Les éditions
Juillet - août 2010
Agenda
- Crêt-Bérard : "Apprivoiser l’angoisse de mort pour vivre pleinement"
18 mai
- Musée Historique de Lausanne : "27ème Rencontre des Guets Européens"
19 mai
- Musée Historique de Lausanne : Journée Internationale des Musées
20 mai
- Musée international de la Réforme : Journée internationale des Musées
20 mai
- Connaissance 3 - Cours de 4 séances : "Histoire du judaïsme : judaïsme et modernité"
22 mai
Proposer un événement
|
Reportage
|
La croix et le pistolet |
|
|
| 29-06-2010 | |||
|
Les aumôniers de l’armée s’entraînent sous les drapeaux pour payer leur grade de capitaine
Confidences à l’armée«J’ai moi-même demandé à devenir aumônier», témoigne Simon Butticaz, 29 ans, l’un des deux seuls Romands de cette formation bisannuelle. Pasteur à Chavornay dans le civil, il considère l’engagement sous les drapeaux comme «un beau travail pastoral qui permet des contacts avec les moins de 35 ans que l’Eglise voit peu». Il s’est piqué au gris-vert lors d’un stage d’observation avec un aumônier. «Je n’ai jamais eu autant d’entretiens individuels en une journée sur des questions importantes de la vie, raconte-t-il. A l’armée, les gens sont ouverts et disponibles. C’est une communauté contrainte qui est propice à la rencontre.» Pour le nouvel officier, le grade d’aumônier n’a rien d’une fonction alibi. «Des recrues sont venues me parler de leurs questions face à la violence, du sens de la vie, de la difficulté à trouver leur place dans la société, de ruptures sentimentales ou encore de la proximité conflictuelle avec d’autres soldats. Ils viennent se confier car, dans ce milieu militaire, nous représentons un autre monde.» Entre bunker et natureSous l’uniforme, aumôniers protestants et catholiques doivent défendre le même étendard. Une franche bonne humeur anime l’exercice, non sans des piques «d’humour fraternel». «Je trouve important d’avoir des aumôniers capables de n’être pas trop sérieux», sourit Matteo Calloni, 30 ans, second Romand du cours. Dans le civil, il est aumônier catholique au gymnase de Payerne. «Je prolonge un peu à l’armée mon ministère auprès des jeunes», sourit-il. En présentant son exercice, l’officier à l’esprit bout-en-train suggère de s’adresser aux recrues en les tutoyant: «Dieu est là, même quand tu nettoies ton fusil et tes souliers!» La petite classe francophone compte encore un Tessinois. Samuel Tamagni, 28 ans, qui s’est engagé à la demande de son évêque. «Je suis l’unique jeune prêtre de mon canton à avoir fait l’école de recrues», justifie-t-il calmement. L’aumônerie d’armée ressemble aujourd’hui à un laboratoire expérimental. Son terrain d’action reste le bunker et la nature. Ses interventions se déroulent toujours, entre coups durs et questions existentielles, au milieu d’autres activités qui nécessitent une bonne dose d’improvisation. Mais la «clientèle» s’est diversifiée, à l’image du pays. «Quand vous parlez devant 150 recrues, il n’est pas rare qu’il y ait une vingtaine de musulmans, avertit Nicolas Besson. Ce que vous dites doit pouvoir être entendu par tout le monde. Y compris ceux qui ne savent rien du christianisme.» L’aumônier expérimenté observe également un changement d’attitude: «Il y a dix ans, les soldats me confrontaient à leurs questions anticléricales. Aujourd’hui, personne ne me reproche d’être là. On me demande qui je suis et ce que je fais. L’ignorance crée la sympathie et l’intérêt.» Reste alors à imaginer le langage à adopter lors d’une célébration toujours facultative, mais à laquelle la presque totalité des soldats participent pour échapper à d’autres corvées. «Il faut déployer la dimension universelle du christianisme, comme le principe d’amour», suggère le capitaine Butticaz. L’officier Besson ajoute: «Nous pouvons même ouvrir un moment de prière interreligieuse, en nous plaçant face à l’absolu. Mais nous devons aussi apporter notre éclairage spécifique, sans nous sentir complexés.» Pas d'imam à l'arméeLe devoir de l’aumônier est de s’occuper de tous les militaires. Contrairement à l’Allemagne et l’Autriche, l’armée suisse ne compte pas d’imam. «Quelle que soit la religion du soldat, vous êtes son premier relais en cas de besoin, enseigne Nicolas Besson. Vous pouvez bien sûr l’aiguiller ensuite vers d’autres religieux.» Le travail ne manque pas puisque l’aumônerie militaire, qui compte un professionnel et 252 milices, manque encore d’une cinquantaine de volontaires. Le grade de capitaine s’obtient facilement en trois semaines. «Ici, nous apprenons d’abord aux pasteurs et aux prêtres à entrer dans les formes militaires, pour qu’ils soient à l’aise», explique Nicolas Besson. Sitôt dit, il annonce à ses hommes la tenue pour la marche de l’après-midi. Soupires dans la salle. Qu’à cela ne tienne. Pour remonter le moral des troupes, l’un d’eux exhibe le carton de bouteilles reçu le matin de son vicariat. Ouf, nous sommes bien à l’armée.
|
|||










Haut de la page