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Une émission phare à la télévision, un livre, des chansons,
Alain Morisod parle du secret de sa réussite
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Alain Morisod: «La nostalgie est le propre de l'homme»
Photo : TSR 2010 - Philippe Christin
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Douze ans de «Coups de cœur» à la télévision, vous vous attendiez à un tel succès?
Alain Morisod: Absolument pas. J’avais été contacté pour une émission. Comme le taux d’écoute a été de 40%, ce qui est énorme, la TSR m’a demandé de continuer. On ne prévoit jamais le succès, pas plus que l’échec. J’ai fait l’émission dont j’imaginais qu’elle pourrait plaire aux Romands. A présent, je suis surpris par sa longévité.
Vos invités nous font revenir aux années de leur gloire. Vous aimez redonner du lustre au passé?
Quand j’ai commencé il y a douze ans, ce n’était pas tendance comme aujourd’hui. Nous en avons parfois ras le bol de voir ceux qui sont toutes les semaines sur les grandes chaînes. Alors que voir ce que sont devenus des gens que nous avons connus, cela plaît. Entendre Richard Anthony qui vient vous chanter «Et j’entends siffler le train», c’est émouvant. Le propre de l’homme n’est pas le rire, c’est la nostalgie. Il nous manque quelque chose aujourd’hui. Nous n’arrêtons pas de nous retourner. Des souvenirs musicaux sont ancrés dans notre mémoire, d’années où il s’est passé quelque chose de magique.
Vous avez perdu votre père quand vous étiez enfant. Est-ce aussi ce qui vous fait retourner vers le passé?
J’adore que des gens qui l’ont connu me parlent de mon père. Il y avait quelque chose de bon en lui, beaucoup de générosité. Je l’ai perdu trop jeune. Cela a été une déchirure et, à vrai dire, le seul pétard de ma vie. Sinon, la vie a été assez douce avec moi. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai fait avec, et je n’ai pas de nostalgie par rapport à cela, parce que j’ai eu une mère formidable.
A 60 ans, vous publiez votre biographie, «La vie, c’est comme une boîte de chocolat»…
Oui, je fais un petit bilan. Heureusement que j’ai une bonne mémoire car je n’avais pris aucune note. Tout est revenu. Le fait d’écrire m’a même permis de corriger des souvenirs que j’avais en tête et qui étaient inexacts. Les personnes qui me connaissent me disent: «En te lisant, on a l’impression que tu nous parles, c’est ton style.» Je n’ai pas enjolivé ou arrangé les choses, cela correspond à ce que j’ai vécu.
Vous racontez le bonheur de votre enfance genevoise...
Mon père était un petit commerçant, qui avait fait de bonnes affaires. A l’époque, il n’y avait pas de centre d’achat et les petits commerces étaient prospères. Donc pas de souci quand il est parti. De bonnes écoles, la musique et tout s’est enchaîné. J’ai un souvenir lumineux de cela. Je ne peux pas m’inventer de la vache enragée ou un passé tumultueux. Je n’ai pas touché à la drogue, je n’ai pas eu d’obstacles à franchir. Le premier disque que je fais se vend à deux millions d’exemplaires. C’est étonnant. Je suis reconnaissant à la vie de ce qui s’est passé.
Votre livre est rempli de rencontres, vous avez travaillé avec tous les artistes de la planète?
J’ai travaillé avec de nombreuses personnes, connues ou pas. J’ai connu les vedettes les plus importantes comme des personnes les plus simples qui toutes m’ont laissé un souvenir extraordinaire. Ma vie n’est faite que de rencontres, que de l’apport des autres. Tous m’ont laissé quelque chose. J’aurais pu appeler mon livre «Ils m’ont tous laissé quelque chose».
Le chapitre consacré à Fernand Raynaud est désopilant…
Fernand a été très important pour moi. C’est la première fois que j’ai travaillé avec un grand nom. En peu de temps, j’ai fait un parcours génial avec lui. Il avait fait un sketch pour me mettre en valeur. Il m’a énormément appris: le feeling, la connaissance du public, la manière de se comporter. Une phrase de lui m’accompagne: «Alain, n’oublie jamais que dans la vie on passe son temps à se fâcher ou à se défâcher.» C’est ce qui fait que, dans la vie, je n’ai aucun sentiment de rancune. Je n’ai jamais pris ce qui s’est passé comme une revanche par rapport à l’adversité. Je l’ai toujours pris comme quelque chose de positif.
Vous êtes populaire. Qu’est-ce qui vous anime?
