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Panorama
1100 ans de rayonnement clunisien Version imprimable Suggérer par mail
30-10-2009

Huit sites vaudois sont des «filles de Cluny». Retour sur l’histoire d’un ordre qui a suscité un engouement spirituel hors du commun et développé un réseau d’influence sans pareil

logoMais que se passe-t-il pour que les protestants fêtent un ordre monastique? Un juste retour de l’histoire: ils célèbrent leurs cultes, dimanche après dimanche, dans pas moins de huit édifices clunisiens de toute beauté situés en terre vaudoise. «Ce sont des lieux de paix dans lesquels le croyant d’aujourd’hui, touché par la simplicité de l’art roman, se sent à l’aise», s’enthousiasme John Ebbutt, pasteur coordinateur des festivités du 1100e en Suisse. Payerne, Romainmôtier et les autres «filles de Cluny», l’abbaye mère en Bourgogne, se souviennent de cet engouement spirituel, né il y a 1100 ans et qui a marqué l’Europe. Il s’agissait – les protestants d’aujourd’hui y sont sensibles – de réformer la vie des moines. «Tout est parti d’une volonté de restaurer la règle de saint Benoît dans sa plus pure tradition, alors qu’elle tombait en désuétude», raconte John Ebbutt.

La charte de Cluny est signée le 11 septembre 909 ou 910 – un doute demeure sur l’année. Son indépendance lui offre un énorme succès: «En plaçant Cluny sous la juridiction directe du pape, le monachisme échappe à la tutelle politique, juridique et matérielle du pouvoir épiscopal et féodal local», explique le pasteur. Les moines peuvent alors se concentrer sur leur vocation première, la vie contemplative.

Leur temps de prière est amplifié. «Vers 1100, la durée totale des offices atteint six heures et demie par jour, admire John Ebbutt. A l’occasion de fêtes, les moines chantent jusqu’à 250 psaumes d’affilée.» Pas étonnant que l’abbaye de Cluny, qui se comprend comme reflet de la Jérusalem céleste, soit surnommée «le déambulatoire des anges». La charité, la musique et la dévotion à Marie sont aussi au centre de cette réforme. «C’est aussi à Cluny qu’est instaurée la fête des morts, le 2 novembre, et que Noël devient la fête que nous connaissons», souligne le pasteur.

Cluny deviendra la plus importante famille religieuse que l’Occident ait connue. L’ordre se retrouve à la tête de 1400 abbayes et prieurés dans tous les pays qui entourent la France. Son rayonnement doit beaucoup à la personnalité de ses premiers abbés, «prestigieux, presque tous canonisés», souligne le pasteur. Dès le XVIe siècle, l’ordre connaît un fort déclin avant que la Révolution française n’ordonne sa suppression en 1790.

  • G.D.

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Eglise de Baulmes.

 
Un premier monastère, consacré à Marie, est fondé à Baulmes en 652. Le prieuré est rattaché à l’église de Payerne en 974, elle-même liée à Cluny. Quand l’union est confirmée en 1294 par l’abbé de Cluny, les deux sites partagent le même prieur. En 1536, les Bernois suppriment le prieuré, sans doute très diminué et situé sur le site de la cure actuelle. Après les transformations du XIXe siècle, seul le clocher avec ses fenêtres gothiques et l'arc en ogive de l’entrée garde le cachet de l’ancienne église dédiée à Saint-Pierre.

  • Dimanche 21 mars 2010 à 17h, concert: «Sur le chemin de Cluny, polyphonies improvisées», par l’ensemble vocal Le chant sur le livre.

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Notre-Dame de Bassins.

 
L’église de Bassins offre un panorama grandiose sur les Alpes. Elle est devenue clunisienne aux XIe siècle après une donation à Cluny par le seigneur de Cossonay et de Prangins, Humbert Ier. La possession, dépendant de Payerne, est confirmée par le pape en 1183. Le prieur payernois garde une emprise forte sur Bassins jusqu’au XVIe siècle. Il ne reste aujourd’hui du prieuré que l’église Notre-Dame, dont la partie la plus ancienne est le chœur, probablement du Xe siècle. Une chapelle latérale, dédiée à Marie, est fondée en 1406 par un seigneur local.

  • Jeudi 12 novembre, 20h: «Sur le chemin de Cluny avec les Pères du Jura», exposé-partage d’Anne Bécholey, avec intermèdes musicaux par Matthias Seidel.
  
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Eglise de Bursins.

 
L’église de Bursins, dédiée à Saint-Martin, est mentionnée pour la première fois au IXe siècle. En 1011, le roi de Bourgogne, Rodolphe III, en fait don à Romainmôtier. Lequel rebâtit un nouvel édifice et les bâtiments des moines. En 1260, une maison forte y est accolée pour se défendre des seigneurs voisins et de l’évêque de Genève. Les difficultés financières de Romainmôtier nécessitent ensuite que les revenus du riche prieuré de Bursins rejoignent ses biens. Puis le prieuré lui-même. Il est finalement détruit au XIVe siècle pour renforcer les fortifications. L’église est transformée et agrandie de chapelles.

