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La colère de Céleste
Monsieur d’Ormesson Version imprimable Suggérer par mail
25-08-2010

Si je suis fâchée, cette fois, c’est à cause de Jean d'Ormesson.

L’illustre écrivain, oui, à qui il arrive une chose horrible: il a cessé, depuis quelques années, d’avoir des ennemis. Le malheureux! Voilà qu’on l’encense partout et qu’il fait l’unanimité aussi bien dans les médias que dans les conversations. Il faut avoir des amis, c’est entendu, mais on se doit également de compter deux ou trois ennemis, ne serait-ce que parce que c’est excellent pour la santé. Mais bon, si Jean d’O n’en a plus, c’est qu'il l'a bien cherché: il n’arrête pas d’écrire des merveilles. Et qu'est-ce que ça fait du bien, admettez, de lire de grands textes! Témoin «C'est une chose étrange à la fin que le monde», son nouveau livre – chez Robert Laffont – où il est question de l'univers, du big bang, de la lumière, du temps, de l'espace, des hommes, de l’immortalité.

Et, excusez du peu, de Dieu. C'est-à-dire du Vieux, comme dit d’Ormesson, qui a l’audace de le faire parler. Mais Dieu existe-t-il? Le romancier n’en sait rien. Il croit simplement savoir que «ce qu’il y a de plus important, c’est Dieu, qu’il existe ou non». Si bien qu’avec son sérieux si guilleret et sa gravité si virevoltante, il ne manque pas de le louer. Il célèbre le Très-Haut, la vie et le monde, qui sont d'autant plus beaux qu’ils ne s'expliquent pas. Dieu merci, d’ailleurs! S'il y avait une explication, elle serait moins bien que le mystère. Car, suggère d'Ormesson, rien n'est aussi bien que le mystère. Bref, à cause de lui, je suis vraiment fâchée: un homme doué d’une telle sagesse et d’une telle modestie mériterait bien, à mon sens, quelques ennemis.

  • Céleste