Menu Contenu
Cedres_Formation_bouton

Publicité

Soutenez votre Eglise
E-mail
Aider
«Le sida n’est pas réglé» Version imprimable Suggérer par mail
25-11-2009

La pasteure sida nous plonge dans la réalité des séropositifs toujours rejetés de la société. Témoignage

righetti_roselyne

Roselyne Righetti, profession pasteure sida, un autre regard sur les séropositifs.

Photo : bn 


«Circulez, il n’y a plus rien à voir!» D’un geste, Roselyne Righetti, pasteure du ministère sida, résume l’attitude de la société face au HIV. Non, le sida n’est pas une affaire réglée depuis l’apparition des trithérapies, martèle la pasteure. Oui, les malades souffrent de plus en plus du rejet et de l’incompréhension de leur entourage. «La population estime que le problème n’existe plus, puisqu’on ne meurt plus dans les six mois. Il y a désormais des spécialistes pour s’occuper des malades, voilà tout. Mais les trithérapies ne sont pas une promenade de santé, ce sont des traitements très lourds qui offrent un sursis», s’exclame Roselyne Righetti.

La pasteure qui s’occupe aussi des gens de la rue en sait quelque chose. L’été dernier, la moitié des décès parmi ses protégés étaient liés au HIV. «Le plus jeune avait 33 ans. Il a lutté pendant treize ans contre la maladie. Elle lui provoquait des nécroses au niveau des os, il ne pouvait plus bouger. Révolté, il me disait: ‹C’est terrible de penser que je vais mourir si jeune.»

Avec ses murs ocres et sa grande fresque réalisée lors d'une journée mondiale du sida, le salon de la Pastorale de la rue dégage une atmosphère chaleureuse. «Je m’occupe d’une catégorie de séropositifs, ceux qui sont dans la rue. Le lien entre le ministère sida et la Pastorale de la rue permet de préserver l’anonymat. Personne ne sait ainsi pour quelle raison les gens viennent me voir. C’est important car les séropositifs sont victimes d’un énorme discrédit.»

La société a encore peur, déplore la ministre. Elle n’est pas prête à accueillir cette réalité. «La propre mère d’un malade que j’accompagne lui crie à distance, quand il lui rend visite: ‹Ne viens pas vers nous, tu vas tous nous contaminer!›» Cette crainte subjective n’est pas une réaction isolée. «Des gens ont une première réaction de peur quand je leur dis que je travaille avec des malades du sida. Même à l’hôpital, j’ai vu des infirmières embarrassées par cette maladie, qui gardaient une certaine distance avec le patient.»

La peur des maudits

«C’est la lèpre de notre époque», fustige Roselyne Righetti. «Ils sont victimes de rejet, parce que, dans l’esprit des gens, c’est la maladie de ceux qui vivent mal. Elle est liée à de sales histoires de sexe, de prostitution ou de drogue. Il est facile de penser que le malade a commis une faute: c’est donc une punition, il l’a bien méritée. Alors la société condamne, parce que nous craignons les gens qui sont maudits.» Sauf que la pasteure proclame un autre message. «Je casse la malédiction. Je leur dis qu’ils sont non seulement bénis mais bénissables. Le Dieu crucifié est solidaire d’eux. J’affirme qu’il les bénit.» N’ont-ils vraiment pas commis d’erreur? «Les malades que j’accompagne ont en majorité été contaminés par une seringue. Car, à un moment donné, ils se sont passé le matériel d’injection, soit par conscience diminuée par le produit, soit par ignorance de la maladie du partenaire, soit par prise de risque après le choc d’un événement qui les a effondrés, comme la perte d'un être cher.»

La pasteure reçoit la peine des séropositifs qu’elle accompagne, épatée par «leur force dans la faiblesse». «Ils sont encore là, rayonnants, capables de conduire la chaleur comme la cuillère brûlante dans la tasse de café», s’enthousiasme celle qui se considère comme un maillon unique dans tout le réseau sida. La seule à ne pas venir du milieu médico-social. Juste une présence spirituelle, toujours surprise d’être autant attendue. «Celui qui est rejeté de tous tombe des nues quand je le prends dans mes bras. Comment dire à quelqu’un qu’il est précieux aux yeux de Dieu si tu ne le considères pas de même?»

  • G.D.