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Avril 2010
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18 mai
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19 mai
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20 mai
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22 mai
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Panorama
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Des BD pour mieux lire la Bible |
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| 24-03-2010 | |||||
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Le dessinateur américain Robert Crumb, habitué d’ordinaire à un style plus provocant, a mis l’entier de la Genèse en bande dessinée. Thomas Römer, professeur d’Ancien Testament au Collège de France, la feuillette avec nous et nous livre ses impressions
La création
Le style de la Bible illustrée date déjà du Moyen Age, rappelle le professeur. «Là où Crumb est original, c’est qu’il essaie de suivre chaque scène avec un dessin, tandis que la Bible illustrée est condensée.» Crumb annonce d’ailleurs avoir retranscrit «chaque mot du texte original», sans ajouter de dialogues fictifs. «Il rédige toutefois certains passages sans les dessiner», repère Thomas Römer. Ce choix limite la volonté d'illustrer fidèlement le récit, il est imposé par la taille de l’entreprise – «La Genèse» de Crumb compte déjà 200 planches. Premier constat, Dieu est barbu et vieux… «Crumb s’inspire beaucoup de la tradition iconographique précédente. Difficile de savoir si l’auteur du récit s’imaginait Dieu comme Crumb, sourit Thomas Römer. Bien sûr il faut faire un choix, puisqu’il n’y a pas d’indication. Le dessinateur opte pour une image traditionnelle, mais il aurait pu la renouveler.» D’autres auteurs ont préféré ne jamais dessiner le divin en laissant la question ouverte. «Toute mise en image fait inévitablement entrer le lecteur dans un environnement qui véhicule une interprétation. Crumb veut être fidèle au texte biblique, mais reste aussi fidèle à une certaine tradition iconographique.» Cela posé, le dessinateur suit avec précision le récit. Dieu insuffle ensuite son souffle dans les narines de l’homme pour lui donner vie. La visite à AbrahamLe récit est célèbre. Dieu, sous forme de trois voyageurs, rend visite à Abraham. Le professeur s’arrête tout de suite sur les vêtements «un peu hollywoodiens» des personnages de Crumb. «Tout cela fait davantage Afrique du Nord que ce que nous pouvons imaginer de la Palestine au premier millénaire avant notre ère. Crumb le dit lui-même, un de ses conseillers connaît bien le Maroc.» En réalité, l’entreprise de reconstituer un réel décor d’époque serait difficile. «Nos connaissances sont limitées. Seuls les Egyptiens et les Assyriens nous ont laissé des représentations des étrangers du Levant arrivant chez eux. Leur habillement, peu détaillé, est toutefois assez différent de cette BD.» Thomas Römer s’étonne encore du couvre-chef d’Abraham, ressemblant à une kipa. «Crumb s’est-il dit qu’il fallait que le père des juifs porte une kipa? C’est bien sûr un anachronisme.» A la décharge du dessinateur, nous sommes dans le mythe fondateur. Faut-il faire des enquêtes historiques autour de tels récits? s’interroge le professeur. Fixer un contexte qui prétendrait que les choses se sont vraiment passées ainsi pourrait être contre-productif. «Nous pouvons prendre des libertés en mettant en scène ces récits atemporels. Voyez, les peintres italiens du XVIe siècle donnaient des allures italiennes à leurs scènes de l’Ancien Testament.» Cela dit, là encore, la dramatique illustrée est assez réussie aux yeux du professeur. Le dessinateur met bien l’accent sur les enjeux du texte. Sarah réfléchit à ce qu’elle entend. Son âge et son incrédulité sont mis en avant. L’intensité de sa peur d’avoir été entendu rire frappe le lecteur, et cela plaît. Le sacrifice d’Isaac«La dramatique du passage du sacrifice d’Isaac est très réussie, apprécie Thomas Römer. Le regard d’Abraham est déterminé. Celui d’Isaac interrogateur. Crumb suit fidèlement les dialogues et réussit à garder la sobriété du texte.» Tout au plus ajoute-t-il une larme dans l’œil d’Isaac au moment d’être ligoté. L’arrêt du sacrifice est également sobre. L’ange n’a pas d’ailes et ne retient pas la main d’Abraham comme dans