  • Mercredi 20 janvier 2010 à 20h: «D’esprit et de pierre: Cluny!», conférence de Maryse Dufaux-Chollet, reporter.

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Prieuré de Mollens.

 
Il ne reste malheureusement du site clunisien qu’un bout… de cloche! Le prieuré a subi deux incendies il y a deux siècles. Mollens a rejoint Cluny au XIIe siècle, du fait que Romainmôtier possède les dépendances de Ballens et de Torclens. L’activité du petit centre monastique consiste à recueillir le revenu de ses biens fonciers: une grange, un pré, des dîmes… Un prieur gère l'ensemble de ces biens, dont un seul nom a été retenu, Nicolas, cité en 1167.

  • La commune a posé le 6 septembre 2009 un panneau commémorant l’histoire clunisienne du village.

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Eglise de Montcherand.

 
Edifiée au Xe siècle sur un promontoire dominant l’Orbe, l’église de Montcherand dépend d’abord du prieuré de Baulmes, lui-même confié ensuite à Payerne. Après un incendie, l’église est rénovée à la fin du XIe siècle. C’est sans doute de là que datent les magnifiques peintures murales de l’abside, parmi les plus anciennes de Suisse romande, redécouvertes en 1902 seulement! Les douze apôtres entourent un personnage central disparu – logiquement le Christ – tous badigeonnés à la Réforme. Une anecdote: en 1483, les habitants cèdent l’eau d’une fontaine à un couvent d’Orbe et reçoivent en échange une cloche pour leur église.

  • Vendredi 11 décembre, à 19h30: «Ecoute!» dit saint Benoît. L’étonnante histoire de saint Benoît racontée par la diacre conteuse Geneviève Spring.

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Abbatiale de Payerne.

 
Elle est la plus grande église romane de Suisse. Conrad II le Salique y a même été couronné roi de Bourgogne en 1033. La première chapelle dédiée à Marie est consacrée en 587 par l’évêque saint Maire de Lausanne, dans la villa Paterniaca – qui donnera Payerne. Les moines de Cluny s’installent dans la ville dès 961 à l’invitation de la reine Berthe. Ils reçoivent d’importantes donations de sa fille, l’impératrice Adélaïde, épouse d’Otton le Grand. La construction de l’abbatiale débute en l’an 1000. La vie monastique intense s’amenuise ensuite au cours des siècles. Le cloître est détruit à la Réforme et l’abbatiale désaffectée sert de fonderie, de grenier puis de caserne.

  • Samedi 21 novembre, de 8h45 à 17h30: rencontre monastique inédite, avec les moniales cisterciennes de la Fille-Dieu et de la Maigrauge, les moines cisterciens d’Hauterive, les sœurs bernardines de Collombey, la communauté œcuménique de Bose et les sœurs protestantes de Grandchamp. 

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L' Abbatiale de Romainmôtier.

 
Marguerite d’Autriche et Philibert de Savoie se sont mariés là en 1501. Le plus ancien monastère de Suisse existe depuis 450, fondé par saint Romain – qui donne le nom au site. Détruit à la fin du VIe siècle, il est reconstruit sous la règle du moine irlandais saint Colomban. Ce monastère est confié à Cluny en 928 par la sœur du roi Rodolphe Ier de Bourgogne. Les moines le reconstruisent à l’image réduite de l’église de Cluny II. Les bâtiments du monastère sont transformés et complétés jusqu’au XIVe siècle. En 1537, après l’invasion bernoise, les moines quittent les lieux et le cloître est détruit.

  • Samedi 20 mars 2010: journée des jeunes de 15 à 30 ans à Romainmôtier. Animations, ateliers et célébration avec la communauté des Focolari de Montet.

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Eglise de Rougemont.

 
En partant pour les croisades, le comte Wilaire Ier de Gruyère donne à Cluny des terres du Pays-d’Enhaut. Jean, le premier prieur, y construit Saint-Nicolas de Rougemont. L’unique monastère des Alpes vaudoises reste lié à l’histoire de la famille de Gruyère, qui perd de son pouvoir au XIVe siècle. En 1555, le comte Michel, endetté, est déchu. Rougemont devient bailliage bernois. Les moines chantent une dernière fois l’hymne de Noël «Gloria in altissimis Deo» et quittent les lieux. Le château des baillis bernois remplace le cloître. L’église connaît des remaniements – notamment un clocher bernois – mais conserve son empreinte romane.

  • 4 et 5 septembre 2010: Manifestation exceptionnelle avec exposition «Le monachisme dans la bande dessinée», spectacle, ateliers, repas médiévaux…

En savoir plus

Une foule d’autres manifestations sur chaque site à découvrir dans la brochure des festivités «Cluny 2010: un itinéraire spirituel pour aujourd’hui». A consulter ou commander sur le site www.protestant-vaud.ch/cluny2010 ou chez John Ebbutt, cure de Ressudens, 1543 Grandcour.

  • «Sites clunisiens en Europe», le guide édité par la Fédération des sites clunisiens, 96 pages illustrées, www.sitesclunisiens.org