Menu Contenu
Faites un don

Publicité

Les voyages 2012 de bonne nouvelle
E-mail
Suivez le guide
Visite au bout du monde Version imprimable Suggérer par mail
29-06-2010

Perdu au fond d’une superbe vallée grisonne, le monastère de Müstair, érigé par Charlemagne, a gardé son décor unique. Un trésor de l’humanité

charlemagne

La statue de Charlemagne devant les fresques du chœur de l’église de Müstair.

Photo : Stiftung Pro Klosters St.Johann 


Commençons par là: ce n’est pas la porte à côté. Impossible même, en Suisse, d’aller plus loin. De Saint-Moritz ou de Davos, il vous faut encore une heure et demie de route à travers le parc national puis dans un vallon sauvage, où un gendarme a repéré un ours il y a quelques semaines. Müstair. A trois cents mètres de la frontière italienne se dresse le monastère Saint-Jean-Baptiste. Construit par Charlemagne en 774, il abrite des religieux depuis plus de 1200 ans. Le roi des Francs, dont les terres s’étendaient jusqu’en Bavière et en Lombardie, s’était, dit-on, perdu dans une tempête de neige à son retour. Le monastère, qui abrite une statue de lui, aurait été fondé en signe de reconnaissance pour en avoir réchappé. Au XIIe siècle, les moines sont partis, remplacés par des sœurs bénédictines. Elles sont treize aujourd’hui, âgées de 40 à 87 ans, sous la gouverne de la prieure Pia Willi, une artiste qui peint de charmantes scènes de la vie des sœurs. L’endroit est si extraordinaire qu’il figure au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1983. Impressionnant par ses dimensions, ses chapelles et ses tours, le couvent est surtout réputé pour les fresques carolingiennes de son église. «Tous les murs étaient couverts de fresques colorées, explique Andrea Rodigari, 39 ans, notre guide. Il y a là tout le plan de salut du Christ, en une impressionnante série de panneaux carrés.» Les siècles ont passé, les fresques sont encore étonnamment vives.

La lumière du monde

Plusieurs scènes illustrent la naissance de Jésus et sa jeunesse. Voici la fuite en Egypte. Marie assise sur l’âne. Le décor orientalisant pour poser le cadre. Joseph avance le pied, il marque son entrée en Egypte. Une deuxième rangée illustre les miracles de Jésus et son ministère. Une troisième la passion du Christ. Pilate apparaît en blanc, il se lave les mains. A côté de lui, Jésus est emmené. La seule double fresque de l’église est celle de la crucifixion. L’abside principale du chœur est consacrée à l’histoire de Jean Baptiste. Une frise aux couleurs vives rapporte son histoire. «A leur arrivée au XIIe siècle, les religieuses ont décoré l’église de fresques romanes. Elles ont appliqué un crépi sur les anciennes et, reprenant les mêmes thèmes, ont superposé de nouvelles fresques, dans un style où le mouvement est mieux rendu.» Salomé danse pour Hérode lors d’un banquet. En récompense elle a la promesse du roi: tu obtiendras tout ce que tu veux. La danse finie, Salomé ne sait quoi demander... Sa mère, Hérodia, choisit pour elle: la tête de Jean Baptiste sur un plateau. Jean Baptiste qui justement avait critiqué le mariage du roi avec la femme de son frère. Proche des sœurs de Müstair, notre guide parle avec émotion de ces images pleines de sens: «Au sommet, au Levant d’où arrive la lumière, Jésus dit dans une mandorle: ‹Je suis la lumière du monde.»

La prière des sœurs

A la Réforme, Müstair est le seul bourg du val qui a voulu rester catholique. Pour le récompenser, le monastère a fait de son église l’église paroissiale. Un écrin impressionnant dans ce coin reculé. Les sœurs ont travaillé la terre jusqu’à il y a une vingtaine d’années. Elles louent désormais terres et étables à un fermier et ont d’autres activités: les chambres d’hôtes pour des retraites, le grand jardin avec fruits et légumes, la confection de costumes folkloriques... Un musée montre le développement du site au fil de l’histoire et expose des trésors d’art religieux et de la vie monastique. La tour forteresse Planta du Xe siècle, rénovée par une prieure du XVe siècle, avec ses murs de 1,7 mètre d’épaisseur qui permettait aux occupants de se protéger des invasions sarrasines; l’élégante résidence et la chapelle d’un évêque du XIe siècle; le grand jardin au couchant… «A la fin vient la mort, relève Andrea. Nous pouvons être au paradis, au jardin d’Eden. Nous voyons ainsi où nous allons. A l’intérieur de l’église, la paroi ouest illustre aussi la fin du monde, avec le Christ qui, en signe du jugement dernier, lève son bras droit et abaisse le gauche.» Les sœurs, elles, prient, à 5h30, à 7h, à 7h30, à 11h, à 17h30, à 19h30. Vous ne les voyez pas mais, lorsque vous êtes assis dans l’église, elles sont cachées derrière vous, dans un chœur surélevé.

  • V.Vt

En savoir plus

  • Y aller: Kloster St. Johann, 7537 Müstair. Tél.: 081 851 62 28. Visites guidées aussi en français. En transports publics, six heures depuis Lausanne. En voiture 444 km.
  • Un site: www.muestair.ch donne des informations sur le couvent, le musée, l’accueil, les retraites, la vie monastique.