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Daniel Rossellat: «Ma philosophie, c’est le respect» Version imprimable Suggérer par mail
29-06-2010

Depuis trente-cinq ans, Daniel Rossellat fait du Paléo Festival un succès. Il dit comment il s’y prend et quel homme il est

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Daniel Rossellat: «Le succès n’est jamais fidèle. Il demande des soins attentifs.»

Paléo Festival


Depuis trente-cinq ans, le Paléo Festival a passé de 1800 spectateurs à 230 000 par an. Que représente pour vous un tel succès?

Daniel Rossellat: Quand nous rêvions du festival, nous n’avons jamais imaginé que cela puisse être une manifestation d’une telle ampleur. Nous avions commencé dans la salle communale. Notre rêve était de le faire en plein air. Nous pouvions espérer 40 000 personnes, mais jamais autant. La difficulté n’est pas seulement de parvenir à ce résultat, mais de le maintenir.

Les concerts se jouent à guichet fermé. La réussite est-elle devenue trop facile?
Non, parce qu’il faut se méfier du succès. Il n’est jamais fidèle, il demande des soins attentifs. Je considère toujours que la réussite est provisoire. Nous pouvons regarder le chemin parcouru et en être fier, mais il est difficile de faire des prédictions. Nous avons gardé notre identité, défendu des valeurs fortes, notamment le respect des spectateurs, des collaborateurs, des artistes, de l’environnement. Ce sont nos valeurs. Mais nous ne devons pas tomber dans la paresse ou l’arrogance, qui sont les pièges de la réussite. Nous allons tout faire pour maintenir ce cap, sinon ce serait le début du déclin. C’est ce qui se produit lorsque les entreprises perdent de vue leurs valeurs et leurs objectifs, notamment à cause de problèmes financiers. Pour nous, l’argent a toujours été un moyen, pas un but. Nous l’avons toujours dit.

Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes lancé dans l’organisation de concerts?
J’étais un passionné de musique, même si je ne suis pas musicien. Tout est parti du partage de cette passion lorsque j’étais animateur socioculturel pour des adolescents. A 19 ans, j’étais à peine plus âgé qu’eux. J’ai organisé un premier concert pour que chacun puisse avoir une activité. J’ai vu que la magie du spectacle opérait. Tout le monde était hypermotivé, même ceux qui avaient des tâches peu gratifiantes. Je me suis dit: voilà quelque chose que j’aimerais faire. Du rêve à la réalité, le chemin n’a pas été facile. Les cinq années qui ont suivi, je travaillais à côté pour rembourser les déficits des concerts.

Votre entreprise représente une cinquantaine de salariés et 4000 bénévoles. Cette utilisation de travail non rémunéré vous a valu des attaques. Que répondez-vous?
Ce sont des attaques ridicules, et de la provocation. Le bénévolat fait partie du festival, il est ce qui fait son caractère et son atmosphère. Sans lui, ce serait un tout autre projet. On touche là à la philosophie. Ces attaques sont peu fair-play de la part d’un concurrent, qui lui veut faire de l’argent. Je reste zen face à ces attaques qui montrent une méconnaissance de la philosophie de la maison. Presque tous les festivals d’Europe fonctionnent avec du bénévolat. Sauf en France, où ils sont subventionnés.

Pour des générations, Paléo est devenu une sorte de pèlerinage annuel. Qu’y trouvent les participants de si extraordinaire?
Paléo est un lieu de rencontre et une fête de la musique. Il a une dimension sociale en plus de la dimension artistique. C’est une semaine de fête avec des règles changées, moins strictes, pas loin du carnaval. Les gens sont plus ouverts au dialogue et à la rencontre. Plusieurs générations s’y retrouvent. Tous les jeunes Nyonnais n’attendent que de pouvoir aller seuls. Notre ancrage est très fort dans la région de Nyon. C’est une des clés de la réussite. Des spectateurs viennent aussi pour la tête d’affiche. Nous avons un taux de fidélité très élevé parmi les spectateurs. Ils apprécient de voir un nombre impressionnant de groupes et de revivre cela année après année.

Il y a eu des stands d’Eglises à Paléo. Il n’y en a plus. Pourquoi?
Deux choses. Paléo est une association neutre autant du point de vue politique que religieux. Il n’y a donc ni stand politique ni stand religieux. A un certain moment des Eglises chrétiennes ont proposé d’apporter une aide, au camping, à des marginaux qui en auraient besoin. Nous avons accepté cette aide sociale, qui touchait surtout des jeunes sans billet, qui passaient une semaine au camping. Mais des personnes emportées par leur élan et leur foi ont voulu faire du prosélytisme à l’égard de gens en position de faiblesse, notamment à cause de problèmes de drogue. Nous avons alors renoncé, tout comme pour les Krishna et d’autres. Nous l’avons fait en même temps que nous avons refusé les gens sans billet au camping.

Quel lien avez-vous avec les Eglises de la région?
Des contacts indirects existent, notamment avec la création d’une cellule de soutien psychologique pour le cas où il y aurait un accident ou des gens qui pourraient vivre quelque chose de traumatisant. Nous pouvons faire appel à un pasteur ou un curé dans ce cas, ainsi qu’à d’autres professionnels.

Et vous-même avec la religion?
Une relation assez distante mais pleine de respect. Pour les gens quelle que soit leur croyance, en particulier pour ceux qui ont la foi et ont une démarche active. Je respecte aussi tous les lieux de prière et je vais les visiter lorsque je voyage: une cathédrale, une mosquée ou des temples en Asie ou en Afrique. J’essaie de sentir la spiritualité des gens. Je défends des valeurs proches des valeurs religieuses. Le respect, j’en parle depuis trente-cinq ans. C’est une valeur défendue aussi par les religions, mais je ne lui donne pas cette connotation. C’est simplement une forte valeur éthique. Je n’ai pas été baptisé parce que mes parents étaient de confession différente. Ils ont voulu me laisser décider à l’âge de raison. J’ai eu des discussions intéressante avec des pratiquants, mais j’ai renoncé. Cela ne m’empêche pas d’avoir une approche morale, une éthique du respect.

Vous vous êtes lancé dans la politique et êtes syndic de Nyon, hors parti. Que vous ont appris les premiers mois de responsabilité locale?
C’est très intéressant. Je suis motivé et j’ai du plaisir. C’est une activité prenante, riche et lourde. Mais moins difficile que ce que certains disent. Le métier d’entrepreneur culturel est plus difficile. Vous avez une administration qui fonctionne, des chefs de service compétents, pas les mêmes risques ni les mêmes pressions qu’à Paléo. J’ai du plaisir à rencontrer les gens, à les écouter et à résoudre les problèmes qu’ils rencontrent. C’est gratifiant.

  • V.Vt