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Haïti, pourquoi les chrétiens s’engagent Version imprimable Suggérer par mail
24-02-2010

Solidarité, entraide, prière, les Eglises protestantes de Suisse agissent

haiti

Aide d’urgence à Pétionville, Haïti, organisée par l’EPER.

Photo : Corinne Thévoz, EPER


L’EPER veut changer de nom*. On comprend pourquoi. Car même à Haïti, où l’organisation a débloqué une aide d’urgence d’un million de francs après le séisme de janvier, son appellation d’Entraide protestante aux Eglises en ruines, qui date de 1946, ne convient plus. Présente à Haïti depuis une trentaine d’années, l’œuvre d’entraide a d’autres priorités. Quelques heures après le tremblement de terre, des cuisines de rues se sont mises en place tout près du bureau de coordination de l’EPER à Pétionville. La chargée de programme Corinne Thévoz a pu s’en rendre compte sur place: la quarantaine de cuisiniers et leurs aides, qui se sont mobilisés pour préparer chaque jour des aliments frais, riz, pois et légumes, achetés sur place, travaillent avec un professionnalisme et une hygiène exemplaires dans la ville dévastée. L’aide d’urgence de l’EPER permettra dans un premier temps de servir 3000 repas chauds par jour jusqu’au début du mois de mai.

«Parce qu’elle est active depuis longtemps en Haïti, l’EPER connaît bien le terrain. Elle reste néanmoins une petite organisation non gouvernementale en comparaison avec d’autres organisations internationales mobilisées après le séisme. Il s’agissait donc de faire un choix adéquat pour être efficaces à plus long terme», indique Corinne Thévoz, en présentant ses projets d’engagement dans la ville de Petit Goâve, à deux heures de route de Port-au-Prince. Caritas, Medair et d’autres organismes liés à des Eglises se sont aussi mobilisés. Mais pourquoi l’Eglise continue-t-elle à investir dans ce domaine, alors que des organisations spécialisées existent qui peuvent aujourd’hui intervenir avec professionnalisme et compétence?

Engagement professionnel

boveyPhilippe Bovey, secrétaire romand de l’EPER, répond: «Les Eglises ne doivent pas s’engager directement sur le terrain, en envoyant des volontaires qui partiraient des paroisses en cas de besoin. Ces dix personnes qui viendraient sur place ne feraient que compliquer les choses. Elles n’auraient pas la capacité d’aider efficacement, on le voit trop souvent, même si leur intention est bonne. Les Eglises doivent agir à travers des organisations spécialisées.» Selon ce principe, les Eglises protestantes de Suisse agissent via l’EPER. «L’EPER permet une aide concrète sur le terrain, avec des partenaires, confirme le secrétaire romand. L’aide n’est pas une affaire pour donner bonne conscience à celui qui l’apporte. Le critère professionnel est essentiel. On n’aide pas les gens avec de bons sentiments, mais avec des compétences», précise Philippe Bovey.

 La mission d’aide des Eglises est compliquée par le fait qu’elles sont suspectées de cacher d’autres projets derrière leur intervention. Comme de vouloir profiter du désarroi de populations après une catastrophe pour mener des opérations d’évangélisation et de conversion. «Ce n’est pas notre cas. Les Eglises protestantes de Suisse, comme d’autres grandes Eglises, se sont justement donné les moyens d’avoir une main sur le terrain, qui est professionnelle. Il est important de ne pas avoir d’agenda secret. Pour nous, l’aide est le but, elle n’est pas un moyen. Cela reste très chrétien. Le commandement d’aider son prochain n’est pas une option, il est l’essentiel. Le Christ nous dit que ce que nous faisons aux plus faibles et aux plus petits, c’est à lui que nous le faisons.»

Prier ensemble

line_deprazAu lendemain du séisme, les Eglises du canton ont organisé un moment de prière à la cathédrale de Lausanne. «Une façon de marquer notre solidarité avec un peuple durement touché et dont nous nous sentons proches, témoigne Line Dépraz, pasteur et conseillère synodale. Face à la souffrance qui apparaît comme injuste, les Eglises sont interpellées. Notre foi nous permet de poser des questions, de dire notre révolte et notre incompréhension. Nous pouvons les dire à un Dieu dont le fils a passé par la mort.» Dire sa révolte ensemble, faire face à un sentiment de culpabilité, nommer sa peur, prendre acte de la réalité dans tout ce qu’elle a d’abrupt et de scandaleux, voilà ce qui justifie un rassemblement de prière, pour Line Dépraz. «Je ne crois pas Dieu capable de punir les gens de cette manière», précise-t-elle. A un de ses enfants qui lui demande: «A quoi bon Dieu, si c’est pour ça?», elle répond: «Nous nous trompons de Dieu quand nous croyons qu’il est un magicien capable de faire tout et n’importe quoi. La Terre et l’univers vivent. De même que deux personnes peuvent soudain se frapper, deux continents aussi. La faute n’est imputable à personne.» La pasteure encourage cependant les gens à ne pas taire leurs doutes: «Nous avons le droit à toutes les questions, sachant que nous n’aurons pas toutes les réponses.»

Ce qu’apporte la prière dans ces circonstances? «Elle nous apaise. C’est une manière de se reconnaître petit, fragile, de se réconforter devant un Dieu devant qui nous pouvons parler. Ne rien faire n’est pas tolérable. Nous devons être solidaires et donner de l’argent. Prier ensemble est encore autre chose. Nous nous en remettons à plus grand que nous. Il ne s’agit pas d’entretenir la culture de la souffrance, mais de la placer devant Dieu dans notre prière.»

  • bn

 

 

En faire plus

  • Changement de nom. Une étude ayant confirmé que le nom de la plus grande œuvre d'entraide protestante de Suisse, EPER, est mal connu du grand public, l'organisme lance une consultation afin de choisir un meilleur nom. Au choix: Respecta, Vitalibra, ou maintien de EPER/HEKS. Pour voter: www.monoeuvredentraide.ch
  • Solidarité Haïti via l’EPER: CCP 10-1390-5. Mention «Séisme en Haïti»
  • La prière du 12: La communauté de Taizé nous engage à prier pour Haïti le 12 de chaque mois, durant douze mois.