de nombreuses représentations. Crumb se limite à une intervention orale et se rapproche ainsi du texte. L’ambiance du récit est bien rendue. Arrêtons-nous à l’ustensile qu’Abraham porte. «Cette question a toujours été un problème: comment Abraham a-t-il transporté le feu? souligne le professeur. Le texte dit qu’il le prend en main. Certains imaginent une torche, d’autre un récipient contenant du charbon ardent. Crumb prend cette option, même si l’ustensile me paraît un peu petit.» La Bible ne donne nulle part d’indication sur la manière de manier le feu à cette époque. Ce passage atteste toutefois qu’il était plus facile de le transporter que de l’allumer. Peut-être un foyer était-il maintenu en permanence. Le dessinateur est ainsi confronté aux imprécisions du texte. Il en va de même pour le couteau du sacrifice. «Dans tous les holocaustes qui ont lieu dans le Lévitique, le mot apparaît rarement et on ne sait pas du tout à quoi il ressemble, constate le professeur. C’est un problème pour le dessinateur, qui opte pour un couteau efficace, capable d’accomplir le sacrifice d’un seul coup.» Joseph devant ses frères«Cet Egyptien me semble quelque peu inventé, sourit Thomas Römer. Dans tout ce récit, le décor et les vêtements ressemblent plus à des clichés d’Hollywood qu’à l’iconographie égyptienne. Crumb aurait pu soigner quelques détails, notamment mieux faire ressortir la différence entre Egyptiens et gens du Levant, qu’ils considéraient comme des barbares dont il fallait se distinguer dans leur apparence. Les hauts fonctionnaires égyptiens, tels que Joseph l’est devenu ici, n’étaient pas poilus aux jambes ou aux mains, contrairement à ce qu’on voit ici. Nous savons qu’ils se rasaient.» Le professeur modère: «C’est le style de Crumb. Il crée son propre décor sans prétendre faire œuvre d’historien à ce niveau-là. Ce n’est pas gênant. Mais comme il affirme respecter fidèlement le texte, il y a une ambiguïté.» Malgré ses réserves, Thomas Römer trouve «fort plaisante» la Genèse imaginée par Crumb. «Bien sûr, toute mise en image peut décevoir un lecteur qui n’y reconnaîtrait pas son propre imaginaire, comme lorsqu’un roman connu est porté au cinéma. De mon côté, je trouve bien de confronter nos propres idées à d’autres et de réfléchir à ce qui me choque ou m’interpelle. C’est stimulant. En ce sens, la BD est une bonne manière d’entrer dans le récit biblique. Nous pouvons bien sûr nous demander si le visuel ne renforce pas certains stéréotypes. En fixant les images, nous figeons des interprétations. Ainsi beaucoup d’Américains voient Moïse comme Charlton Heston le joue dans «Les Dix commandements». C’est inévitable et les bibles pour enfants transmettent aussi leurs interprétations.» G.D.
Une BD
Robert Crumb, «La Genèse», Ed. Denoël Graphic, 220 pages.
Un Jésus en manga La vie de Jésus a été adaptée en manga!
Après «Le Messie», présentant une lecture composée des quatre Evangiles, un nouveau tome vient de sortir, «La Métamorphose», retraçant le livre des Actes des Apôtres couplé à de courtes présentations d’épîtres de Paul. Le projet a séduit les jurés du festival d’Angoulême en 2010, les deux volumes ont reçu le prix de la Bande dessinée chrétienne francophone. Si la mission de l’Eglise est de raconter l’Evangile aux hommes de son temps, ces mangas viennent compléter sa pédagogie pour lui permettre de toucher un public très particulier et plutôt éloigné des lieux de culte. Ils ont cependant reçu un bon accueil parmi les jeunes des Eglises. Un outil d’évangélisation à offrir sans scrupule et avec une originalité assumée. Son slogan: «Adapté du livre le plus vendu au monde... L'histoire la plus extraordinaire jamais racontée... Au sujet de l'homme le plus controversé qui ait vécu... Sous la forme BD la plus populaire au monde!». Prochaine étape: l’adaptation de la Genèse.
Martin Nouis, «Réforme»
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«Je suis étonné parce que c’est assez sage», sourit le professeur Thomas Römer, en feuilletant «La Genèse», la dernière bande dessinée de Robert Crumb. «Je trouve intéressant de voir cet auteur, à 66 ans, se pencher sur la Bible alors que ses œuvres précédentes sont plutôt provocatrices. Là il avertit qu’il ne s’est pas permis d’être iconoclaste.»

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