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23-02-2010

Le pilote de F1 Sébastien Buemi nous parle de l’expérience acquise l’an dernier et de ce qui le motive dans la course et dans la vie

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Sébastien Buemi: «Je défends le fair-play, l’honnêteté et la passion»

Photo : Peter Fox / Getty Images 


Depuis Marc Surer il y a 24 ans, vous êtes le premier Suisse à avoir ramené des points dans un grand prix. Que ressentez-vous?
Sébastien Buemi: Disons que je suis très heureux d’avoir marqué ces points. Je ne me rends pas toujours compte combien il est important pour les Suisses d’avoir un pilote de F1, parce que je ne passe plus beaucoup de temps dans mon pays, mais je suis très content de succéder à Marc Surer au palmarès. Si ces quelques points pouvaient inciter d’autres jeunes Suisses à se lancer dans une carrière automobile, cela me réjouirait.

A 20 ans, vous êtes devenu une célébrité. Est-ce que cela vous motive?
Ce n’est pas la célébrité qui me motive. J’ai travaillé toute mon enfance, toute ma jeunesse pour arriver à ce niveau. J’ai toujours travaillé dans le seul but d’arriver un jour en F1, et je suis heureux d’y être parvenu. Quand les gens me reconnaissent dans la rue et viennent me saluer, c’est agréable, mais ça n’est pas une motivation en soi.

Dans votre parcours, qu’est-ce qui a le plus compté pour vous faire monter parmi les grands?
Premièrement, l’entourage familial, qui m’a toujours soutenu et qui a mis tout en œuvre pour que je réussisse. Le soutien est ce que ma famille m’a apporté de plus important. Elle l’a donné tout au long de ma progression, depuis que j’ai commencé la compétition à l’âge de 9 ans. Sans ma famille, rien n’aurait été possible. Ensuite, pour arriver en F1, il faut faire preuve de patience et de persévérance. Il faut toujours y croire et ne jamais baisser les bras.

De quoi un pilote a-t-il besoin pour gagner?
Avant tout d’une bonne voiture (il rit)! Bien sûr, il faut un minimum de talent, mais aussi, surtout, beaucoup de travail. Je dois être en osmose totale avec mon équipe, bien ressentir les réactions de ma voiture et savoir les retranscrire aux ingénieurs. Un pilote, aujourd’hui, fait bien plus que piloter. Il doit sans cesse rester en communication avec ses ingénieurs, constamment modifier les réglages sur le volant, tout en essayant d’amener la voiture à ses limites.

Vous avez fait de nombreuses courses l’an dernier. Quelle expérience cela vous donne-t-il?
En formule 1, l’expérience est très importante. Le fait d’avoir effectué une première saison complète va beaucoup m’aider en 2010. Ne serait-ce déjà que parce que j’en connaîtrai tous les circuits. Sauf celui du Canada et celui de Corée, mais là ce sera l’inconnue pour tout le monde. Je suis aussi devenu familier avec le rythme ramassé des week-ends de course. Pendant un grand prix, vous avez très peu de temps pour régler votre voiture. Chaque tour de circuit compte. L’expérience de l’an dernier va beaucoup me servir.

Avez-vous l’impression d’avoir acquis très vite beaucoup de maturité?
En formule 1, il n’y a pas de temps à perdre. L’écurie exige le maximum de son pilote dès le premier jour. Les médias sont cent fois plus nombreux que dans les formules de promotion. Il faut, d’un jour à l’autre, faire preuve d’une certaine maturité. En F1, les équipes sont composées de centaines de personnes qui font confiance au pilote. Je voyage dans le monde entier, je participe à des opérations de promotion: tout cela vous fait acquérir de l’expérience et de la maturité extrêmement vite, c’est vrai.

A la moindre erreur ou malchance dans la course, c’est la déception. Comment réagissez-vous face à un échec?
Evidemment, une saison est aussi faite de déceptions et d’échecs. Mais j’essaie de ne pas en être trop affecté, cela ne servirait à rien. Et d’une certaine manière, un échec constitue aussi une expérience. Il faut essayer d’en tirer quelque chose de positif. Il faut analyser ses erreurs pour ne plus les commettre.

Votre métier est fait de prise de risques. Vous arrive-t-il de penser à l’accident ou à la mort ?
Non. Je sais que le risque de l’accident existe, mais je n’y pense jamais. Y penser ne me ferait pas progresser et n’y changerait rien de toute façon.

Avez-vous des convictions, voire des croyances, qui vous font progresser dans la course comme dans votre vie quotidienne?
Le but de ma carrière est de devenir champion du monde de formule 1. Tout ce que je fais n’a d’autre objet que d’atteindre ce but. On vante vos qualités aussi en dehors du circuit. Quelles sont les valeurs pour lesquelles vous êtes prêt à vous battre ? Pour être franc, je me bats pour moi-même. Mais j’espère défendre des valeurs comme le fair-play, l’honnêteté et la passion. Il faut toujours essayer d’aller au bout de ses rêves.

Les affaires récentes de tricheries dans la formule 1 vous ont-elles ému?
Je ne m’en suis pas préoccupé. Elles ne concernaient pas mon équipe. Je préfère me concentrer sur mon travail plutôt que de commenter ce que font les autres. Je pense qu’il y a des tricheurs dans tous les sports et que les autorités doivent agir avec fermeté quand des cas de tricherie sont découverts.

Vous êtes un héros de la vitesse pour les Suisses. Que dites-vous aux jeunes automobilistes tentés de se prendre pour des pilotes sur les routes?
Il n’y a rien de plus stupide et de plus dangereux que de confondre la route avec un circuit. Sur la route, il faut impérativement respecter le code. Pour ma part, je fais très attention à m’en tenir aux limitations de vitesse. Ce n’est que sur les circuits que je roule à fond. Les jeunes qui souhaitent se défouler devraient faire de même. Il existe plusieurs circuits de karting en Suisse. Le karting, il n’y a rien de mieux pour avoir des sensations de pilotage. J’en pratique toujours intensivement.

  • G.D.

Biographie express

Sébastien Buemi, 21 ans

  • Un palmarès: meilleur rang, 7e aux Grands Prix de Melbourne et de São Paulo. Six points au classement en 2009
  • Le plus beau souvenir: «Ma victoire au championnat du monde de karting, en 2002, devant les 300 meilleurs pilotes de la spécialité. Puis mes premiers points en formule 1, l’an dernier, en Australie.»
  • Un rêve: «Devenir champion du monde de formule 1!»