown en moi», Ed. d’en bas, 2004