Menu Contenu
Faites un don

Publicité

Les voyages 2012 de bonne nouvelle
E-mail
Fidji: un paradis en perdition Version imprimable Suggérer par mail
12-08-2010

En s'approchant du débarcadère du village de pêcheurs de l'île de Viwa, au large de Viti Levu, la plus grande des îles de Fidji, on a du mal à imaginer un endroit plus idyllique que ce paradis du Pacifique Sud, rempli de panoramas plus stupéfiants les uns que les autres. Mais les jours de ce paradis sont comptés. Reportage

Sur le versant de la colline qui surplombe le village se trouve une église dédiée à la mémoire du méthodiste John Hunt, qui a traduit la Bible du grec en fidjien il y a plus de 150 ans. Il reste révéré par les villageois. A la tombée de la nuit, la chapelle luit comme un phare au-delà de l'eau. Sur les luxuriantes pentes menant à la côte se trouvent nichées les maisons des 110 âmes de Viwa.

C'est ici qu'une délégation du Conseil œcuménique des Eglises (COE) a été récemment été accueillie par les villageois de Viwa, qui ont fait part de leur inquiétude croissante concernant les changements climatiques dans le monde et l'élévation du niveau des mers due à la fonte des glaciers polaires, qui ont d'importantes répercussions sur cette petite communauté.

L'île elle-même est minuscule. Il ne faut qu'une vingtaine de minutes pour en faire le tour dans un bateau à moteur. Les changements climatiques qui se produisent loin d'ici ont des conséquences sur des endroits comme celui-ci.

Le seul moment où l'on peut approcher le débarcadère de Viwa, c'est quand la mer est haute. A marée basse, les eaux calmes se retirent jusqu'à plus d'un kilomètre en certains endroits, découvrant de vastes et impressionnantes étendues de vase. Le rituel quotidien de ce mouvement fascinant de la mer rythme la vie des villageois. Il faut se dépêcher le matin pour prendre le dernier bateau en partance avant que les eaux près des côtes ne soient plus assez profondes et se retirent.

Quand la mer s'est retirée, la vie sous l'implacable soleil tropical adopte une cadence plus lente, jusqu'à ce qu'une activité plus intense reprenne avec le retour fidèle de l'eau, plus tard dans l'après-midi.

«La mer grignote le littoral»

Plongés dans cette beauté et ce rythme, on a du mal à imaginer ce qui pourrait perturber l'équilibre de la vie à Viwa. Pourtant, Ratu Isikeli Komaisavai, coordinateur du village pour les projets de développement, affirme que les changements climatiques sont en train de changer la vie des villageois. «La mer grignote le littoral et la côte», a-t-il expliqué.

Il dit vrai, comme on peut le voir le long des pentes escarpées de l'île, où à divers endroits apparaissent des falaises de terre et des arbres au sol. On affirme également que l'eau laisse sa marque un peu plus haut chaque année.

Ce petit coin de paradis est en train de se faire lentement dévorer par les conséquences d'événements qui se produisent bien loin de ces côtes. «La plus grande menace qui pèse sur nous, ce sont les changements climatiques», affirme Ratu Isikeli Komaisavai.

Bien que le village se trouve du côté sous le vent de l'île, les typhons et ouragans qui s'abattent de plus en plus fréquemment sur Fidji et d'autres pays du Pacifique Sud font lentement disparaître des îles comme Viwa. Mais les changements ne se limitent pas à l'érosion des côtes. Les changements de température signifient que «les cultures ne sont pas prêtes au bon moment de l'année», a expliqué Ratu Isikeli Komaisavai, confirmant ce qu'ont constaté certains membres de la délégation dans d'autres pays.

Dans cette région du Pacifique Sud, autour de Fidji, la question des changements climatiques ne se limite pas à une simple discussion sur l'érosion et la montée du niveau de la mer. De plus en plus, pour le gouvernement et les responsables d'Eglise de la région, l'urgence porte sur les conséquences sur la population, en particulier pour les personnes qui devront être déplacées.

Le rôle de l'Eglise

«Etre responsable d'Eglise, c'est important, ici», explique Fe'iloakitau Kaho Tevi, secrétaire général de la Conférence des Eglises du Pacifique. Pour lui, cela signifie que l'Eglise a des réponses à donner aux questions «qui, quand, où, comment et pourquoi», dans le cadre de la réinstallation de populations vivant dans des îles comme l'atoll de Tuvalu, le pays le plus menacé par l'augmentation du niveau de la mer.

L'Eglise s'active au moyen d'initiatives telles que la reforestation, afin d'empêcher l'érosion lors des fortes pluies. «La seconde initiative consiste à construire des remparts de cordon littoral, initiative qui a les faveurs du gouvernement et des villages», a déclaré le pasteur Tuikilakila Wagairatu, secrétaire général de l'Eglise méthodiste de Fidji.

Ce n'est que depuis peu que les responsables nationaux du Forum des îles du Pacifique (FIP), qui est constitué de représentants de presque tous les gouvernements nationaux de la région, semblent disposés à aborder la question du déplacement et de la réinstallation des populations. «Le discours du Forum a changé», déclare Feleti P. Teo, du FIP. «La phase de réinstallation est désormais engagée et les dirigeants prennent conscience de la réalité.»

Les efforts faits pour porter un coup d'arrêt à l'érosion et inverser les conséquences des orages tropicaux, qui sont de plus en plus intenses, pourraient ne pas porter leurs fruits à temps pour aider l'île de Viwa. Pour Viwa, comme pour beaucoup d'autres îles du Pacifique Sud, l'augmentation du niveau de la mer, l'intensification des orages et l'altération des périodes de récoltes annoncent toutes la menace d'un désastre qui, à moins qu'on ne s'y attaque à l'échelle mondiale, pourrait mettre fin au paradis. 

  •  M. B./COE