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Panorama
Merveilles d’architecture protestante Version imprimable Suggérer par mail
28-04-2010

Le professeur Bernard Reymond nous fait découvrir comment des églises médiévales du canton ont été adaptées par les réformés et comment ils ont bâti leurs temples

Eglise médiévale de Treytorrens

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La chapelle gothique de Treytorens

Photo : Commune Treytorrens 

trey_petitCette pittoresque chapelle gothique date de la fin du XVe siècle, donc d’avant la Réforme. Le professeur Bernard Reymond s’y arrête car elle comporte une curiosité pour une église réaménagée par les protestants. Elle compte deux dais de pierre, entendez par là les baldaquins qui surmontent les autels dans nombre d’églises catholiques. «Il devait y avoir un maître autel dans le chœur et deux autels latéraux, explique le professeur. Les autels ont été supprimés à la Réforme, mais les dais sont toujours là. Peut-être parce que c’était joli, ou parce que l’un d’eux surmonte dès lors la chaire et couronne ainsi la proclamation de la parole de Dieu.» Comme partout, des bancs d’église remplissent le chœur, orientés vers la chaire. Pour l’anecdote, la Réformation a un autre effet. En 1536, treize statuettes représentant le Christ et les apôtres sont vendues à la proche commune fribourgeoise de Franex contre «un sac de schnetz», des tranches de poires séchées. Non sans la garantie de pouvoir récupérer ce mobilier de culte si la paroisse retourne au catholicisme! Ici, pas de fanatisme détruisant les idoles, les statues sont sauvées. «Dans des communes si proches du canton de Fribourg, certains croyants continuaient à se rendre en catimini dans des chapelles catholiques voisines», sourit Bernard Reymond.

Temple de Chêne-Pâquier

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Chêne-Pâquier, une merveille d'architecture

Photo : Ch. Allemann

chene_petit Une merveille de l’âge d’or de l’architecture protestante. Pour une raison inconnue, ce temple est ovale… pardon, ellipsoïdal. Sans doute une liberté de l’architecte Abraham Dünz 1er qui réalise en 1667 un chef-d’œuvre. Car une telle construction est techniquement délicate. «Sa forme sobre indique bien la fonction du lieu qui est de rassembler une communauté», admire Bernard Reymond. A l’intérieur, simplicité et équilibre. «Une table de communion ovale, non pas un autel, précise le professeur. Elle est dans l'alignement de la chaire.» Chaire fine et élégante qui fait face à l’entrée. «Remarquez l’abat-voix. Son rôle n’est pas acoustique, il ressemble plutôt à une couronne.» Le professeur lève le doigt: «Attention, c’est la parole de Dieu qui est couronnée, non le pasteur.» Soit. Les quatre grandes fenêtres comportent chacune un médaillon symbolisant un évangéliste. L’Evangile entoure les fidèles… Parlons des bancs. «Juste après la Réforme, il n’y en avait souvent pas, comme le montrent des représentations avec des paysans assis par terre. Puis les premiers bancs étaient de simples poutres. Un catholique qui passe en pays de Vaud après la Réforme écrit que les églises ont des bancs partout, comme à l’école.»

Saint-Jean-Baptiste de Grandson

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La splendeur du temple de Grandson.

