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Spiritualité
La nouvelle quête des pèlerins Version imprimable Suggérer par mail
24-02-2010

A Lourdes, le croyant ne cherche plus la guérison physique, mais le bien être. Sa démarche est soutenue par un dispositif bien orchestré

lourdes

Des chaises attendent les pèlerins à la gare de Lourdes.

Photo : ORS, Christophe Monnot 


Le pèlerin de Lourdes n’est plus ce qu’il était. C’est ce qui ressort d’une recherche menée par Laurent Amiotte-Suchet, de l’Observatoire des religions en Suisse. Le maître assistant a entraîné ses étudiants à Lourdes en mai dernier pour un stage d’observation sur le terrain. «Pour avoir accès à l’information, il faut donner de sa personne, estime le chercheur. Ma formation en ethnologie me convainc des avantages de l’immersion, elle permet de briser des a priori. Je me suis dit que cela manquait à mes étudiants.» Le chercheur connaît bien Lourdes. Pour rédiger sa thèse, il s’est immergé pendant quatre ans dans une association de brancardiers accompagnant les pèlerins.

Première découverte, la dynamique a changé. «Il y a cinquante ans, le pèlerin faisait trois jours de voyage pour se rendre à Lourdes et restait douze heures sur place. C’était le pèlerinage douleur.» La grâce était espérée à l’arrivée, en guise de récompense pour l’effort fourni. Aujourd’hui, changement d’approche. «Les pèlerins râlent si les wagons ne sont pas assez confortables, sourit Laurent Amiotte-Suchet. Le but n’est plus seulement de s’y rendre. Sur place, chacun doit encore faire sa propre expérience. C’est en fait assez exigeant. Vous devez vous investir en utilisant les activités offertes.» Toutefois, la quête de guérison n’est plus centrale. Il est beaucoup plus question de mieux-être et d’introspection personnelle. Le pèlerin vient dans l’intention de s’accomplir.

Un phénomène collectif intervient dans la réussite du voyage, observe le chercheur. «Nous nous sommes intéressés aux pèlerinages organisés. Une stratégie affichée et tout à fait assumée vise à construire un sentiment d’appartenance collective. Il s’agit de transformer des entités individuelles en un peuple qui ressort grandi de l’expérience.» Tout commence dès lors dans le train par l’annonce du pèlerinage et une prière. Puis le pèlerin suit un programme commun chargé, fait de messes, de processions et de témoignages tant des malades que des brancardiers. «Dans l’intimité des chambres et des équipes, les récits des expéditions précédentes sont primordiaux. La socialisation passe par là: vous gagnez votre place en témoignant à votre tour.» Laurent Amiotte-Suchet repère alors une multiplication de tournures de langage et de leitmotivs, qui construisent une expression commune.

Vivre une expérience

Le pèlerin est là pour vivre une expérience. Autant dire que celui qui ne vit rien ne le manifeste pas publiquement. «Tout le dispositif existe pour vous permettre d’exprimer ce que vous avez vécu, non l’inverse», sourit le chercheur, qui constate que cela n’empêche pas des prises de distance individuelles. «Les pèlerins restent assez critiques. Beaucoup font leur pèlerinage pour eux-mêmes. Il y a une grande diversité de l’implication. Chacun négocie à sa manière avec la structure.»

Mais au fond, Lourdes, ça marche? «En tout cas, les pèlerins le disent et sont nombreux à revenir, constate le chercheur. Pour l’Eglise catholique, cet engouement est un énorme succès. Deux mille personnes de Suisse romande s’y rendent chaque année. L’Eglise a trouvé un événement fédérateur. Il compense en partie la perte d’intérêt pour la paroisse territoriale. L’Eglise tente de reconquérir une collectivité en construisant des paroissiens événementiels.» Difficile pour l’Eglise protestante de rivaliser sur le pèlerinage. L’idée d’un lieu habité d’une présence sacrée, comme à Lourdes, n’est pas dans sa sensibilité. Les pèlerins protestants sont rares dans la cité mariale. Ils préfèreront Compostelle, très différent: là, c’est le chemin personnel qui compte, non l’arrivée.

  • G.D.

Conférences

  • Laurent Amiotte-Suchet présentera l’expérience de terrain sur les sanctuaires de Lourdes, jeudi 1er avril de 10h45 à 11h45 à l’UNIL, Dorigny, Anthropole, salle 5033. Dans le cadre de quatre conférences sur «Marie au carrefour des traditions»: 18 mars, «La Mère des Dieux et le christianisme», par Philippe Borgeaud; 20 mai, «Marie dans le Coran», par Jean-Claude Basset; 27 mai, «Marie dans les traditions chrétiennes aujourd’hui», par François-Xavier Amherdt et Hans-Christoph Askani.