J’aime faire plaisir aux gens. C’est viscéral en moi, quand je prends quelque chose en main, il faut que ça marche. Ma salle, ce soir, c’est plein. L’émission de télévision a de bons taux d’écoute. La vente de disques va bien. Je fais ce rapprochement entre le populaire et le succès dans la mesure où succès égale «ça continue». Si cela ne marche pas, on arrête. Le succès est porteur d’espérance et de perspectives. J’aime les choses qui fonctionnent. La chance, le coup de pouce… plein de choses font que cela marche ou pas. Il faut avoir un petit talent au départ, savoir le cultiver et surtout savoir travailler! Il faut de la persévérance. En plus, il y a tout un public, une majorité silencieuse, qui n’aime pas forcément ce que la presse encense en permanence.
Des figures religieuses vous ont marqué. Qu’en retenez-vous?
Une de mes phrases préférées, je l’ai entendue du pasteur genevois Henry Babel lors d’un baptême: «Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît très bien et qui vous aime… quand même.» Il y a tout dans ces deux mots: «… quand même.» A Fribourg, il y avait le curé Noël, un homme extraordinaire, la bonté même. Il m’a accueilli lors de mon premier concert dans une église. Il a pris ma défense le lendemain, où «La Liberté» avait titré: «Pitié, Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font». L’abbé Pierre est venu une fois dans l’émission. Dans mon public, il y a de tout, plein de gens et de petites gens, parfois des cabossés de la vie, comme il les appelait. Je serai toujours de leur côté.
Ambiance bon enfant, chaleur humaine, le monde dans lequel vous vivez n’est-il pas en péril?
Il est terriblement en péril, c’est évident. Les valeurs qui ont compté dans ma vie, je les retrouve de moins en moins: la parole donnée, les règles de société, qui sont nécessaires. Aujourd’hui cela part dans tous les sens. Cela va devenir invivable si nous ne reposons pas des règles de vie. Je ne parle pas seulement pour nous, mais pour les gamins qui arrivent. C’est eux qui vont trinquer, pas nous. Je ne serai pas là pour voir la fin du film. Comme je dis toujours, c’est pas que ce ne soit pas bien aujourd’hui, mais c’était un petit peu mieux avant.
«J'ai
toujours un peu tiré toute la charrette»
Alain
Morisod est en fait une petite entreprise dans laquelle règne un bel esprit
d'équipe...
Alain
Morisod: Là sur la route, nous sommes seize personnes. Cela prend de la place. Je travaille
souvent avec les mêmes, beaucoup de Québécois. Ils sont très performants,
j'adore. Je reconnais que j'ai en moi une âme de leader. Depuis toujours, on
m'a confié la responsabilité des groupes dans lesquels j'étais, j'ai toujours
un peu tiré toute la
charrette. Je le revendique, je l'assume et j'aime ça.
Je suis
resté moi-même un régional de l'étape par rapport à mon itinéraire
professionnel, parce que cela me plaît. J'aime entendre les gens. Ce soir, je
me réjouis de les voir, les gens qui vont venir et qui vont remplir cette
salle. J'en connaîtrai certainement quelques-uns. D'autres je ne les ai jamais
vus. Je sais que nous allons passer une bonne soirée. Il va y avoir un échange
formidable. Ce qui m'anime, dans tout ce que j'ai fait, c'est l'échange, la
rencontre, le dialogue. Ce que nous allons leur laisser, ce qu'ils nous
laisseront, ce sont des échanges permanents. C'est ça qui me plaît dans la vie.
Le
travail, c'est cela la recette de la réussite?
Le
travail à outrance, ou le plus grand talent du monde, ne vous donnent aucune
certitude de réussite. C'est une synthèse irrationnelle entre plusieurs choses,
le destin, le travail, oui... Tous les gens qui ont laissé leur trace sont de
grands bosseurs. Regardez, dans les gens récents, Céline Dion, Charles
Aznavour, Spielberg, ce sont des immenses travailleurs.
Vous pourriez
donner des cours dans les écoles...
(Rire)
Oui, aujourd'hui, le gros problème est que, dans la vie, on se trompe de héros.
Les gens encensés ou glorifiés sont momentanément dans la lumière mais ce ne
sont pas les symboles des vrais gens qui pourraient nous rendre service, par
leur comportement ou leur parcours.
Biographie express
- Un livre: «La vie, c’est comme une boîte de chocolat», Ed. La Sarine
- Une émission: Samedi 20 février, en direct, «Les coups de cœur d’Alain Morisod», sur TSR1. «Pour cette première émission de l’année, Les coups de cœur font leur cinéma.»
- Un CD:
Sweet People, «Buona Sera»
- Un site: www.morisod.com
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