Photo : M. Koenig 

grandson_petEntrez dans l’église médiévale de Grandson, du XIe siècle, et vous comprenez tout de suite que vous êtes aujourd’hui chez des protestants. Des bancs modernes mais bien intégrés occupent toute la largeur de l’étroite nef depuis la magnifique restauration du début de ce siècle. Nous déambulons sur les côtés. «Les protestants n’ont pas besoin de couloir central pour faire des processions. Vu l’exiguïté de l’église, c’est l’endroit qui offre les meilleures places pour voir la chaire», affirme Bernard Reymond. Tiens, un bassin pour le baptême a fait son apparition à la croisée du transept. «Ça, cela ne date pas de la Réforme», avertit aussitôt le professeur. Juste! «Ces fonts baptismaux étaient déposés à un endroit inutilisable, confirme François Schlaeppi, pasteur de la paroisse. Sont-ils ceux attestés en 1492? Nous avons décidé de les réhabiliter.» Placés en vis-à-vis de la chaire, ils dessinent avec la table de communion un triangle qui indique que l’essentiel se passe là. Des bancs placés dans l’ancien chœur et le transept sont orientés vers ce centre. «Avant la Réforme, le chœur devait être fermé par une grille, précise Bernard Reymond. Le réaménagement de l’espace est ce qui a dû le plus frapper les fidèles lors du passage au protestantisme.» Les dix magnifiques chapiteaux des colonnes ont été conservés. A un détail prêt: «Le visage de la Vierge à l’enfant a été martelé à la Réforme, pour éviter que les fidèles ne fassent acte de superstition devant cette image», indique Bernard Reymond. Mais les réformés n’ont pas qu’endommagé le patrimoine. En badigeonnant les peintures, ils ont préservé les riches polychromies médiévales. La dernière restauration a mis à jour l’inscription «Saint Hughes priez pour nous».

Temple de Ropraz

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L'imposant siège du seigneur de Ropraz fait face à la chaire.

Photo :BR

ropraz_plaqueCe temple de 1761 conserve un vestige rare en Suisse romande. Face à la chaire se dresse le siège du seigneur de Ropraz, majestueux mais inconfortable, entouré des bancs pour sa famille et les notables. Le pasteur et le seigneur des lieux se faisaient ainsi face sous bonne surveillance réciproque… Bernard Reymond invite à découvrir les plaques en zinc indiquant à qui étaient réservés les bancs: la place du régent, des domestiques du château ou même des étrangers de passage! Mais que fait ce chœur dans une église construite par des protestants? «Ce n’est pas un chœur», reprend le professeur. Ce chevet en forme de trapèze, séparé de la nef rectangulaire par une grille, «ne fait pas partie de l’espace du culte». C’est la chapelle funéraire de la famille Clavel, seigneurs de Ropraz. Voilà encore une rareté pour le protestantisme romand. Elle rappelle que des nobles jouissaient du privilège d’être inhumés à l’intérieur des temples. «Vous avez remarqué que l’entrée du temple est à l’opposé de la route, poursuit le professeur. Elle faisait en réalité face à l’allée qui conduisait en droite ligne au château seigneurial aujourd’hui disparu.»

Grand temple d’Yverdon

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La façade en décor du temple d'Yverdon

Photo : C. Augsburger

yverdon_pet«Regardez la façade, c’est un décor», s’amuse Bernard Reymond devant le temple d’Yverdon. Son fronton est un mur, sans correspondance intérieure. Il sert à donner de la prestance à la place. Et à souligner avec prestige l’importance souhaitée à l’époque pour la religion dans la ville. En entrant, vous découvrez que la porte principale est un accès… secondaire. «Vues de l’intérieur, les véritables entrées sont de part et d’autre de la chaire», fait remarquer Bernard Reymond. Elles donnent directement sur les escaliers des galeries qui entourent majestueusement le volume. «Les galeries corrigent la forme asymétrique du temple, imposée par les rues qui le longent. Le rectangle en largeur ainsi composé est dans la plus pure tradition réformée», indique le professeur, qui regrette un écart au modèle protestant de base: la table de communion est décalée par rapport à la chaire. «L’esprit de l’architecte était sans doute de positionner la table en avant de la chaire, dans un carré dégagé entouré des bancs.» Tel est le modèle réformé qui s’ajuste partout en fonction des contraintes. Peut-être a-t-on voulu ici gagner de la place pour mettre plus de bancs. «Le dispositif en rectangle large est le meilleur, poursuit le professeur. Il est celui qui laisse la plus courte distance entre chaque fidèle et le prédicateur. Ici, comme souvent, la chaire est le seul endroit d’où chacun voit et entend le pasteur, sans micro.»

  • G.D.

Une excursion

  • «L’architecture religieuse vaudoise du Moyen Age à la Réforme», avec le Pr Bernard Reymond. Mercredi 19 mai de 8h45 à 18h. Prix: 100 fr. trajet en car et repas. Maximum 30 participants. Inscriptions: secrétariat de Connaissance 3, Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir ou 021 311 46 87. Plus d’infos: www.unil.ch/connaissance3