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Combatifs face à la pauvreté Version imprimable Suggérer par mail
25-11-2009

«La pauvreté n’est pas une fatalité»

 

suzanne

«Suzanne Imobersteg devant l'Ancre.» 

La bonne manière de réagir selon Suzanne Imobersteg, diacre à l’Ancre, un lieu d’accueil à Chavannes-près-Renens

La pauvreté existe dans le canton, vous la côtoyez?
Suzanne Imobersteg: Oui. Les repas de notre lieu d’accueil attirent chaque fois une trentaine de personnes. C’est plus que d’habitude en cette fin d’année difficile. Ce sont des personnes à l’AVS, à l’AI ou des chômeurs en fin de droit. Ils ont bien gagné leur vie, ont été licenciés vers la cinquantaine, n’ont plus pu retrouver de travail à cause de leur âge et malgré leurs compétences. Ils entrent à la retraite avec le minimum.

Les personnes victimes de pauvreté sont-elles responsables de leur situation?
Non. Les profiteurs, je n’en ai jamais vu. C’est devenu tellement compliqué d’obtenir l’AI aujourd’hui. Et pour toucher l’aide sociale, vous avez le minimum et pas de fortune. Non, la pauvreté vient de facteurs extérieurs, comme la fermeture de l’entreprise qui vous emploie.

La pauvreté est-elle alors une fatalité?
J’aimerais différencier la pauvreté matérielle et la pauvreté psychologique. La seconde n’est pas une fatalité, même si la pauvreté matérielle risque d’y conduire. Vous perdez vos repères, vous vous sentez déboussolé et inutile. Quand vous tirez déjà la langue et que les poursuites ne vous font pas de cadeau… C’est un cercle vicieux qui vous fait descendre vite. Il faut beaucoup d’énergie pour rebondir. Donner un sens à sa vie est important. Il s’agit de le trouver ailleurs que dans le travail et le matériel. La personne touchée peut encore se mettre en route et se sentir utile, même bénévolement.

Peut-on sortir de la pauvreté?
Oui, bien sûr. Il y a déjà ceux qui retrouvent du travail. Mais dans tous les cas, ce qui change tout, c’est la manière de vivre la pauvreté. Des gens sont pauvres, mais riches intérieurement. Il faut revoir nos représentations qui assimilent le bonheur à la richesse matérielle. Pour s’en sortir, j’encourage à chercher des lieux d’entraide et à faire partie d’une association. Trop de gens restent seuls. Il n’y a pas de honte à être touché par la précarité, c’est comme cela à notre époque. L’association permet de créer son réseau, de parler, d’être attentifs les uns aux autres, notamment quand quelqu’un tombe malade.

Les chrétiens ont-ils une responsabilité à l’égard de la pauvreté?
Nous avons tous une responsabilité. Nous ne pouvons que nous sentir concernés, car notre situation plus confortable ne tient à presque rien. Ne regardons pas la pauvreté comme une fatalité. Sans tomber dans la culpabilisation, il y a plus de manières d’aider qu’on ne l’imagine. Je reçois de l’alimentaire, des habits, des bons de grandes surfaces, de l’argent. Je peux ainsi alléger quelqu’un d’une facture. Cette aide matérielle est importante. Celui qui n’a rien à donner peut aussi offrir des compétences. En donnant un cours de peinture sur soie, je permets à des gens de se réaliser d’un point de vue créatif. C’est une vision solidaire, une valeur chrétienne que nous pouvons transmettre.

Est-ce vraiment à l’Eglise, plutôt qu’à l’Etat, de se soucier de cela?
En tant que chrétienne, si je découvre une précarité pour laquelle personne ne fait rien, alors j’agis. Il y a quelque chose qui nous porte et nous empêche de rester tranquilles. Jésus est venu trouver les laissés-pour-compte. C’est pour cela que beaucoup de projets d’entraide ont été initiés à l’origine par des croyants. Tant mieux si ensuite l’Etat prend le relais.

  • G.D.

EN SAVOIR PLUS

  • Association des familles du Quart monde
«Un million de personnes en Suisse sont touchées par la pauvreté, rappelle André Isenegger, coordinateur de l’Association des familles du Quart monde de l’Ouest lausannois. Rester debout est primordial. Surtout quand les malheurs, les problèmes de santé, de logement ou d’éclatement des familles se cumulent. Quand elle est due à des facteurs multiples, la pauvreté peut s’installer de manière durable. La pauvreté affecte l’estime. Car il est difficile de correspondre aux standards de notre société de consommation. Beaucoup luttent pour préserver leur dignité.» L’Association rassemble des familles en situation de précarité et des personnes en détresse sociale. Elle a pour but de permettre aux familles de se réunir, de partager leurs expériences et de prendre davantage conscience de leurs capacités. Rencontres, ateliers créatifs, loisirs, formations, repas le premier mercredi du mois.
  • Adresse: Bourg-Dessus 17, 1020 Renens, 021 635 22 98 Internet: www.afqm.ch
  • Un livre: «Richesse invisible», Editions d’en bas, 208 pages illustrées de photos de Pierre Antoine Grisoni. Des portraits et des témoignages qui rendent hommage aux familles du Quart monde de l’Ouest lausannois. Un condensé d’espérance, de persévérance et de force intérieure.

  • L’Ancre

Un lieu d’accueil ouvert lundi, mercredi et vendredi de 11h à 18h, avec repas à midi. Office le mercredi à 18h. Le lieu est soutenu par une association. Le poste diaconal est rattaché à la région protestante de La Chamberonne.

  • Adresse: Chemin des glycines 5, 1022 Chavannes-près-Renens, 021 634 70 74.

  • Pro Senectute 
La pauvreté des personnes âgées en Suisse est une réalité, démontre l’étude de Pro Senectute «Vivre avec peu de moyens». Environ 12% des rentiers AVS sont tributaires des prestations complémentaires. Près de 4% de la population âgée reste pauvre malgré ces prestations. Pro Senectute donne des consultations sociales.
  • Adresse: Rue du Maupas 51, 1004 Lausanne, et dans dix localités du canton, 021 646 17 21, www.pro-senectute.ch

  • Une émission

«Les enfants du Quart monde», Hautes fréquences, dimanche 20 décembre, 20h sur RSR1