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Chrétiens du monde
La Révolution qui est venue de l’Eglise Version imprimable Suggérer par mail
27-10-2009

Les mouvements de masse non violents qui ont fait tomber le Mur de Berlin il y a vingt ans étaient liés aux Eglises. Témoignage

berlin

Début novembre 1989: «la fin du Mur de Berlin.»

Photo : Str Old / Reuters

 

Neuf octobre 1989. Septante mille personnes en marche commencent à faire trembler le régime monolithique de l’Allemagne de l’Est (DDR). Lieu décisif: le Ring qui entoure la vieille ville de Leipzig. Les manifestants font face à 8000 soldats et policiers du SED, le Parti socialiste unifié d’Allemagne. Quelques jours avant, dans le «Journal populaire de Leipzig», le SED brandissait la menace: «Nous sommes prêts et avons la ferme volonté de protéger ce que nous avons créé. S’il le faut, les armes à la main!»

Le courage de 70 000 personnes fait pourtant céder le barrage. La manifestation du lundi suivant soulève 150 000 personnes.

Début décembre, les manifestants sont 250 000. L’idée jusqu’alors utopique de voir la démocratie faire reculer une dictature prend soudain corps. Les manifestants se tiennent devant la Runde Ecke, la centrale du ministère de la sécurité d’Etat, la redoutable Stasi. Sur une banderole, on lit: «Runde Ecke, maison des horreurs – à quand un musée?» Un comité civil négocie avec des officiers de la Stasi l’occupation pacifique de la maison, ce qui interrompt la destruction des documents.

La banalité du mal

Lors de l’occupation de la centrale de la Stasi, Tobias Hollitzer avait 23 ans. «Nous avons rapidement été saisis par un fou rire, lorsque nous sommes entrés», se souvient-il. Ce qui amusait le plus était de voir à quoi ressemblait le lieu de travail des bureaucrates de la Stasi: les pièces étaient tapissées de papier à fleurs, couvertes de photos de nus confisquées dans des journaux occidentaux.

Aujourd’hui, la Runde Ecke est bel et bien transformée en musée, et Tobias Hollitzer en est le conservateur. Il souhaite montrer la «banalité du mal» – selon l’expression utilisée par Hannah Arendt à une autre époque – mais aussi la terreur qui émanait de ce lieu qui a contraint toute une société à un silence de mort. Le musée présente tout l’arsenal d’écoute et d’espionnage de la Stasi: les sacs à main avec caméra, les micros, perruques…

La peur de la censure

Dans une salle se trouve la Machine à vapeur. Cet instrument permettait d’ouvrir 2500 lettres par jour. Une petite proportion, si l’on imagine que tout le courrier de la région de Leipzig, avec ses 1,3 million d’habitants, passait sous la loupe de la Stasi. Mais l’effet était permanent, souligne Tobias Hollitzer: «Chacun savait, au moment d’écrire une lettre, que la Stasi pouvait la lire.» Les gens avaient le sentiment de ne plus avoir d’endroit où ils n’étaient pas soumis à une surveillance. C’est ce que montre le bon mot tiré de la Bible pour décrire la DDR: «Là où deux ou trois sont rassemblés, la Stasi est au milieu d’eux.»

Aux yeux de Tobias Hollitzer, ce sont moins les membres de l’opposition qui ont neutralisé le système de la Stasi que les milliers de citoyens qui souhaitaient quitter le pays. «Nombre d’entre eux ont pris le risque d’être arrêtés», estime le directeur, qui unifiait la résistance, sous le couvert de groupes d’Eglise défendant l’environnement et les droits de l’homme. L’exode massif par Prague et la Hongrie s’est conjugué avec l’action de l’opposition. Une conjonction qui a mobilisé les masses pour la grande manifestation de Leipzig du 9 octobre 1989, et finalement conduit à la chute du Mur. «Mais ceux qui voulaient émigrer voulaient quitter la dictature, pas réformer la DDR de l’intérieur», affirme-t-il.

C’est là que Hollitzer voit la rupture entre les dissidents liés à l’Eglise et la majorité de la population: pendant que les premiers misaient sur une démocratie visant la réforme du socialisme, la majorité voulait simplement un système parlementaire et une économie capitaliste. La voie préconisée par les dissidents était illusoire, juge aujourd’hui l’ancien dissident. En décembre 1989, les manifestants d’octobre avaient déjà changé de slogan: «Si les deutschemark – la monnaie allemande de l’époque – ne viennent pas à nous, nous irons vers eux.»

  • Delf Bucher, «Reformiert.»

Chronologie

  • 19 janvier 1989: Erich Honecker, le chef d’Etat de la DDR, assure que le Mur restera dressé «dans cinquante, ou encore dans cent ans».
  • 4 septembre 1989: Première manifestation du lundi, à Leipzig, en lien avec la traditionnelle prière pour la paix dans l’église Saint-Nicolas. Une plus grande liberté de voyager et l’abolition de la Stasi sont exigées. Dès cette date, des manifestations se tiendront chaque lundi.
  • 10-11 septembre 1989: La Hongrie ouvre sa frontière aux citoyens de DDR qui souhaitent voyager. 30 000 migrants rejoignent l’Allemagne de l’Ouest en trois semaines.
  • 2 octobre 1989: 20 000 personnes manifestent à Leipzig en faveur de réformes en DDR. La manifestation est dispersée violemment.
  • 9 octobre 1989: 70 000 personnes manifestent à Leipzig pour une réforme, avec le slogan: «Nous sommes le peuple – pas de violence!»
  • 4 novembre 1989: Le fonctionnaire du SED Günter Schabowski fait savoir que les citoyens de DDR sont libres de voyager. Des milliers de Berlinois de l’Est se pressent pour passer à l’Ouest. Peu avant minuit, les barrières du Mur sont ouvertes.