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Nés dans une famille sans papiers, des milliers d’enfants résident illégalement en Suisse. Témoignages
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Une illustration de l’exposition itinérante «Aucun enfant n’est illégal».
Dessin: Michael Alloca
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Pour les adolescents sans papiers, aux difficultés identitaires liées à l’âge, s’ajoutent des obstacles quotidiens et une incertitude quant à leur avenir professionnel. Maria, 23 ans, universitaire, et Samy, 12 ans, élève en 6e année, sont des sans-papiers, des «illégaux». Venus en Suisse pour retrouver leur mère et leur famille, ces jeunes voient leur futur hypothéqué pour un problème de permis. Sans le précieux sésame, impossible ou presque pour eux de trouver un apprentissage ou un emploi après leurs études. Tandis qu'une décision politique est attendue au niveau national, ils ont accepté de témoigner.
Un bout de papier pour rêver
«J’ai toujours rêvé d’être médecin», déclare Samy. Mais comment s’investir totalement à l’école quand on sait que du jour au lendemain tout peut s’arrêter? Même si ces jeunes parviennent au bout de leurs études, leur futur reste compromis. «On ne peut pas se projeter dans l’avenir. Il n’y a pas d’issue. Quand j’aurai fini mes études, sans permis ça sera bloqué», explique Maria.
«J’essaie de tout faire comme les autres, mais il y a toujours quelque chose pour me rappeler mon statut. Des amis qui partent en vacances ou l’impossibilité de faire mon permis de conduire», confie la jeune clandestine. «On ne peut pas devenir adulte comme les autres. J’ai 23 ans et j’habite toujours chez ma mère. Je ne peux pas me dire que j’ai envie de partir de chez moi. Tout le monde le fait autour de moi, mais pour moi ce n’est pas possible, il y a toujours des barrières. Il y a plein de difficultés qui me rappellent, au quotidien, que je n’ai pas de permis.»
Enfermés en Suisse
L’obligation de se cacher pour ne pas être repéré est pesante. L’impossibilité de quitter la Suisse également. «En 7e, ma classe part à l’étranger pour le voyage d’étude, mais je ne pourrai pas y aller faute de permis», raconte Samy.
Maria voit une contradiction: «Certains ne veulent pas de nous ici, pourtant on ne peut pas partir pour les vacances. Alors, comment veut-on que je garde des liens avec mon pays? Comment peut-on nous dire que l’on n’a pas de lien avec la Suisse et que l’on doit rentrer dans notre pays, si cela fait huit ans qu’on est ‹enfermés› en Suisse?»
Déblocage politique
En février, la Ville de Lausanne a annoncé qu’elle allait engager des apprentis sans papiers. Un mois plus tard la municipalité de Genève lui a emboîté le pas. Ces décisions font suite à un constat d’injustice: au terme de la scolarité obligatoire, les jeunes sans papiers peuvent poursuivre leurs études au gymnase ou dans une école professionnelle, mais ils n’ont pas la possibilité d’effectuer un apprentissage.
La décision des deux villes fait pression sur les Chambres fédérales. Le Conseil national a accepté deux motions visant à permettre l’accès des sans-papiers à la formation. Reste à passer le cap du Conseil des Etats. La loi devra alors changer.
800 enfants dans le canton
- Un millier de personnes sans papiers travaillent sur la Côte pour un total estimé entre 10 000 et 15 000 dans le canton de Vaud. Elles exécutent des travaux indispensables à la bonne marche de l'économie que personne d’autre n’accepte de faire, indique l'Association de soutien et de défense des sans-papiers de la Côte. Les enfants des sans-papiers, 800 dans le canton de Vaud, vont à l’école et sont ainsi partiellement intégrés, selon l’association.
- M. C., «ProtestInfo»
«Aucun enfant n’est illégal»
Oscar Tosato, municipal aux écoles de Lausanne, est à l’origine de l’initiative de sa ville d’engager des apprentis sans papiers. Il s’explique
Oscar Tosato: Il y a une énorme hypocrisie: quand nous engageons des employés, nous avons l’obligation de ne pas engager des personnes sans papiers. Mais si nous engageons des sociétés de services, nous n’avons pas l’obligation de contrôler leurs employés. Ainsi, si le nettoyage des bureaux de l’Office cantonal du travail est fait par une entreprise privée, il est tout à fait possible que le bureau d’un des chefs d’office soit nettoyé par un sans-papiers. Nous voulons en finir avec cette hypocrisie.
En transgressant la loi, vous dites que la morale est au-dessus des lois?
Nous avions conscience de l’impossibilité d’engager un apprenti sans papiers sans tomber sous le coup de dispositions pénales. Toutefois, ces dispositions ne sont pas de droit divin, elles sont le fait des hommes. Donc il faut changer ces dispositions, changer la loi pour qu’elles ne s’appliquent pas. Notre proposition visait à provoquer ce changement. Nous voulons provoquer une jurisprudence.
Quelles sont les raisons personnelles de votre engagement pour cette cause?
Premièrement, c’est parce qu’il y a des discriminations. Les jeunes sans papiers qui ont les notes pour aller au gymnase y vont. Ceux qui n’ont pas les notes suffisantes pour y aller ne peuvent pas faire d’apprentissage. Un autre élément est que nous avons signé la Convention internationale des droits de l’enfant. La Suisse est un pays riche, avec une forte tradition humanitaire. Ma conviction est qu’il faut appliquer cette convention qui protège tout enfant jusqu’à 18 ans pour la scolarité et la formation professionnelle. Troisièmement, nous ne pouvons pas rendre responsable un enfant d’une décision prise par ses parents et du statut juridique de ses parents. Pour cela nous disons: «Aucun enfant n’est illégal». Quand on croit à quelque chose, on y va, on affirme ses valeurs. La foi déplace les montagnes.
Comment vivez-vous votre foi?
Je suis catholique, je fréquente l’église protestante et je vais parfois chez les évangéliques. Je suis adepte de la théologie de la libération. Je vais parfois à l’église mais je vis vraiment ma foi dans l’action sociale et la défense des chances.
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