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Quel avenir pour les Eglises réformées Version imprimable Suggérer par mail
24-03-2010

Une étude produite par Jörg Stolz, directeur de l'Observatoire des religions à Lausanne, examine les conséquences des changements dans la société pour les Eglises protestantes traditionnelles de Suisse. Dur, dur

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Les confessions en Suisse de 1900 à 2000.

Office fédéral de la statistique. Infographie: Adrian Morat


Les changements profonds et rapides qui touchent la société heurtent aussi les Eglises. Comment? Deux spécialistes ont planché sur le sujet avec des résultats décoiffants. Ces tendances lourdes de la société, ou megatrends comme les appellent les auteurs, affectent les Eglises, réformées en particulier. Un exemple? «Si le mouvement actuel se poursuit de façon linéaire, les Eglises protestantes de Suisse auront, dans environ quarante ans, 35% de membres en moins qu’en 2000, ce qui ne représentera plus que 20% de la population.» Dans un document de 180 pages* qui doit paraître cet été en allemand et à l’automne en français, le sociologue Jörg Stolz et son assistante Edmée Ballif ont examiné ces tendances.

La première tient à l’éclatement des différents domaines de la société. Cela vaut pour la politique, le droit, l’éducation, la santé, la science et la religion. Le point le plus sensible ici touche au lien entre l’Eglise et l’Etat. Le megatrend va vers une séparation plus grande entre les deux. Un mouvement accéléré par l’augmentation du nombre de personnes sans religion et la pluralité religieuse. L’impact se produira sur le financement, mais aussi sur la présence des Eglises dans les services publics, les hôpitaux, prisons, etc., notent les auteurs.

D’autres tendances de fond sont relevées:

  • L’individualisation, qui fait que les personnes se distancient de plus en plus des structures sociales traditionnelles, les Eglises en particulier.
  • L’apparition de nouveaux modes de vie, souvent en célibataire ou en concubinage, avec des mariages plus tardifs et qui se font moins souvent à l’église, avec moins d’enfants, davantage de divorces.
  • La mutation des valeurs. Les gens se tournent vers des valeurs qui donnent de leur nouvelle situation une image positive et encourageante.
  • L’essor d’une concurrence séculière aux Eglises, le pluralisme religieux et l’augmentation des sans religion viennent compliquer la situation des Eglises.

Ces mouvements de fond ne peuvent pas être considérés comme des phénomènes passagers. Les sociologues invitent les Eglises à agir en reconnaissant leur existence plutôt que d’utiliser leur énergie à vouloir vainement les renverser. Il est probable que les Eglises deviennent plus vieilles et plus pauvres les prochaines années. Cela ne doit cependant pas pousser au fatalisme. L’ampleur du phénomène dépendra largement de leur attitude et de leurs actions. Leur avenir est dans leurs mains, remarque l’étude.

  • V.Vt

 

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Extrait d'un sondage publié dans «Die Zukunft der Reformierten».

Infographie: Adrian Morat


Les bonnes idées dans les cantons

Face aux bouleversements de la société, les Eglises réformées ne sont pas inactives, de bons modèles d'actions existent. Elles peuvent avoir plus de succès, affirme l’étude, par la reprises de stratégies gagnantes.

Eglise vaudoise

paillardL'Eglise protestante vaudoise (EERV), la plus grande de Suisse romande, la troisième au niveau suisse, n'a pas attendu les audits externes pour s'adapter aux nouveaux trends. «La dernière adaptation en date est l’accord visant la parité de postes entre protestants et catholiques dans le canton à horizon 2025», relève Xavier Paillard, vice-président de l'Eglise protestante vaudoise (lire ci-contre). «L'article de la Constitution qui prend en compte la dimension spirituelle de l'être humain, et qui donne aux Eglises une mission au service de tous, est aussi une adaptation. Le projet ‹Eglise à venir›, lancé en 2000, était déjà une réponse à ces nouvelles tendances.» Les Vaudois ont voulu dépasser le niveau des paroisses pour renforcer les régions. Ils ont aussi étendu la réflexion au-delà du mur de leurs Eglises: «Nous avons développé notre présence dans des lieux de vie et de formation, comme les hôpitaux, les EMS, les gymnases et les écoles professionnelles.»

