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27-05-2010

Soigner les traumatismes vécus par les migrants est un travail de longue haleine. Témoignage

isabe

Isabel Eíriz: «Chercher la part intacte de la personne.»

Photo : bn 


Violence extrême, torture, viol, deuils causés par la guerre, éclatement familial… Un nombre important de réfugiés qui arrivent en Suisse ont vécu de graves traumatismes avant leur exil. Isabel Eíriz, psychologue à Appartenances, côtoie au quotidien cette réalité qu'un livre* paru récemment rappelle. «Quitter son pays est déjà en soi une rupture, souligne-t-elle. Mais les violences subies auparavant s'y ajoutent.» Beaucoup de migrants ont été persécutés, emprisonnés, maltraités ou témoins d'horreurs. Des réalités particulièrement choquantes. «Quand votre voisin est devenu votre bourreau, cette expérience est totalement incompréhensible et chamboule toutes vos conceptions de la vie. Si, en plus, le tortionnaire reste impuni, votre confiance dans l'être humain et les institutions démocratiques s'effondre: à quoi sert-il encore d'agir en bien ou en mal?» La psychologue ne désespère pas: «Même à partir des pires situations, il est possible de revivre et de s'épanouir», assure-t-elle.

Des lieux de rencontre recréent un réseau de vie. La thérapie compte aussi. Elle doit pouvoir se faire dans la langue d'origine de la personne. «Il s'agit d'abord de réaliser que les effets du traumatisme sont normaux. La personne se sent coupable d'avoir subi la violence, mais aussi d'y avoir survécu. Elle n'a pas entièrement intégré qu'elle n'y peut rien d'avoir été victime d'une persécution systématique.» Beaucoup de migrants restent figés dans les événements vécus, dont ils rêvent constamment. Il faut reconstituer toute la chaîne de l'expérience traumatisante pour en traiter tous les aspects. «Quelqu'un qui a été torturé peut souffrir davantage de n'avoir pu s'occuper des siens que de ses propres blessures», explique Isabel Eíriz. Dans une telle reconstruction, les ressources de la personne sont primordiales. La psychologue cherche «la part intacte de la personne, ce qui l'a aidée à tenir. C'est souvent la spiritualité, la prière, l'expérience de Dieu. Mais ce peut aussi être un idéal, comme l'espoir d'une révolution.» La plupart des gens s'en sortent par un travail de longue haleine, assure Isabel Eíriz. «J'ai entendu des vécus terribles, mais j'ai aussi vu beaucoup de solidarité», confie-t-elle.

  • G.D.

Les Eglises agissent

  • Une protestation: A l'occasion de la journée des réfugiés, les Eglises protestante et catholique du canton organisent un cercle de silence, samedi 19 juin à 10h30 sur la place Saint-Martin à Nyon. «Nous demandons de reconsidérer les mesures d'aide minimale pour les requérants déboutés en attente de quitter la Suisse», explique Anne-Claude Rossier, aumônier des migrants et des requérants d'asile. Les Eglises rendent attentifs que l'aide d'urgence, prévue pour une courte période, maintient de fait des gens dans la précarité sur une longue durée. «Certaines des personnes qui doivent rentrer ne le peuvent pas. Soit parce qu'elles sont réellement en danger si elles le font, soit parce qu'elles craignent la discrimination à leur retour du fait des pressions familiales. Nous ne sommes pas dans l'utopie et ne disons pas que tout le monde doit rester, mais nous côtoyons des personnes que ce système écrase et anéantit. Notre rôle est de dire ce qui se passe et de dénoncer un non-respect de la dignité humaine», souligne la pasteure.
  • Une collecte: l'EPER (entraide protestante) organise une collecte lors des cultes du 20 juin pour des projets qui aident les réfugiés à s'intégrer et à s'en sortir économiquement. «Les réfugiés sont d'abord une source de compétences bénéfiques pour la Suisse. L'accès au monde du travail est un des leviers les plus efficaces d'une intégration réussie», explique Philippe Bovey, secrétaire romand de l'EPER. CCP 10-1390-5
  • G.D. 

En savoir plus

  • * Un livre: «Clinique de l'exil, chronique d'une pratique engagée» avec des articles de collaborateurs d'Appartenances. Ed. Georg, Genève 2009, 42 fr.
  • Une association: Appartenances, rue des Terreaux 10, Lausanne, 021 341 12 50, www.appartenances.ch