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Dossier
Jésus et les guérisseurs d’aujourd’hui Version imprimable Suggérer par mail
23-09-2009

Les évangiles rapportent vingt-trois guérisons miraculeuses. Jésus était-il un guérisseur? Que lui doit la médecine scientifique? Comment expliquer l’engouement actuel pour les rebouteux et autres magnétiseurs? Un théologien et un médecin répondent

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  RAF

daniel_margueratUne chose frappe à la lecture des évangiles, le nombre de personnes que Jésus soigne de toutes sortes de maux. On le dit charpentier, n’était-il pas plutôt médecin? Les vingt-trois guérisons miraculeuses rapportées par les textes en font en tout cas un guérisseur charismatique particulièrement doué. «Les évangiles rapportent plus de miracles de Jésus que le Talmud ne rapporte de guérisons de rabbis contemporains de Jésus», relève Daniel Marguerat, professeur honoraire de Nouveau Testament et spécialiste du Jésus historique. A son époque, Jésus n’était de loin pas le seul à apporter des soins. Les rabbis avaient aussi cette fonction, tout comme des guérisseurs populaires et ceux qui servaient le culte de dieux guérisseurs comme l’Asclépios des Grecs ou le Sérapis égyptien.

Les réussites de Jésus dans ce domaine sont impressionnantes. Il soigne aussi bien les corps que les âmes. «C’est une de ses particularités par rapport aux guérisseurs, note le Pr Marguerat. Pour Jésus, la personne constitue un tout. La maladie est le signe d’un dysfonctionnement. Quand il intervient, il va être attentif au corps malade mais aussi à la personne tout entière. Il dit à un paralysé: ‹Tes péchés te sont pardonnés.› Cela veut dire: ‹Tu peux vivre devant Dieu en paix avec toi-même.› Jésus s’intéresse à toute la personne. Il considère le malheur du corps comme le malheur de la personne devant Dieu. Cela fait de lui une exception.»

Une autre caractéristique de Jésus guérisseur est qu’il renvoie à Dieu comme la source du miracle. Il ne s’attribue jamais un pouvoir. «Les miracles sont des concrétisations du royaume, qui n’est rien d’autre que le lieu où Dieu est honoré comme roi, où son pouvoir est reconnu. Jésus est le seul à faire cela, indique le théologien. Le critère est la libération de la personne.» Un guérisseur n’est pas dangereux en soi, il l’est s’il rend la personne dépendante soit de lui, soit de puissances surnaturelles.

A au moins trois reprises, Jésus va jusqu’à faire revenir des morts à la vie. Le spécialiste avance deux lectures de ces récits troublants: «Dans l’Antiquité, la mort ou la presque-mort, est le comble de la maladie. L’énergie vitale est proche de zéro. Réanimer un mort, le ramener à la vie, c’est le comble de la guérison, au moment où la vie est presque éteinte.» L’autre manière de lire ces événements est plus symbolique: les premiers chrétiens ont vu dans ces guérisons des annonces anticipées de Pâques. «Ces résurrections sont en fait des réanimations, précise Daniel Marguerat. La résurrection du Christ est autre chose. Elle est l’accès à une autre vie.»

Renouer l’âme et le corps  

Certains vont s’étonner aujourd’hui de l’intérêt appuyé des évangiles pour de tels épisodes de la vie de Jésus. Daniel Marguerat, lui, s’étonne au contraire de ce qu’une bonne partie de la chrétienté ait oublié que la guérison fait partie de la foi. Le théologien nous invite à retrouver le fait que la foi concerne la totalité de la personne, y compris notre corps. Pour lui, c’est un malheur d’avoir séparé d’un côté le corps qui ne serait que de la matière et de l’autre l’âme susceptible d’être sauvée. Cette division appartient au monde grec. Le Christ considère la personne comme un tout. «Jésus n’est pas un magicien. Il ne guérit pas seul. Toute la personne, y compris son corps, doit accéder à la paix devant Dieu. C’est cela qu’il appelle la conversion.»

Les guérisons quasiment miraculeuses de Jésus posent aujourd’hui un problème. Combien de guérisseurs aujourd’hui, pas toujours recommandables, disent l’imiter en faisant appel à des forces irrationnelles pour traiter leurs patients? Le problème tient à notre conception de ce qu’est un miracle, selon Daniel Marguerat. Dans le langage courant, c’est une action positive inexplicable, exceptionnelle et extraordinaire. Or dans le Nouveau Testament, il s’agit d’autre chose: «C’est un événement extraordinaire ou pas, mais qui est compris comme l’effet de la puissance de Dieu pour la personne. Jean l’appelle ‹signe›, soit un événement qui est reconnu comme un signe de Dieu.»

Jésus guérissait de la même manière que d’autres guérisseurs, et il n’y avait pas grande différence dans les gestes, estime le professeur de Nouveau Testament. La différence fondamentale est que Jésus attribue à Dieu l’événement qui est en train de se passer: «Aujourd’hui, nous devons changer notre définition du miracle. Je peux appeler miracle l’intervention d’un médecin, car j’y reconnais l’intervention de Dieu. Cela peut être une lente convalescence. Nous ne reconnaissons plus le miracle parce que nous en donnons une définition dévoyée. Nous le rejetons dans la magie et l’irrationnel, et alors seuls les guérisseurs, charlatans ou non, peuvent le réaliser. Jésus guérit avec la salive, avec de la boue… Mais ce qui fait le miracle, c’est la signification que nous lui donnons devant Dieu.»

  • V.Vt