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Bible ouverte
L’enfant qui vient de Dieu Version imprimable Suggérer par mail
25-11-2009

Le professeur Daniel Marguerat explore le sens du récit de Noël

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Un roi mage devant l'enfant Jésus.

Photo : Eglise de Zillis 


Marie, Joseph, et l’enfant-Dieu. Notre mémoire de la Nativité a retenu cette trinité de Noël, dans la grotte merveilleuse où le bœuf et l’âne réchauffent l’enfant, sous le regard attendri des anges musiciens et des mages venus du lointain. Mais savez-vous que ce tableau idyllique est une recomposition faite de morceaux épars, puisés autant dans les évangiles apocryphes que dans la Bible? La grotte provient du protévangile de Jacques (IIe siècle), le bœuf et l’âne de l’évangile du pseudo-Matthieu (VIe siècle). Deux évangiles canoniques, Luc et Matthieu, racontent, en prologue, la naissance de Jésus, chacun à sa manière; leurs récits donnent de l’événement une tonalité à la fois plus sobre et plus dramatique.

Ni Marc, ni Jean ne font allusion à la naissance de Jésus. Marc commence avec la prédication de Jean Baptiste, Jean avec un hymne à la Parole faite chair. Voilà qui mérite réflexion: ces deux évangélistes n’ont pas estimé que le sujet était théologiquement capital. Pourquoi? Dans l’Antiquité, s’intéresser à la naissance d’un grand personnage n’était pas un réflexe immédiat. Le plus souvent, le souvenir des circonstances s’était perdu; c’est à l’homme adulte que l’on s’intéressait, comme Marc et Jean. Néanmoins, le récit d’un enfant royal menacé et sauvé se retrouve dans de nombreuses cultures: juive, gréco-romaine ou proche-orientale. Moïse, Romulus et Rémus, Zarathoustra, Krishna ont été des enfants menacés. A chaque fois, vérifier la fiabilité des événements rapportés s’avère difficile. Car le récit de naissance, dans l’Antiquité, ne satisfait pas une curiosité biographique; il répond à la question: d’où vient cet homme?

Les divergences et l’essentiel

Matthieu et Luc apportent chacun sa réponse. L’Annonciation s’adresse à Marie chez Luc, à Joseph chez Matthieu. Luc parle d’un recensement et d’un voyage de Nazareth à Bethléem, où naît l’enfant; Matthieu n’en dit mot. Le retour paisible à Jérusalem, puis à Nazareth selon Luc, s’accorde mal avec la colère d’Hérode et la fuite en Egypte selon Matthieu. La venue spectaculaire des mages est inconnue de Luc. Bref, les deux «Evangiles de l’enfance» sont historiquement peu compatibles. Mais ces différences ne trahissent pas des informations historiques disparates; elles signalent plutôt une façon différente de dire l’identité de Jésus. Luc se modèle sur la naissance de Samuel, alors que Matthieu voit Jésus comme un nouveau Moïse. Chacun de ces récits de naissance est donc un portrait théologique. Mais si les portraits de Luc et de Matthieu divergent, il convergent sur l’essentiel. L’essentiel? C’est la naissance extra-ordinaire de Jésus, le Messie venu de Dieu, au sein d’une famille juive pieuse de Nazareth.

Placés au seuil de l’Evangile comme un porche d’entrée, les récits de l’enfance annoncent que celui dont on va raconter la vie n’est pas simplement un grand homme, une belle personnalité religieuse, mais un humain dont l’origine nous échappe, car ses paroles et sa puissance d’action viennent de Dieu. Les évangélistes ont voulu nous livrer un petit traité sur le Christ sous forme de récit, qui répond à la question: d’où vient cet homme? Réponse: le mystère de son origine ne laisse entrevoir qu’une certitude, il vient de Dieu.

  • D. M.
  • Une version plus longue de cet article est publiée dans «Le Monde de la Bible», décembre 2009