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Mouvements controversés
Les messages spirituels s’adaptent aux besoins Version imprimable Suggérer par mail
12-01-2010

Les groupes spirituels qui ont du succès aujourd’hui sont ceux qui offrent un gain ici et tout de suite. Le christianisme ne l’ignore pas toujours

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Le reiki soulève des questions.

Photo :iStockphoto


Les quêtes spirituelles contemporaines prolifèrent. Occasionnellement, elles font réagir des Eglises. Prenez le reiki. Cet art de guérison apparu il y a un peu plus d’un siècle au Japon fonctionne par imposition des mains sur une personne ou sur soi-même. La thérapie fait appel à l’énergie cosmique et vise à rééquilibrer la force vitale de la personne. Ses effets se manifestent, selon ceux qui la pratiquent, sur le plan physique, mental et spirituel, son exercice est à la portée de tous.

La Conférence des évêques catholiques américains n’aime pas. Elle l’a fait savoir en mars dernier en regrettant que des religieuses et laïques de certains centres spirituels se soient investies dans «une interprétation chrétienne du reiki». La méthode «n’a pas été reconnue par les communautés scientifiques et médicales comme une thérapie efficace», critiquent les évêques américains qui limitent son efficacité à un «effet placebo». Ils soulignent surtout l’incompatibilité, à leurs yeux, avec la foi chrétienne: le croyant qui s’y adonne «opère dans le royaume de la superstition… qui affecte le culte rendu au vrai Dieu».

Un théologien lausannois se penche aussi sur le reiki, mais sous un autre angle. Pierre-Yves Brandt, professeur de psychologie à la Faculté de théologie et de sciences des religions, s’intéresse moins à connaître son efficacité que les raisons de son succès. «Le reiki est un exemple intéressant, explique-t-il. Il montre les bénéfices de salut qui sont recherchés aujourd’hui. L’individu cherche à préserver sa santé psychique menacée par les pressions quotidiennes. Les groupes spirituels qui ont du succès sont ceux qui offrent les meilleurs moyens de prendre en charge les difficultés de la vie psychique.»

Nouvelle quête chrétienne

Les Eglises auraient fort à gagner à ne pas perdre de vue cette attente. Mais le christianisme a-t-il le droit de s’adapter pour rester attractif? «Si nous considérons que le message chrétien s’adresse à l’être humain quelle que soit sa situation, il doit prendre en compte les souffrances nouvelles», répond le professeur. Car les bénéfices de la foi chrétienne ne sont pas toujours les mêmes selon les régions et les époques. «En Inde, les sans-castes obtiennent un meilleur statut social.

En Afrique ou en Asie, l’appartenance à une congrégation religieuse donne accès à l’éducation et à une liberté par rapport à la famille. Quand la structure sociale vous enlève votre dignité, le fait d’avoir de la valeur aux yeux de Dieu est un gain.» C’est en grande partie ce qui explique le succès du christianisme aux premiers siècles dans une société qui distinguait juifs et païens, Grecs et barbares, hommes et femmes, personnes libres et esclaves. «Une nouvelle estime de soi, jusqu’alors réservée à une élite, est offerte par Dieu à chacun.

Le bénéfice psychologique qui en découle est aussitôt vécu concrètement au sein du groupe des croyants.» Ici et aujourd’hui, la quête est différente. «Les fragilités contemporaines sont vécues à titre individuel – le chômage, le divorce, l’accident, le handicap. Quelles ressources spirituelles sont mises à disposition de l’individu pour se construire et préserver son intégrité psychique?» demande Pierre-Yves Brandt. Voilà le défi pour les chrétiens, conscients de ne plus être seuls sur le marché à offrir une réponse.

  • G.D.

Le dialogue avec les mouvements spirituels contemporains

Trois questions à Timothée Reymond, pasteur responsable du dialogue interreligieux dans l'Eglise protestante vaudoise.

Les Eglises devraient-elles mener un dialogue interreligieux avec les mouvements spirituels contemporains?
Timothée Reymond: Des essais sont menés à Genève, dans le «Centre de liaison et d'information concernant les minorités spirituelles» (www.clims.ch ) créé par le professeur de théologie Jean-Claude Basset. Dans le canton de Vaud, nous ne connaissons pas encore de véritable dialogue avec les nouveaux mouvements spirituels. Nous devons dépasser des craintes, des méconnaissances et des préjugés réciproques. Le dialogue interreligieux nécessite aussi de la confiance, l'assurance notamment que les interlocuteurs ne cherchent pas à se convaincre les uns les autres. L'enjeu serait de trouver les partenaires représentatifs pour dialoguer.

Les mouvements spirituels foisonnent. Des chrétiens en intègrent des éléments, comme le reiki, dans leur pratique. De tels mélanges sont-ils possibles?
C'est une vraie question. De plus en plus de personnes se construisent leur propre environnement spirituel. Il y a un risque de fabriquer une religion à soi qui ne se vit plus en communion avec les autres. Cela dit, certaines pratiques sont intégrables. Des moines chrétiens utilisent le zen. Ce n'est alors plus le zen pur, mais une pratique du zen en étant centré sur le Christ. De telles démarchent exigent toutefois un grand discernement.

Le succès des nouveaux mouvements spirituels interpelle-t-il les Eglises?
Sûrement. Nous devons faire redécouvrir les trésors de la foi chrétienne. Le fait que beaucoup de gens puisent à d'autres spiritualités est le signe de la méconnaissance du christianisme. Certains croient découvrir des choses nouvelles ailleurs, mais ils les avaient déjà à portée de main. L'attention au corps et à la guérison fait partie de la tradition chrétienne. Elle a été mise de côté, en particulier à la Réforme. La foi chrétienne ne parle pas qu'à la tête, mais à la personne dans son entier. Nous avons à le redécouvrir.

  • G.D.

Conférences

La Société vaudoise de théologie organise un séminaire «Quêtes spirituelles contemporaines et théologie, une rencontre possible?», à Lausanne, Centre Saint-Jacques (av. du Léman 26), les jeudis de 9h à 11h30:

  • 28 janvier, Pierre-Yves Brandt parle du lien entre «santé psychique et recherche de salut».
  • 18 février, Jean-Claude Crivelli, chanoine de Saint-Maurice, évoque la réflexion actuelle sur les sacrements.
  • 25 février (8h45-11h15), Gilles Bourquin, Dr en théologie, recherche le message chrétien qui rejoint les expériences de vie contemporaines.