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Entre clochers et minarets Version imprimable Suggérer par mail
27-10-2009

Les Eglises protestantes se mobilisent contre l’initiative antiminarets. Arguments

actu

Le ciel au-dessus de la Suisse est assez vaste.

dr


La Fédération des Eglises protestantes de Suisse ne ménage pas ses efforts pour combattre l’initiative contre les minarets qui sera soumise au peuple le 29 novembre. Elle avance six arguments

1. L’interdiction des minarets ne résout aucun problème.

Elle en crée de nouveaux. Trois cent cinquante mille musulmans vivent en Suisse. Certains pratiquent leur foi en public, d’autres dans un cadre privé, d’autres pas du tout. Si la Suisse interdit la construction de minarets, leur foi personnelle ne changera pas, mais leur confiance en l’Etat de droit censé protéger la liberté de religion sera ébranlée. Les musulmans fondamentalistes se verraient confortés dans leurs préjugés, les musulmans libéraux se sentiraient discriminés. La Constitution fédérale protège le droit pour toute personne de pratiquer publiquement sa foi.

2. La diversité des chrétiens, la diversité des musulmans.

Dans toutes les religions, on trouve des mouvements fondamentalistes, mais aussi et surtout une majorité qui aspire à une cohabitation pacifique. Les Eglises protestantes encouragent à construire la vie politique et religieuse avec cette majorité. La cohabitation entre minorités et majorité fait depuis toujours partie de la culture de la Suisse. Cette expérience la rend plus forte.

3. Avoir confiance en l’Etat de droit.

En Suisse, les rapports entre l’Eglise et l’Etat sont empreints de respect mutuel. L’Etat laïc plonge ses racines dans la tradition chrétienne occidentale. Cependant, il refuse de s’orienter sur des critères religieux. Ses lois s’appliquent à tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses. Il protège les minorités contre la violence et la discrimination. Il sait aussi se défendre lorsque la démocratie est attaquée.

4. Les tours n’ont pas leur place dans la Constitution.

Les clochers ne sont pas davantage mentionnés dans la Bible que les minarets dans le Coran. Mais ils représentent d’importants points de repère urbains et religieux. Il en va de même pour les minarets. Ils signalent qu’ici la foi est vécue et en témoignent. Les règlements sur les constructions et l’aménagement garantissent que les tours de toutes sortes ne peuvent être érigées que si elles sont conformes à l’ordre public.

5. La liberté de religion doit être garantie partout.

Dans plusieurs régions du monde, le droit humain à la liberté de religion est bafoué. Les Eglises protestantes de Suisse s’opposent à cette discrimination. Les Eglises sont consternées par le fait que des chrétiens soient aussi victimes de violences dans des Etats islamiques. Mais on ne doit pas répondre à une injustice par une autre injustice. La vengeance est en contradiction avec la mission chrétienne.

6. Avoir confiance dans sa propre foi.

La Suisse est un pays de tradition chrétienne constitué de différentes cultures, confessions et langues. Avec les nouveaux mouvements migratoires, cette diversité s’est encore accrue. La rencontre avec l’étranger peut susciter des craintes et être source de conflits. La voie pour surmonter ses craintes passe par la rencontre et le dialogue. Qui s’appuient sur la propre foi vécue en toute confiance.

  • bn

«Le principe de précaution»

L’initiative rejetée par les protestants a été lancée conjointement par l’UDC – Union démocratique du centre – et par le parti d’obédience chrétienne UDF – Union démocratique fédérale. Les explications de Maximilien Bernhardt, député UDF au Grand Conseil vaudois.

Pourquoi l’UDF a-t-elle lancé une initiative contre les minarets?
Maximilien Bernhardt: Les demandes supplémentaires de minarets ont été l’élément déclencheur à l’origine de l’initiative.

Les lois actuelles ne suffisent-elles pas pour régler les problèmes posés par les minarets?
Les lois sur les constructions déterminent si le projet du minaret s’intègre dans l’environnement architectural. Si la mosquée de Lausanne dépose une demande pour un minaret de 50 m, la loi sur les constructions va l’en empêcher. Les raisons de notre initiative sont ailleurs. La première est de défendre la paix confessionnelle. Cette paix n’est pas menacée par la situation actuelle, avec quatre minarets en Suisse, et chacun continuera à pratiquer sa religion à l’intérieur de ses bâtiments. Cette paix serait menacée en revanche avec une prolifération de minarets.

Votre initiative a-t-elle quelque chose de chrétien?
En tant que chrétiens, notre responsabilité est de prévenir. L’initiative applique le principe de précaution. Une multiplication de minarets va provoquer des tensions, nous l’avons vu à chaque mise à l’enquête. Mais nous restons très attentifs à la liberté de culte, à la liberté de changer de religion, de construire des bâtiments, de pouvoir se rassembler et partager sa foi. L’absence de minaret ne contrevient pas à cette liberté de croyance. Sinon l’UDF n’aurait pas participé à l’initiative, pour cet élément qui n’a pas de nécessité religieuse.

  • bn

En savoir plus

  • Des soirées-débats: «Faut-il avoir peur des minarets?» Le Conseil œcuménique et interreligieux vaudois rejette l’initiative. Il organise des soirées-débats avec des personnalités juives, chrétiennes et musulmanes. Jeudi 29 octobre, 20h, Yverdon, aula du château. Jeudi 3 novembre, 20h, Payerne, Maison de paroisse protestante. 
  • Un site: www.feps.ch
  • Deux livres: «Les minarets de la discorde», Ed. Infolio, Religioscope. Petit ouvrage collectif qui éclaire le débat sur les minarets en Suisse et en Europe. «Musulmans d’aujourd’hui», Ed. Labor et Fides. Huit chercheurs proposent des approches plurielles de la réalité musulmane en Suisse.