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4.
Astronomes et
théologiens
peuvent-ils se comprendre?
L’astronome: Il y a des astronomes chrétiens. Nous parlons de deux choses différentes. La religion répond à d’autres questions. La science décrit des phénomènes, tout en étant consciente de n’en voir qu’un reflet. Elle ne dit pas pourquoi les lois sont comme elles sont, ni pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Celui qui a besoin de vérité ultime peut la rechercher en lui, par le biais d’une religion. Je n’oppose pas science et religion. Ce sont des choses totalement différentes auxquelles on peut souscrire ensemble. Mais je peux opposer deux théories scientifiques, qui elles s’excluent.
Le théologien: Il est essentiel qu’il existe des groupes de travail commun, pour le plaisir de la réflexion, pour un enrichissement mutuel, pour une meilleure compréhension du sens, comme des savoirs scientifiques. L’Eglise, tout comme la société, a toujours une ou plusieurs cosmologies de retard. Il faut des générations pour que l’être humain puisse intégrer les grandes découvertes scientifiques dans sa représentation du monde.
5.
Une place pour Dieu?
L’astronome: Dans la cosmologie d’aujourd’hui, il n’y a pas de place pour un patriarche à barbe blanche qui nous regarde avec bienveillance. Mais certains peuvent voir un but dans la construction de l’univers, comme dans l’arrivée de la vie. Si vous dites que l’univers est tout, ou que Dieu est tout, ce n’est qu’une question de vocabulaire. L’idée de Dieu comme une personne, ne peut pas être du domaine scientifique, il faut la voir en parallèle. A celui qui dit que Dieu a créé l’univers, le scientifique va demander: «Et qui a fait Dieu?» Ce n’est pas satisfaisant. La vision scientifique et la religion sont des domaines clairement séparés.
Le théologien: Nous ne pouvons pas être pertinents dans tous les domaines. Mais nous devrions faire une place dans notre Eglise pour la vulgarisation des découvertes scientifiques, en y laissant une place pour le sens. Nous devons éviter de rester dans une vision du monde qui est un fantasme du passé, et plutôt intégrer la vision de la science et y trouver du sens. Il faut interroger les sciences sur leur manière de travailler, sur les conséquences de leurs découvertes. Ces découvertes nous épurent et nous ramènent à l’Evangile plus qu’elles nous en éloignent: elles nous rendent humbles, nous ouvrent aussi une espérance. Cela ne va pas de soi de regarder les étoiles, cela nous ramène à nous-mêmes, à un infini face auquel nous sommes tout petits. Nos aïeux vivaient cette confrontation. Avec les éclairages nocturnes dont nous disposons, nous nous replions complètement sur la Terre et perdons, avec notre monde technique, une ouverture sur l’infini.
Cela paraît hasardeux de dire quelque chose de la place de Dieu dans l’univers mais l’enjeu est de taille. Est-il en dehors de l'espace-temps? Est-il une forme d’énergie? L’Eglise ne doit pas manquer un tournant et se retrouver avec des conceptions archaïques, sans avoir de manière de dire Dieu dans l’environnement scientifique largement accepté. La vision chrétienne place Dieu au ciel. Nous l’avons ensuite situé hors de l’espace, puis hors du temps, et il devient inimaginable. Pour plus de clarté, nous devrions user d’un autre vocabulaire pour le lieu de Dieu. Le Royaume de Dieu, par exemple.
Question bonus. L’étoile de Noël et les signes des étoiles
L’astronome: Je ne vais pas m’exprimer sur l’étoile des rois mages. Mais pour ceux qui attribuent aux étoiles une force qu’elles pourraient exercer sur nous, je dis qu’elles sont tellement lointaines qu’aucune force connue ne peut entrer en matière. Mieux vaudrait alors se pencher sur la force exercée par la sage-femme à notre naissance qui était considérablement plus importante. L’astrologie n’est pas une science, du fait précisément que ses théories ne peuvent pas être réfutées par des faits. Elle est de l’ordre de la croyance. A titre personnel, je dirais plutôt de la superstition. Cela dit, je peux trouver poétique de penser que le soleil se trouvait dans telle ou telle constellation à ma naissance. L’incertitude du lendemain donne envie de certitudes pour se rassurer. Mieux vaudrait faire confiance à son jugement pour faire ses choix. Le problème étant toutefois qu’il faut alors les assumer. Avec l’astrologie, vous pouvez faire porter le chapeau aux étoiles…
Le théologien: Dans l’antiquité, il n’est pas rare de voir une naissance associée à une étoile. Le Christ n’est pas le seul à avoir été annoncé par une étoile. Le débat pour savoir s’il s’agissait ou non d’une comète est dépassé. Cela ne change rien à ma foi, qu’une comète ait passé ou non à ce moment-la. Il s’agit surtout d’une manifestation de l’importance du personnage. Quant à l’astrologie, nous sommes tellement petits que nous sommes influençables. Le mouvement de la lune provoque des marées et d’autres effets, mais je reste sceptique sur l’influence d’étoiles si lointaines. Notez que dans la Genèse, les étoiles sont une création de Dieu, alors que dans les autres religions de l’époque, elles sont des divinités. C’est une inspiration géniale du texte, qui leur enlève tout pouvoir divin.
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