D'autres champs ont été ouverts ou se sont renforcés, comme le dialogue interreligieux, le dialogue interconfessionnel, et celui avec les Eglises de migrants. «Le Conseil synodal veut donner une couleur particulière à quelques églises phares à Lausanne. Les paroisses ne sont plus le seul lieu où vivent et s'expriment les Eglises. La vie des Eglises est plurielle. Dans les années 1990, les pasteurs étaient des généralistes. Aujourd’hui, les ministères se sont diversifiés et enrichis de spécialisations», explique M. Paillard. Revenant sur les propositions du document, comme celle d'un nom commun pour toutes les Eglises réformées de Suisse, il estime qu'elles doivent rencontrer une adhésion de la base. Pour chaque proposition, il s'agit d'analyser la valeur ajoutée et le risque. «La Fédération des Eglises protestantes de Suisse doit rester une fédération. Les Eglises peuvent s'y enrichir mutuellement, mais il y a un équilibre à trouver entre fédéralisme et centralisme. Le niveau décisionnel doit rester au niveau des Eglises cantonales», conclut Xavier Paillard.

A Neuchâtel

baderLes propositions formulées par Jörg Stolz sont bien accueillies à Neuchâtel. «Notre analyse est proche. Cela nous conforte dans notre démarche», explique Gabriel Bader, président de l'Eglise réformée évangélique neuchâteloise (EREN). «Ces réflexions ne sont pas nouvelles pour nous. Nous sommes sensibles depuis longtemps aux attentes des paroissiens, car cela se traduit pour nous par un impact financier direct.» L'EREN, qui ne vit pas de l'impôt mais de la contribution volontaire, est en première ligne pour s'adapter à l’évolution de la société: la sécularisation, le vieillissement de la population, la diminution du nombre de protestants.

L’Eglise neuchâteloise a pris des mesures. Le nombre de paroisses a été réduit de cinquante-deux à douze entre 1996 et 2003. Désormais, la reconnaissance communautaire peut se faire par la participation à une activité plutôt que par l'appartenance à un lieu. «L'Eglise, c'est aussi les 16-20 ans qui encadrent les activités des enfants pendant les camps de vacances. C'est également la vie communautaire des aînés. La question qui se pose alors est de savoir comment relier ces différents groupes. La réponse est le culte.»

Un des rares points de divergence concerne ce sujet, selon Gabriel Bader. Jörg Stolz et son équipe mettent l'accent sur la nécessité de renouveler la forme de la célébration. «Nous y travaillons aussi, mais ne renonçons pas à l'offre traditionnelle. Selon nos études, le public attend un culte traditionnel. Le public adulte a besoin de repères, de symboles, d'un certain rite.» Pour le conseiller synodal neuchâtelois, la Fédération des Eglises protestante de Suisse est «indispensable: une petite Eglise ne peut pas tout faire. Il n'est plus possible de tout faire à double.»

A Genève

kuffer«Les sociétés évoluent. Les Eglises sont obligées, comme les autres organisations, de connaître le contexte dans lequel elles vivent, pour continuer à remplir une mission qui ne change pas. Nous devons reprendre notre rôle de nomade et d'éclaireur», explique Charlotte Kuffer, présidente de l'Eglise protestante genevoise (EPG).

«Les jeunes ne comprennent plus ce qui se passe dans les communautés. Ils comprennent en revanche quand nous leur proposons un projet humanitaire au Togo ou un engagement solidaire en Suisse. Nos anciens sont nostalgiques, mais les jeunes nous attendent et nous ne devons pas manquer ce rendez-vous. C'est pourquoi nous restons vigilants sur les phénomènes d'actualité: les plus importants sont les migrations, le métissage européen et les solitudes ici.»

