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L’amour à la romaine Version imprimable Suggérer par mail
25-08-2009

Au Musée d’Avenches, découvrez ce qu’était l’amour en Suisse au temps des Romains, quand le christianisme apparaît dans nos contrées

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Amor jouant de la cithare. Médaillon en ivoire

Photo : A. Schneider 


En ce mois de septembre, voici deux bonnes raisons d’aller visiter le Musée romain d’Avenches. La première est de vous requinquer, en cette fin d’été, avec l’exposition «Amor au nord des Alpes, sexualité et érotisme dans l’antiquité romaine». Un regard sur les pratiques des temps anciens aide à mieux comprendre les nôtres. Des différences choquent, comme l’esclavage, qui donne aux hommes et femmes libres le pouvoir de disposer sexuellement des esclaves des deux sexes.

Des ressemblances avec notre époque surprennent aussi: la liberté avec laquelle les choses du sexe sont montrées et dites, la présence marquée de symboles sexuels. Les Romains vivaient dans un monde peuplé de dieux nombreux. La belle Vénus est omniprésente. Les gens s’en confectionnaient des figurines en terre cuite ou en bronze, parfois décorées de bijoux, qui les protégeaient des mauvais esprits. L’homme de l’Antiquité avait de l’amour une vision complexe: c’est avec Mars, le dieu de la guerre, que Vénus a eu son fils Amor, l’Eros des Grecs.

anne_de_pury_gyselLe dieu de l’amour est représenté comme un enfant potelé avec des ailes. «Souvent figuré en petit musicien à l’air aimable, Amor apparaît aussi fréquemment comme un enfant méchant, remarque Anne de Pury-Gysel, la directrice du musée, en désignant des objets: là, il prend plaisir à faire souffrir un animal de compagnie; ici il est déguisé en petit soldat; sur ce médaillon, il mène un condamné à mort au supplice. Les Romains étaient parfaitement conscients que l’amour peut rapidement se transformer en haine.» Ils en connaissaient aussi l’expression la plus pure, comme le montre l’inscription sur une pierre tombale: «Avec elle il vivait sans aucune lésion de son âme».

De Bacchus cette fois, dieu du vin et de la fête, Vénus a eu un autre enfant. C’est Priape, lié à la fertilité et à la procréation et devant lequel les couples déposaient leurs vœux de fécondité. Il est facilement reconnaissable par ses attributs sexuels surdimensionnés. Les habitants de nos régions ont laissé des traces de leur amour. Ce sont les gestes de tendresse, les mots échangés, les cadeaux entre amants, bijoux, stylets d’écriture. Les inscriptions sur les objets personnels, qui ne pouvaient se lire qu’à une distance intime: «Jouis de l’existence, toi ma vie!». Les chemins de cette carte du Tendre à la romaine dessinent caresses, enlacements, ébats amoureux…

L’Amor romain révèle enfin une face sombre du monde ancien, celle de la magie et des forces souterraines. Amulettes de protection contre les sorts, tablettes magiques cachées dans le sol pour porter une malédiction, autant d’appuis auxquels l’homme de ce temps faisait appel.

Le véritable amour

Ah! La seconde raison pour se rendre au Musée romain, maintenant. Une petite vitrine qui ne paie pas de mine, mais émouvante. Elle contient les objets placés dans la tombe d’une jeune femme, à Avenches, au début du IVe siècle: un collier en perles de verre, un bracelet, une bouteille à parfum, une cruche en bronze et deux gobelets en verre. Sur le plus grand est écrit: «Vivas in deo», «Puisses-tu vivre en Dieu», qui marque l’espérance de la résurrection. «Le mobilier funéraire comprend ce dont la personne a besoin pour la traversée vers l’autre monde, indique Anne de Pury-Gysel. Les inscriptions sur les deux gobelets, – la seconde est «Bois afin de vivre» – sont les témoignages les plus anciens de la religion chrétienne en Suisse romande.»

Le christianisme, qui a largement influencé notre conception de l’amour vrai, est arrivé avec les Romains. En sortant, vous passez devant le buste en or de l’empereur Marc Aurèle, trouvé à Avenches, le chef-d’œuvre dont le musée montre une copie. Loué pour son magnifique traité de philosophie stoïcienne, «Pensées», Marc-Aurèle n’a pas ralenti la persécution des chrétiens sous son règne. La petite figure ailée qui orne sa cuirasse n’est pas Amor, mais une tête de Gorgone, monstre de la mythologie gréco-romaine qui transformait en pierre les malheureux qui croisaient son regard.

  • V.Vt