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Je vais y réfléchir
La croix, signe de douleur ou de salut? Version imprimable Suggérer par mail
24-02-2010

La croix, que le discours chrétien présente comme salvatrice, était à l’origine un instrument de supplice.

brandtDans le monde romain, on y suspendait, après qu’ils aient porté eux-mêmes leur croix jusqu’au lieu de l’exécution, les condamnés à mort qui ne méritaient pas une mort plus honorable. La mort s’y produisait, après une agonie plus ou moins longue, des suites d’une asphyxie.

Les évangélistes rapportent que Jésus, entrevoyant son arrestation et sa mort prochaine sur une croix, aurait invité ses disciples à porter eux aussi leur croix et à le suivre. La piété populaire a introduit des chemins de croix parcourus par des figurants ou des dévots. Celui qui porte la croix ploie sous le fardeau, se traîne avec peine jusqu’au sommet d’un chemin escarpé. Jésus demande-t-il vraiment à ceux qui se réclament de lui de s’engager intentionnellement dans des entreprises où ils auront à souffrir? De fait, l’usage du langage de la croix pour parler de la vie chrétienne risque vite de se transformer en recherche active de la souffrance. Pas besoin de se construire une lourde croix en bois pour ployer sous le fardeau de difficultés de vie, dans lesquelles on est parfois plus ou moins volontairement entré, avec la justification que plus le chemin serait douloureux, plus il serait chrétien. Un tel dolorisme mérite d’être interrogé, car le masochisme ne trouve aucun fondement biblique. Il relève plutôt d’un enfermement sur soi et d’une volonté de conserver l’illusion que l’on contrôle ce qui nous arrive.

Pour comprendre comment la croix peut devenir chemin de salut, il faut se tourner dans une autre direction. Le salut n’est pas dans la souffrance subie mais dans la relation qui s’instaure entre Jésus et ceux qui le condamnent. Pour un chrétien, la victoire sur la mort résulte du choix libre de Jésus de ne pas se dérober à ceux qui en veulent à sa vie. Sinon, il renierait l’amour qu’il a pour eux aussi. Dès lors, affronter librement le supplice devient le seul moyen pour en faire apparaître les limites: la volonté de détruire ne peut que tuer, mais elle ne peut pas empêcher que celui à qui on donne la mort choisisse en retour de donner sa vie à qui veut la lui prendre, choisisse de faire de ce don un acte d’amour. Pour le chrétien, la mort de Jésus sur la croix devient, par excellence, acte de subversion des forces de destruction. Jésus indique le chemin d’un profond retournement de ces forces. Il les transforme en moyen de communiquer à autrui le désir de le voir vivre autrement que comme agresseur.

  • Pierre-Yves Brandt, Professeur de psychologie des religions, Université de Lausanne
  • Pierre-Yves Brandt donne une conférence: «Entre dolorisme et chemin de salut, quelle psychologie de la croix?», mardi 2 mars, 18h30-19h30, Université, Dorigny, Anthropole, salle 2024.