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«Notre monde en pantoufles a de la peine à comprendre Jésus»
Jean-Michel Poffet, dominicain, ancien directeur de l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem, montre comment regarder Jésus aujourd’hui
La vision que les hommes se font de Jésus se modifie avec le temps. Y en a-t-il une qui serait la vraie?
Jean-Michel Poffet: Le bibliste sait qu’il faut faire le deuil d’une connaissance exacte et tout à fait assurée de Jésus. Chaque époque cherche en Jésus un reflet de ses préoccupations. Nous nous sommes rendu compte que, finalement, il y avait beaucoup de projections dans nos recherches. Les uns trouvent un révolutionnaire, les autres un charismatique, un prophète eschatologique, ou au contraire un sage, etc. D’où l’intérêt de l’étude qui consiste à prendre un peu de distance, et à critiquer nos approches.
Les recherches scientifiques nous permettent-elles de mieux savoir qui était Jésus?
Oui, dans la mesure où nous connaissons beaucoup mieux aujourd’hui qu’au Moyen Age ou dans l’Antiquité l’environnement dans lequel il a vécu. Nous connaissons les circonstances et le type de société dans lesquelles Jésus vivait, son inscription dans les formes diverses du judaïsme de son temps.
Faut-il s’attendre encore à de grandes découvertes?
En 1947, la découverte de Qumran a été extraordinaire, mais cela n’arrive pas souvent. Notre connaissance de Jésus est liée d’abord aux textes canoniques, les évangiles que nous avons, à notre connaissance ensuite de l’environnement dans lequel il a vécu, et enfin aux textes apocryphes dont les auteurs ont voulu compléter ce que les évangiles ne disaient pas. Nous avons tout cela. Il n’est pas nécessaire d’attendre une découverte extraordinaire.
Des éléments miraculeux entourent la vie de Jésus, depuis sa naissance jusqu’à sa résurrection. N’est-ce pas devenu difficile à comprendre aujourd’hui?
Notre monde est-il rationnel? Il n’y a jamais eu autant de crédulité pour ce qui pourtant n’en mériterait pas. Les miracles de Jésus ne sont parfois pas bien compris. Il y a eu une période où on a essayé de purger le Nouveau Testament de tous ces éléments, dans une lecture rationaliste. Ce temps est dépassé. Plus personne ne met en doute le fait que Jésus ait opéré des guérisons. D’autres récits, la transfiguration, la tempête apaisée, doivent être bien compris. Il est inexact de les traiter comme des miracles. Ce sont des manifestations où Jésus se donne à connaître, interprétées à la lumière de Pâques. Nous pouvons comprendre que Jésus a fait des signes, notamment des guérisons. Il n’y a pas de doute là-dessus.
Beaucoup de gens ne comprennent pas qu’un homme, Jésus, puisse être fils de Dieu. Comment l’entendre?
Le Nouveau Testament pose la question. La vie de Jésus aussi. La réflexion de l’Eglise jusqu’à aujourd’hui essaie d’y répondre. Ce n’est pas facile de dire à la fois que cet homme était un homme comme nous, et qu’il peut appeler Dieu son père de manière unique. Il n’y a pas d’exemple qui nous mette sur le chemin. Nous connaissons des prophètes, des guérisseurs, oui, mais la relation de Jésus à son père est beaucoup plus que cela. En dehors de la foi, il n’est pas possible d’accéder à ce que l’Eglise appelle un mystère, quelque chose qui n’est pas de l’ordre de l’évidence.
Les Eglises n’auraient-elles pas plus de succès en présentant Jésus simplement comme un maître spirituel?
Une partie de la recherche exégétique, notamment venue des Etats-Unis, l’a proposé récemment: Jésus comme un sage. La question n’est pas de savoir si cela aurait plus de succès, mais de savoir ce qui est vrai. Or la prédication de Jésus ne peut pas être réduite à celle d’un maître de sagesse. Pourquoi aurait-il été crucifié? Il y a quelque chose de plus tranchant dans le ministère de Jésus. Jésus s’inscrit dans l’attente messianique du peuple juif. Il annonce qu’avec sa personne le règne de Dieu a commencé. Ce n’est pas simplement un gourou ou un maître spirituel.
Cela pose problème à pas mal de gens…
La parole de Jésus est tellement exigeante qu’elle provoque l’adhésion de quelques-uns mais le rejet de beaucoup. Prêcher un crucifié n’est pas populaire. Mais dès que vous êtes en contact avec un monde pauvre, blessé, humilié, les gens comprennent très bien. Jésus en croix, ils comprennent. Aussi la résurrection. Notre monde en pantoufles a plus de peine à comprendre.
Quel chemin emprunter pour mieux connaître Jésus?
Deux choses: le livre et la communauté. Lire un évangile, à commencer par celui de Marc, qui est plus simple et plus court. Et puis la communauté, ce qui veut dire rejoindre des hommes et des femmes pour le faire, qui puissent vous aider. L’élément de communauté est fondamental pour comprendre le message de Jésus.
Vingt émissions radio et un triple CD
«A vue d'esprit» sur Espace 2 propose une série spéciale de vingt émissions consacrées à Jésus. Cette série «Jésus revu (et corrigé)» examine différentes représentations de Jésus et montre l'illusion de vouloir établir une interprétation définitive de Jésus.
Avec une vingtaine de spécialistes, dont Daniel Marguerat, Isabelle Graesslé et Frédéric Lenoir.
Un coffret de 3 CD est édité, reprenant le meilleur des vingt émissions.
- Emissions à écouter du lundi 1er mars au vendredi 26 mars de 10h30 à 11h sur Espace 2.
- Coffret CD à commander pour 25 fr. d'ici au 15 mars, puis 35 fr., au 021 318 66 22 ou sur esprit.rsr.ch
- Réécouter les émissions sur le blog de l'émission .
- * UN LIVRE: D. MARGUERAT, E. NORELLI, J.-M. POFFET, «JESUS DE NAZARETH, NOUVELLES APPROCHES D'UNE ENIGME», LABOR ET FIDES, 1998
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