L'EPG dépend de contributions volontaires et non de l'impôt. Elle a toutefois peu diminué le nombre de ses paroisses. L'EPG en compte trente-quatre réparties en sept régions. Elle est en train de revoir les grilles salariales de ses collaborateurs, en valorisant les fonctions et les formations. Pour Mme Kuffer, le rôle de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) est essentiel. «Il s'agit de regarder ensemble dans la même direction, mais il serait absurde de se lancer dans une tentative d'unification à l'heure du réseau. Ce que nous faisons aux niveaux suisse, romand et européen est très porteur. Les protestants sont organisés par strates successives.»

Mme Kuffer estime que le socle reste la formation, en particulier dans un temps nomade. Pour la Genevoise, il est illusoire d'envoyer sur le terrain des témoins aux compétences théologiques vacillantes: «Comment pourraient-ils jouer leur rôle de levain?» demande-t-elle. A l'heure où des choix devront être faits sur fond de crise financière, ce n'est pas là qu'il faudra couper, enjoint-elle.

  • T. B. www.protestinfo.ch

 

«Une question de survie »

L'auteur du rapport sur l’avenir des réformés donne des recommandations

jorgVous partez de tendances lourdes, ces mouvements de fond de la société sur lesquels personne ne peut avoir de prise. Pas même les Eglises?
Jörg Stolz: Ce sont des tendances générales de la société comme l’individualisation, la mondialisation, ou le développement de la technique, que ni les Eglises, ni les familles, ni même la politique ne peuvent changer. Le choix n’existe pas du fait que les mêmes phénomènes se produisent dans tous les pays. Nous devons considérer cela comme des conditions cadres, dans lesquelles développer des tactiques. Ma recommandation est de ne pas user son énergie à lutter contre ces tendances mais de mener les bonnes stratégies à partir d’elles. Les Eglises ont le droit, et peut-être le devoir de dire non à certaines évolutions. D’un autre côté, il est utile de bien examiner les tendances lourdes, avant de proposer des changements, afin de ne pas se donner des buts irréalistes.

Les Eglises de demain seront plus pauvres et auront moins de membres. Dans quelle mesure?
Les deux choses sont liées. Il y aura moins de membres. Je peux le dire sans être prophète au vu de tendances de la démographie. Les femmes protestantes ont peu d’enfants. Il meurt plus de protestants qu’il n’en naît. Ce phénomène n’est pas compensé par l’immigration protestante. Autre tendance, la désaffiliation. Il y a plus de protestants qui quittent l’Eglise qu’il n’y en a qui y entrent. Un troisième facteur intervient, l’augmentation des couples mixtes, par exemple un protestant et un sans confession. Ces couples ont moins de probabilité de donner une éducation religieuse à leurs enfants. Moins de membres, cela veut dire aussi moins d’argent.

Face à ces changements, comment réagir?
Les Eglises ont différentes possibilités. Notre étude montre que des Eglises cantonales ont proposé des idées prometteuses. Il faut partager ces idées. Pour le contenu, il faut jouer davantage la carte de l’identité réformée. Mieux montrer ce que veut dire être réformé. Beaucoup de personnes sont protestantes, sans savoir ce que cela veut dire. Elles pensent que cela ne leur apporte rien et ont tendance à se désaffilier. Il faudrait mieux profiler cette identité pour que chacun sache ce qu’il peut attendre de l’Eglise, et aussi ce que l’Eglise attend de lui. Il faut aussi mettre l’accent sur le culte. Il y a du travail à faire pour le rendre plus attractif aussi auprès des jeunes. Un renforcement de l’image dans le public serait aussi bienvenu, notamment avec un logo commun pour les Eglises cantonales, des actions de publicité communes. Les Eglises seront plus petites et plus pauvres, mais elles peuvent toutefois être plus fortes.

Quel est le principal défi pour les réformés?
C’est une question de survie. Si les choses continuent ainsi, dans cinquante ou septante ans, la question se pose de savoir ce qu’il restera. Les Eglises réformées doivent changer beaucoup de choses. Mais notre étude montre qu’elles sont sur la bonne voie.

  • V.Vt
 
En savoir plus
  • Un livre: Jörg Stolz, «Die Zukunft der Reformierten», à paraître en été. Traduction française en automne «L’avenir des réformés».