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L'alchimie du dessinateur |
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| 27-10-2009 | |||
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A 80 ans, le célèbre graveur vaudois garde sa joie de vivre, affine sa foi et prépare une grande exposition à Grandson. Visite à son atelier
«Je travaille moins qu’autrefois mais je continue à faire de la gravure. C’est une gourmandise. J’aime toujours autant gaufrer la feuille de papier en la marquant, comme on marque un territoire.» La presse, qui date du XIXe siècle, occupe tout un angle de la vaste pièce. Elle est décorée de symboles: une victoire, des lauriers, les figures des découvreurs de l’imprimerie et, sur le haut, l’imposant serpent de la connaissance. «Sur le transept de cette croix de bois de chêne est boulonnée la lyre, montre le graveur. J’y ai souvent vu la croix du Christ et la lyre de David.» Voyons un peu comment ça marche. Au fond, le plateau métallique. Une feuille d’un beau papier y est déposée. Puis la plaque de bois gravée et encrée, posée dessus. Un levier enfin vient exercer une forte pression, qui va produire couleur et relief. Un petit Don Quichotte apparaît, la lance à la main: «Cette figure romanesque, à la limite entre l’enthousiasme et la folie, me plaît énormément», se réjouit le vieux graveur. Paysages et bateaux, ou encore des femmes plantureuses ont aussi sa faveur. Tout comme les sujets bibliques. «J’ai quitté ma foi d’enfance»«Ma mère était très croyante, se remémore-t-il. Mon père nous apprenait des versets bibliques, avant que nous partions pour l’église, où nous donnions 50 ct dans une crousille en forme de petit Nègre qui disait merci de la tête. Je me souviens encore des cantiques de mon enfance: ‹Mon pauvre cœur sous ta houlette…› Ce creuset a imbibé ma façon de voir et de penser.» Rien d’étonnant alors à ce que, lorsqu’il s’est mis à son compte en 1952 – «Je préfère dire que je me suis mis à mon décompte», s’amuse-t-il – à côté d’imprimeurs et d’éditeurs, des pasteurs ont été ses clients: l’affiche pour la fusion des Eglises libre et nationale, les illustrations de la Bible de mariage et pour d’autres livres et journaux. Jacques Perrenoud était un peu l’artiste officiel des protestants. Aujourd’hui, toutefois, après des années de fidélité, Jacques Perrenoud reconnaît avoir passé par une période d’interrogations: «J’ai quitté ma foi d’enfance et j’aime relier l’Eglise à quelque chose de plus universel. Je suis heureux de la voir ouverte et enthousiaste, en dialogue avec les autres grands courants de pensée, juif, musulman, hindou, ce qui faisait pousser de grands cris à ma mère.» Et le voilà parti d’un éclat de rire. «Ma joie de vivre est une façon de dire merci. Je suis reconnaissant à l’Esprit qui m’a donné une main, une âme et un cœur qui me permettent de travailler. Comme l’écrivain peut écrire une lettre d’amour ou d’adieux, je peux produire une image de joie ou d’angoisse, c’est l’alchimie du dessinateur.»
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