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«La confiance du patient
joue un rôle important»
Le regard avisé de Jean Martin, ancien médecin cantonal, sur la
médecine scientifique et celle des guérisseurs
Dans les évangiles, Jésus soigne un grand nombre de personnes de façon
spectaculaire. Le considérez-vous comme un médecin?
Jean Martin: Une réponse à cette question a vraiment beaucoup de
chances d’être anachronique, inadaptée. Il n’y avait pas alors de
reconnaissance formelle des professions dans le domaine des soins.
Jésus a guéri, il a donc fait œuvre thérapeutique.
La médecine d’aujourd’hui a-t-elle encore quelque chose à voir avec la
médecine de Jésus?
Des études en nombre croissant, surtout nord-américaines, indiquent que
les personnes qui ont une conviction spirituelle vécue ont un certain
avantage quant à la santé et à la maladie. Pas un énorme avantage, mais
il s’agit de différences statistiquement significatives. A noter
toutefois que cela peut être dû en partie au fait qu’elles mènent une
vie plus réglée, au cours de laquelle elles prennent moins de risques
tels notamment l’usage de produits nuisibles à la santé. Cela étant, la
médecine actuelle, établie sur des bases scientifiques – prouvables,
reproductibles – est évidemment très différente de celle de l’époque,
même si les médecins de l’école grecque antique avaient déjà fait des
observations et des déductions objectives.
Les récits bibliques de guérisons sont plus proches des méthodes
employées aujourd’hui par des guérisseurs que par les médecins suisses…
Cela donne-t-il une justification à ces pratiques?
La confiance – la foi! – du patient en son thérapeute joue un rôle
important, y compris à notre époque très objective. Le médecin
scientifique qui est convaincu de ce qu’il fait aide mieux son malade.
Le Pr Jéquier-Doge, qui a beaucoup marqué les médecins vaudois dans les
années 1950-1970, parlait de ces patients «qui ne guérissent que par
envie de plaire à leur thérapeute». Cela peut valoir pour des
thérapeutes qui n’ont pas passé par la Faculté de médecine.
Jésus, par son souci de la santé des autres, représente-t-il un modèle
pour les médecins?
A plusieurs égards, oui. Cela ne veut pas dire que tous les médecins
devraient être des chrétiens confessants pour être de bons médecins.
Jésus est un maître, un modèle qu’il est bon de suivre, dont l’impact
s’étend au-delà des croyants – comme il y a d’autres maîtres, y compris
profanes ou agnostiques, dont les enseignements méritent d’être
retenus.
Comme ancien médecin cantonal, comment considérez-vous les guérisseurs?
J’ai à l’époque tenu à éviter une quelconque chasse aux sorcières à
leur endroit – sauf lorsque des guérisseurs avaient eu des
comportements inacceptables. Je souhaite que nos concitoyens continuent
à se confier à la médecine scientifique lorsqu’ils souffrent de
problèmes sérieux, nécessitant le recours à des investigations
complexes, à des médicaments très actifs ou à la chirurgie. Cela étant,
pour des raisons que je ne saurais expliquer précisément, des méthodes
alternatives apportent dans certains cas une vraie aide au patient.
Etant entendu qu’il importe que le guérisseur ne lui fasse pas prendre
de risques. Mais, au cours d’un quart de siècle, je n’ai pas constaté
d’effets nuisibles notables à cet égard.
Quelle est la vraie différence entre un médecin et un guérisseur?
C’est le fait que le médecin autorisé à pratiquer est détenteur d’un
titre décerné par une université et reconnu par les pouvoirs publics,
sur la base d’un ensemble de connaissances scientifiquement validées.
Le répertoire des guérisseurs de Magali Jenny en est à sa septième
édition, avec 45'000 exemplaires vendus. Est-ce là un désaveu de la
médecine officielle?
Je suis effectivement impressionné. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un
désaveu mais c’est une indication que nos concitoyens, tout en
appréciant la médecine officielle, estiment – et parfois ont vécu – que
des méthodes non reconnues peuvent être utiles. Par conséquent ils s’y
intéressent. Qui suis-je pour dire que les personnes qui m’en parlent
et disent avoir été aidées par des praticiens non orthodoxes sont
victimes d’autosuggestion? L’autosuggestion est sans doute une
explication trop courte et je ne crois pas que ces personnes mentent.
En savoir plus
- Une émission: «Faut pas croire», le magazine religion et société de la TSR, consacre une émission spéciale au sujet «Le phénomène des guérisseurs». Samedi 10 octobre, 13h05, TSR1. Dimanche 11 octobre, 18h30, TSR2
- Un livre: Magali Jenny, *«Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande», Ed. Favre
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