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Culture
Les fourberies de Calvin Version imprimable Suggérer par mail
25-08-2009

Le spectacle de la Marelle, écrit par deux humoristes et deux pasteurs, ose rire des protestants. Bien trouvé

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golovtchinerMais qu’est-ce qui vous fait rire chez Calvin?
Lova Golovtchiner: Ce qui m’amuse, c’est de relever des défis. La Marelle m’a demandé d’écrire ces sketchs. J’ai trouvé amusant d’essayer de faire rire sur un sujet qui ne m’est pas forcément destiné. On n’est pas obligé d’être un spécialiste des religions pour se pencher sur Calvin ou Jean Paul II – ce qui m’est arrivé quelques fois. Un regard profane sur les religions et ceux qui les représentent est possible.

Et les protestants, vous les trouvez vraiment rigolos?
(Rire.) Pas moins ou pas plus que les catholiques, les musulmans ou les juifs. Ceux qui manifestent le plus d’humour, ce sont les juifs qui ont un humour typique. Bien sûr, des gags courent sur les pasteurs: une image de rigueur et de pseudo-avarice liée au protestantisme genevois. Mais tout cela me paraît un peu lointain et suranné. Même le ton pastoral un peu pompier évolue. Ce qui m’amuse aujourd’hui ce sont plutôt les pasteurs qui deviennent un peu DJ, animateurs ou autres, pour conquérir une clientèle. Ce sont là de nouveaux modes de prosélytisme, mais qui n’ont pas de rapport direct avec la religion qu’ils professent et cela me fait rire.

Peut-on rire de tout, n’y a-t-il rien de respectable?
On peut rire de tout, cela dépend avec qui. Et aussi de la manière. La provocation ne fait pas forcément rire. La foi des gens est respectable, ce n’est pas de cela qu’il faut rire. Elle appartient à la dignité de l’homme. Nous pouvons rire des abus des religions et des impostures de certains de leurs représentants. Il y a malheureusement une confusion dès que vous touchez au religieux, certains croient que vous attaquez la foi. C’est un malentendu que j’ai souvent vécu. Dans le titre des «Fourberies de Calvin», l’ironie avertit que ce n’est pas sérieux. Ce spectacle a pour but de s’amuser et de tordre le cou à la légende du Calvin rigoriste et austère.

jacques-etienne_depierrazMonsieur le pasteur, vous osez rire de Calvin et de votre vénérable Eglise?
Jacques-Etienne Deppierraz: L’humour est la meilleure manière de prendre du recul par rapport à nous-mêmes. C’est ce qui nous aide à avancer. Or l’Eglise réformée est justement appelée à continuellement se réformer. L’humour est une manière parmi d’autres de le faire, de se regarder en face avec un regard critique. Ce que j’aime dans l’humour, c’est ce décalage. Vous vous êtes défoulé avec tout ce que vous n’osez pas dire en chaire? Non, car je ne me censure pas et l’humour n’est pas absent de mes prédications. Mais il est toujours utile de balayer devant sa porte. Voire même d’égratigner sa propre institution. La nôtre s’y prête bien. J’ai fait un travail d’humour… assez sérieux. Ce n’est pas de la rigolade pour la rigolade. J’ai cherché à relativiser certaines choses, à en mettre en valeur d’autres. J’invite à ne pas nous prendre au sérieux.

En riant des caricatures, ne les renforce-t-on pas?
En montrant le ridicule des préjugés, nous les discréditons. L’effort de Calvin, comme de la Réforme, a été de désacraliser l’institution pour rendre la gloire à Dieu. L’humour va dans ce sens. Je ne ris pas de Dieu mais de notre image caricaturale de Calvin. Je me moque ainsi de notre tendance à mettre les choses en boîte. Le spectacle fait autre chose que de porter aux nues Calvin ou de le déboulonner.

  • G.D.

Les fourberies de Calvin

  • Sketches de Daniel Rausis, Lova Golovtchiner, Etienne Rochat-Amaudruz, Jacques-Etienne Deppierraz et Bernard Gobalet par le Théâtre de la Marelle.
  • Tournée en Suisse du 4 septembre au 6 décembre. Programme complet: www.paroles.ch/marelle