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Dans un livre qui vient de paraître*, Pierre Joxe, ancien ministre de François Mitterrand, raconte les cas de conscience d’un protestant en politique.Entretien
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Pierre Joxe sera à Lausanne le 29 avril 2010.
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Vous avez titré votre ouvrage «Cas de conscience». Pourquoi ce titre?
Pierre Joxe: Durant ma carrière au service de l’Etat, j’ai dû parfois faire des choix difficiles, pour rester fidèle à mes convictions. Comme jeune sous-lieutenant, à la fin de la Guerre d’Algérie, j’ai été chargé de censurer un quotidien, «L’Echo d’Alger», partisan de l’Algérie française, qui publiait des appels à l’insurrection et à la violence. Je suis contre la censure. Mais j’étais partisan du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et donc de l’«autodétermination» annoncée par de Gaulle. J’ai dû faire un choix.
J’ai choisi à un autre moment de ma carrière publique de mentir au président de la République. Celui-ci m’avait demandé si je m’étais «débarrassé» de deux terroristes du groupe Abou Nidal qu’on devait expulser à leur sortie de prison. Je lui ai répondu «oui». Mais c’était faux. J’étais ministre de l’Intérieur. Je voulais limiter les graves dangers encourus par nos policiers et minimiser le risque de voir les deux terroristes tués à leur tour par des services étrangers sur notre territoire. J’ai gagné du temps… On les a expulsés trois jours plus tard.
Dans votre ouvrage, vous parlez souvent des rapports Nord-Sud. Vous fustigez notamment la notion de droit d’ingérence.
Oui, car aucune armée étrangère n’a jamais pu imposer la démocratie nulle part. A cette règle, le Japon est peut-être la seule exception connue. Cette conviction a été mise à l’épreuve lors de mon expérience en Somalie, quand j’étais ministre de la Défense. J’étais opposé à une intervention française. Je n’ai pas été suivi par le président de la République. Mitterrand m’a pourtant laissé maître de la manœuvre et j’ai pu placer nos troupes loin de Mogadiscio. Ainsi, l’armée française sur place a pu faire un bon travail d’aide aux populations, un travail de gendarmerie, et elle a pu rester en dehors des massacres. J’ai obéi au président de la République tout en protégeant nos soldats. Le président a compris assez vite qu’il fallait les retirer.
Toute ingérence dans un pays étranger, en terre d’islam notamment, est vouée à l’échec. Un colonel que je cite dans mon livre avouait: «Au fond, même quand cela marche bien, on se demande à quoi ça sert.» C’est une leçon que nous pouvons méditer, notamment dans le cadre de notre intervention en Afghanistan.
- P. D. «Réforme», www.protestinfo.ch
En faire plus
- Une rencontre: Jeudi 29 avril, 19h30, Espace culturel des Terreaux, Lausanne. Le journaliste Jacques Pilet reçoit Pierre Joxe, ancien ministre français de l’Intérieur et de la Défense. Sur la question de la morale en politique, les rapports entre le pouvoir et les valeurs. Entrée libre.
- Un livre: Pierre Joxe, «Cas de conscience», Labor et Fides, 2010
Un protestant discret
Un pasteur parisien parle du paroissien Pierre Joxe
«J’ai eu le privilège de fréquenter Pierre Joxe dans mon ministère pastoral, indique Werner Burki, ancien pasteur à l’Oratoire du Louvre. Il n’affiche pas un protestantisme de façade, mais un engagement personnel fort. Il prenait sa place dans le culte, discrètement, mais totalement présent et fréquentait régulièrement l’assemblée dominicale et d’autres réunions. Il se souciait de la transmission pour ses enfants, et pour l’ensemble des jeunes, par le biais du catéchisme et du scoutisme. Il est arrivé que l’on réfléchisse ensemble après une prédication sur un sujet biblique abordé.»
L’ancien pasteur salue l’implication de Pierre Joxe au sein de la Fédération protestante de France et à la Fondation du protestantisme. «Son engagement est le signe d’une vocation toujours en tension entre son christianisme et la politique. L’ancrage de la foi, l’humilité devant l’Ecriture et la Parole de Dieu induisent un comportement d’une grande discrétion dans sa pratique. Sa vie de piété est là.»
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