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Jésus, l’enfant retrouvé Version imprimable Suggérer par mail
25-08-2010

Les universités romandes lancent un programme de recherche sur les évangiles de l’enfance

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Régis Burnet décrypte l'enfance de Jésus.

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Le massacre des innocents, la fuite en Egypte, Jésus au temple, à l’âge de 12 ans, c’est à peu près tout. Des quatre évangiles, deux seulement, Luc et Matthieu, racontent la naissance et l’enfance de Jésus. Pourquoi donc les évangiles se sont-ils si peu intéressés au petit Jésus? Régis Burnet, professeur d’histoire des religions à Paris, a plusieurs réponses. Les auteurs des évangiles disposaient sans doute de peu d’informations. Plus important, le sujet ne les intéressait pas tellement. «L’invention de l’enfance comme un âge à part entière, c’est Jean-Jacques Rousseau, note le professeur. Auparavant, il fallait aller vite vers l’âge adulte. Les biographes des grandes figures, dans l’Antiquité, ne retiennent que peu d’épisodes de l’enfance. Uniquement ceux qui annoncent la grandeur du personnage, qui montrent que bien qu’enfant, il est déjà un homme.» Un programme de recherche des facultés romandes en théologie présentera cet automne les travaux récents sur ces questions. «Pendant longtemps, nous disions que ces récits étaient de l’ordre du mythe, rappelle Régis Burnet. La nouveauté est de considérer que dire cela ne signifie pas qu’ils sont faux et sans valeur.» Mythes ou pas, les récits de la naissance de Jésus sont-ils fiables? «C’est la question qui tue, sourit le professeur. Par leur structure, ces récits échappent à l’histoire. Des bergers qui viennent adorer un enfant et qui voient des anges, ce n’est pas un sujet pour un historien. Cela n’enlève toutefois rien au sens du récit. En écrivant, Matthieu et Luc ont voulu incarner de manière concrète ce qui pour eux est la vérité de Jésus. Le messie que le peuple juif attend, un personnage extraordinaire qui naît comme un dieu. L’historien se tait, le théologien doit prendre le relais.»

L’enfant des apocryphes

Les écrits apocryphes sont plus bavards sur l’enfance de Jésus. On le voit modeler de petits oiseaux en terre qui prennent ensuite leur envol, provoquer en le touchant la mort d’un camarade qui l’a bousculé… La vie et l’enfance de Marie sont aussi racontées en détail. «Ces textes nous renseignent sur les communautés qui les ont écrits plus que sur les événements rapportés, avertit le chercheur. Nous en savons ainsi davantage sur la dévotion mariale qui naît au IVe siècle en Syrie et en Palestine ou sur le développement d’une religiosité très populaire, qui a besoin de miracles. Ces textes nous font découvrir un christianisme divers, en rupture avec l’idée d’un christianisme unique et monolithique. C’est pourquoi ces textes intéressent surtout les protestants», sourit l’historien. Il relève toutefois que catholiques et protestants, qui ont fait naguère des évangiles de l’enfance un sujet de controverse, les lisent aujourd’hui de la même manière. Pourquoi donc deux évangiles, Marc et Jean, ne racontent-t-ils même pas la naissance de Jésus? «Ils nous expliquent différemment qui est Jésus, répond le spécialiste. Lorsque vous dites que des anges entourent la naissance, que des rois mages viennent jusqu’à lui, c’est une manière d’expliquer qui est Jésus, de dire que l’enfant est extraordinaire et fabuleux. Marc et Jean s’y prennent autrement. Marc commence par une déclaration: ‹Ici commence la Bonne nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de Dieu.› Jean, lui, démarre avec un prologue théologico-poétique qui dit en substance que Jésus vient de Dieu – cela équivaut à une généalogie – et que les hommes ne l’ont pas accueilli – qui correspond au massacre des innocents. C’est une manière différente de dire les mêmes choses.» «Il ne faut pas avoir peur de l’apparence non historique de ces récits, conclut Régis Burnet. Les écrivains sacrés n’étaient pas idiots. Ils faisaient la distinction entre ce qui est rationnel et ce qui ne l’est pas. Ils voulaient faire passer un message qu’il est important de retrouver.»

  • V.Vt

En savoir plus

  • Une conférence publique: jeudi 30 septembre, 18h30, Anthropole, salle 2064, Dorigny. Régis Burnet, «Quoi de neuf sur les évangiles de l’enfance?»
  • Un programme de recherche: trois sessions de deux jours, les 1er et 2 octobre à Lausanne, 5 et 6 novembre à Genève, 3 et 4 décembre à Fribourg. Prix: 250 fr. Inscription: benjamin. Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
  • Un site internet: http://www3.unil.ch/wpmu/evenfance/

 

Bonus Web

Le massacre des enfants et la fuite en Egypte sont parmi les rares événements de l’enfance de Jésus à être rapportés dans la Bible. Régis Burnet doute de leur caractère historique: «Il faut lire l’épisode de manière symbolique. Nous lisons dans le massacre des innocents un décalque du massacre de la sortie d’Egypte de l’Ancien Testament. La fuite en Egypte qui suit est l’inversion de l’exode. L’évangéliste a créé cet épisode comme une anti-histoire de l’exode. Autrefois, les israélites ont quitté la terre de servitude pour aller vers la terre promise. Jésus, lui, quitte la terre promise pour aller vers une terre d’esclavage, dont il ressortira.» Autre récit, celui du petit Jésus à 12 ans, que ses parents ont perdu et qu’ils retrouvent en discussion avec des sages dans le temple de Jérusalem. «L’épisode est peu vraisemblable mais pas impossible, relève l’historien. A 12 ans, l’enfant entre dans une sorte de majorité religieuse. Il a la possibilité de s’entretenir avec des sages. C’est un micro événement sur lequel l’histoire ne peut rien savoir. Il nous montre que le petit Jésus, dès 12 ans, manifeste les mêmes dispositions que le Jésus de 30 ans. L’idée là-derrière est de montrer qu’il sait déjà tout et qu’il n’a pas besoin de l’enseignement des docteurs, puisqu’il est lui-même le docteur.»

  • bn