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Le télescope et le théologien Version imprimable Suggérer par mail
25-08-2009

En cette Année de l’astronomie, scientifiques et hommes de foi se tournent vers le ciel pour y contempler les étoiles.
Y voient-ils les mêmes choses. Les réponses d’amoureux du ciel

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Le nuage Cepheus B, à 2400 années-lumière de la Terre est observé pour étudier la formation des étoiles.

Photo : NASA / CXC / Getman

freddyIn_koeln.jpg Frédéric Mallmann, 42 ans, physicien et astronome, directeur de l'observatoire François Xavier Bagnoud à Saint-Luc 
olivier_calame Olivier Calame, 39 ans, pasteur et formateur d'adultes à Montreux. Passionné d'astronomie depuis sa jeunesse

1. L’origine des étoiles
L’astronome: Restons prudents sur les débuts de l’univers. Décrire ce qui s’est passé au début, avec le bigbang, repose sur tout un échafaudage. Nous savons que les gros objets de l’univers comme les galaxies ou les amas de galaxies s’éloignent les uns des autres. En passant le film à l’envers, nous imaginons que, par le passé, les objets étaient plus resserrés, très denses et chauds. Pour provoquer ce mouvement, il a fallu au commencement un événement violent. On l’a appelé bigbang, par dérision au début. La découverte d’un rayonnement issu de cet événement initial est venue corroborer cette idée. Pour ce qui est des étoiles, il a fallu d’abord que se forme la matière, les atomes, ceux en particulier d’hydrogène et d’hélium. Au commencement, la matière était trop chaude pour pouvoir s’organiser. Des millions d’années plus tard, les premières étoiles se sont formées, à partir de grumeaux de cette soupe originelle. Les premières étaient de très grosses étoiles, qui n’ont pas duré longtemps. Le Soleil est une étoile d’une génération ultérieure. Il n’est pas formé que d’hydrogène et d’hélium. L’explosion des grosses étoiles dissémine dans l’espace des éléments formés à la fin de leur vie, comme le carbone, l’azote, l’oxygène. Ces éléments sont nécessaires à la formation de planètes comme la Terre. Nous sommes du recyclage des générations d’étoiles qui précèdent.
Le théologien: Que nous dit encore la Genèse sur la création des étoiles et du monde? C’est une vision très différente de la vision scientifique moderne. Il faut bien faire la distinction du but de ce texte. Ne plaquons pas sur un texte de 2500 ans un regard qui n’était pas pertinent à l’époque. Conditionnés par des principes scientifiques d’aujourd’hui, nous risquons de le trahir. Les auteurs ne se posaient pas les mêmes questions que les scientifiques d’aujourd’hui. La Genèse ne donne pas une explication technique du début du monde et des étoiles. Elle veut montrer que Dieu est à la base de notre univers, qu’il lui donne un sens. Ce livre s’apparente plutôt à une louange et à une confession de foi. La science n’a pas du tout la même intention. Notez qu’au début, la Genèse parle du tohu-bohu, sorte d’indifférenciation spatio-temporelle, cela signifie aussi un univers vide de sens. Le texte de la Genèse part de là pour donner un sens à notre monde.

2. La fin du Soleil et du monde
L’astronome: Pour ce qui est de la fin de l’univers, à l’horizon de cent milliards d’années, il est présomptueux de dire ce qui va se passer. C’est beaucoup plus que l’âge de l’univers, treize milliards d’années, presque l’éternité. D’ici là, l’univers devrait continuer de se dilater. Il semble même que cette expansion s’accélère sans que nous en ayons l’explication. Mais c’est un peu comme si vous imaginez qu’un enfant de deux ans va toujours grandir. Les choses se passent différemment. Si le mouvement se poursuit, les astres seront de plus en plus distants les uns des autres. En principe, il y aura encore des étoiles, de l’hydrogène et de l’hélium mais il s’en consomme, et il manquera peut-être de combustible pour des astres qui deviendront plus froids et plus sombres. Le Soleil lui est condamné, on lui donne encore sept milliards d’années à briller de façon classique. Pour nous, Terriens, cela changera tout, mais d’autres étoiles se sont éteintes et d’autres se sont reformées. Vu leur nombre, cela ne va pas changer la cartographie de l’univers de façon fondamentale. Je verrais plus de risque dans notre capacité à détruire nous-mêmes la planète avant que cela ne se produise.
Le théologien: La fin du système solaire sera anecdotique au plan de l’univers. Je ne peux pas m'associer directement au cataclysme que l’on lit, à tort, dans le livre de l’Apocalypse. Cet écrit polémique et de circonstance du début de notre ère vient au secours des chrétiens persécutés. Il contient des passages impressionnants, mais il ne faut pas l’interpréter comme une prévision de la fin du monde physique. La parousie, autrement dit le retour du Christ à la fin des temps, doit être interprétée. Il est difficile aujourd’hui de soutenir que le Christ va revenir du ciel. Il s'agirait peut-être d’une dimension tout autre que le Christ apporterait dans le monde, dans un lien entre le physique et le spirituel. Dans la cosmologie d’aujourd’hui, nous devrions tenter de redonner sens à cette attente. Il faudrait retrouver des mots pour dire cela de façon compréhensible et pertinente.

3. La place de l’homme
dans l’univers
L’astronome: Avec l’astronome Hubert Reeves, l’expression «poussière d’étoile» a fait florès. Tout ce qui est sur la Terre vient des univers en formation. Ce brassage et la création d’éléments de plus en plus complexes ont rendu possibles le monde, puis la vie, puis l’homme. Certains disent que la vie est apparue plusieurs fois sur la Terre. Si la situation est propice, la vie apparaît. A proximité, la planète Mars est l’endroit le moins défavorable mais il est loin de l’être autant que la Terre. Si l’on compte les centaines de milliards d’étoiles dans notre galaxie et les centaines de milliards de galaxies, cela invite à penser qu’il existe d’autres situations favorables. Depuis la découverte récente des planètes extrasolaires, les astronomes sont devenus optimistes sur cette question. Comme si nous passions du fantasme à la réalité. Ils le sont d’autant plus que la biologie nous apprend que la vie peut résister à des conditions vraiment difficiles.
Le théologien: Il faut assumer que le livre de la Genèse est anthropocentrique. Mais l’homme y est créé en même temps que le règne animal, dont nous sommes présentés comme solidaires et comme l’aboutissement. Le Psaume 8 s’étonne de voir comment Dieu a fait de l’homme une merveille, presque à l’égal des anges, couronné de gloire et d’honneur, et qui règne sur tout le créé. La question scientifique nous amène à nous dire que l’homme n’est pas forcément le sommet de l’univers. Nous ne pouvons qu’admirer l’univers dans lequel nous vivons, et y voir, selon notre foi, la main de Dieu. Le risque de la science est de démythifier l’homme, de ne le rendre plus qu’animal. Cela aurait des conséquences éthiques. Si nous n’avons pas une valeur qui nous vient d’ailleurs, la dignité et la beauté de l’être humain sont menacées. Les progrès de la recherche scientifique ouvrent d’immenses questions, dont certaines s’apparentent à des questions de foi.