Menu Contenu
Faites un don

Publicité

Les voyages 2012 de bonne nouvelle
E-mail
Je vais y réfléchir
Quelle pertinence pour quel christianisme? Version imprimable Suggérer par mail
27-05-2010

Il arrive qu'on me demande: «Quelle pertinence le christianisme a-t-il aujourd'hui?»

buhlerLa question n'est pas facile. Il y a tout d'abord la difficulté de savoir de quel christianisme on parle. Il y en a plusieurs, et ceux que je vois se développer, sous nos latitudes ou à l'échelle de la planète, ne sont pas ceux qui me semblent les plus pertinents: des christianismes «coincés» dans des institutions rigides, «collés» à la lettre de leur Ecriture sainte ou encore «ivres» d'expériences spirituelles. Par ailleurs, que veut dire «pertinence», et comment peut-on la «mesurer»? Signifie-t-elle s'adapter, se fondre dans l'air du temps? Ou s'agit-il au contraire de résister à tout prix?
Une pertinence bien conçue doit toujours aussi comporter une impertinence libératrice. Dans ce sens, l'écrivain Dürrenmatt disait: «Le christianisme qui ne se conçoit pas comme un scandale n'a plus de raison d'être.» J'illustre cela par quatre «défis de pertinence»:

  • Le Dieu chrétien est un Dieu qui s'est incarné dans la chair humaine: il résiste ainsi à toutes les tentations actuelles de séparer Dieu du monde, de mépriser les corps et de glorifier les âmes, de négliger l'ici-bas au nom d'un au-delà miroitant.
  • Cette même incarnation nous appelle à accepter pleinement le monde dans lequel nous vivons, sans vouloir le sacraliser, ni le diaboliser: le christianisme a son rôle à y jouer, en rappelant qu'il est la création, finie, certes, mais bonne, dont la responsabilité nous est confiée.
  • Le christianisme sait la faillibilité humaine, cette discordance qui fait que nous ne faisons pas ce que nous voulons et faisons ce que nous ne voulons pas. Il oppose humblement cette faiblesse à tous les efforts de maîtrise démesurée, dans les sciences, la technique ou la manière de conduire sa vie.
  • Finalement, la foi chrétienne se sait fragile, et non assurée tous risques. Elle accepte de s'exposer au doute et peut ainsi envisager une interaction fructueuse avec l'intelligence des hommes et femmes d'aujourd'hui.
Pierre Bühler, professeur de théologie à l'Université de Zurich