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Ottmar Hitzfeld: «La recette du succès, un travail sérieux» Version imprimable Suggérer par mail
26-05-2010

Ottmar Hitzfeld, entraîneur de l'équipe suisse de football, parle des valeurs qui le conduisent

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Ottmar Hitzfeld: «Mes priorités dans la vie? Etre crédible, authentique et respectueux.»  


« Le ballon rond est ma vie» dites-vous . Comment cela a-t-il commencé?
Ottmar Hitzfeld: Depuis mon enfance, la balle m'accompagne constamment. C'était déjà le cas lorsque, enfant, je faisais des promenades ou des randonnées avec mes parents. Aujourd'hui encore le ballon est mon quotidien.

Qu'avez-vous trouvé de plus intéressant dans le football?
La tension, les émotions fortes, les imprévus. On peut planifier et préparer beaucoup de choses, mais le succès n'est jamais garanti et il n'y pas d'explications pour tout. Tout cela me fait encore plaisir aujourd'hui. Cette tension, ces émotions, la collaboration avec les meilleurs joueurs, construire quelque chose avec une équipe, atteindre des objectifs communs.

Vous avez mené de nombreuses équipes à la victoire. Quel est le secret de la réussite?
Je n'ai pas de secret, il n'y a qu'une seule recette pour atteindre le succès: un travail sérieux. La technique, le talent et la motivation sont des qualités que les joueurs doivent posséder. Mon rôle en tant qu'entraîneur est de créer l'équipe idéale sur le terrain, et d'avoir un bon esprit de groupe au sein même de l'équipe.

Qu'est-ce qui compte le plus pour être bon footballeur?
Qu'est-ce qui fait un bon footballeur? Un qui marque beaucoup de buts? Un qui empêche l'équipe adverse de marquer? Un qui a joué beaucoup de matchs internationaux et qui a beaucoup d'expérience? Un jeune joueur avec peu d'expérience qui crée la sensation grâce à son insouciance? Il n'y a pas de réponse unique à la question. Un critère essentiel pour moi, à côté des évidences qui doivent être remplies pour ce sport, est l'esprit de groupe.

Vous avez étudié les mathématiques. Le football est-il aussi une science où il faut faire les bons calculs?
Le football n'est pas une science exacte pour laquelle il existe des réponses à tout. Le meilleur calcul est d'intégrer des joueurs dans l'équipe de sorte que l'équipe soit harmonieuse. Les joueurs doivent apporter leurs qualités pour le bien commun. Les forces individuelles doivent être mises à l'arrière-plan, les qualités des uns doivent couvrir les déficits des autres, chacun doit prendre au sérieux ses devoirs au sein de l'équipe et sur le terrain. Dans ce cas-là, on peut parler d'un bon système.

Comment faites-vous pour développer l'esprit d'équipe?
Ce qui compte pour moi, c'est uniquement la victoire. Ma fonction principale en tant qu'entraîneur est de former une équipe avec un esprit combatif. Pour y arriver, il n'y a pas de recette miracle, la recette est redéfinie chaque jour dans la vie d'un entraîneur de club ou lors de chaque réunion en tant que sélectionneur national. Le plus important est toujours de trouver le bon mélange.

Vos qualités d'entraîneur seraient utiles aussi pour le management d'entreprise. Allez-vous écrire un livre pour aider les gens à réaliser leurs projets et leurs ambitions?
Des parallèles peuvent être tirés, c'est exact. J'en ai parlé lors de conférences organisées par les sponsors ou à des workshops de cadres de Credit Suisse, notre sponsor principal. Mais il ne s'agit là que de mes expériences personnelles. Cela n'a rien de scientifique et ce n'est pas non plus une marche à suivre ou un mode d'emploi. Je m'appuie sur des exemples de mon travail dans la conduite de sportifs aux personnalités différentes.

Gagner, courir après la victoire. Est-ce aussi la règle qu'il faut suivre dans la vie?
Dans m'a vie j'ai d'autres priorités. Etre crédible, authentique et respectueux. Ma devise est: «Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse.» Je traite chaque personne comme j'aimerais aussi être traité.

Comme joueur, vous avez été le meilleur buteur du championnat suisse en 1973, avec le FC Bâle. Comme entraîneur, plusieurs fois élu Entraîneur mondial de l'année… La Suisse est-elle la bonne équipe pour arriver à gagner une coupe du monde?
La Suisse est une petite nation de football qui a connu de grands succès ces dernières années. Quatre participations consécutives à de grands tournois, cela ne doit pas être sous-estimé! Ces succès n'ont pu être atteints que grâce au travail remarquable de la Suisse dans le domaine de la relève et de la technique. Une petite nation doit travailler dur pour rivaliser avec les grandes. C'est ce qu'elle a fait de manière exemplaire pendant des années. Le titre de Champion du monde des moins de 17 ans l'an dernier en est la preuve. Il va de soi que la Suisse n'est pas automatiquement favorite lors des grands tournois. Mais elle peut créer la sensation et mettre des bâtons dans les roues des grandes nations.

Marquer des buts n'est pas le point fort de l'équipe suisse. Saurez-vous changer cela?
La première étape du succès se situe toujours au niveau de la défense. Notre défense a fait du bon travail pendant les éliminatoires pour la Coupe du monde. La Suisse fait partie des équipes qui ont encaissé le moins de but. Le fait que nous ayons terminé premier de groupe montre que votre affirmation n'est pas tout à fait correcte…

Quelles sont vos attentes au Mondial en Afrique du Sud?
Nous souhaitons atteindre les quarts de finale. C'est notre premier objectif. Si nous atteignons ce but, d'autres objectifs se dessineront d'eux-mêmes.

Atteindre la demi-finale, est-ce un exploit inespéré?
Dans le football, tout est possible sur un match. Nous ferons tout notre possible pour atteindre l'impossible et créer la sensation.

Quelle équipe donnez-vous comme favorite?
L'Espagne est sans conteste le grand favori. L'équipe a le meilleur milieu de terrain des cent dernières années. Si je devais nommer une autre équipe, je dirais le Brésil.

Une finale du Mondial Suisse-Allemagne, pour vous c'est un rêve ou un cauchemar?
Pour nous c'est un rêve, pour l'Allemagne c'est un cauchemar (rires).

Votre biographie* a été écrite par un pasteur. Etonnant, non?
Pourquoi étonnant? Josef Hochstrasser est depuis des années un ami proche. Notre première rencontre a eu lieu après une de ses prédications. Depuis lors, une belle amitié s'est développée.

Votre contrat avec l'équipe suisse court jusqu'à l'été 2012. Qu'aimeriez-vous faire ensuite? Pour le moment je ne le sais pas encore. Je vis au présent. Ce que je sais, c'est qu'en 2012 j'aurai 63 ans et, qui sait, peut-être que je serai trop âgé pour un tel métier (sourire).

  • V.Vt

* Josef Hochstrasser, «Ottmar Hitzfeld. Die Biographie», Argon, 200