Menu Contenu
2012_dons_bn

Publicité

Les voyages 2013 de bonne nouvelle
E-mail
Culture
Un protestant Prix Nobel choisi par le pape Version imprimable Suggérer par mail
30-03-2011

Un protestant suisse, Werner Arber, nommé à la tête de l’Académie pontificale des sciences

werner_arber

Werner Arber, protestant Prix Nobel au Vatican.

Photo : G.C. Marino, Pontificia Accademia delle Scienze


En toute discrétion et sans même l’avoir cherché, Werner Arber, un scientifique de très haut niveau, a mis fin à une tradition pontificale vieille de quatre cent ans. Ce qui lui vaut son statut de révolutionnaire, c’est sa nomination à la tête de l’Académie pontificale des sciences. Car depuis 1603, date de la création de la vénérable institution, tous les présidents élus par le pape étaient catholiques. Or Werner Arber, lui, est protestant. «Bien sûr, l’Académie est multiconfessionnelle: les huitante scientifiques qui la composent viennent de tous les coins du monde. De là à me nommer, moi, un protestant... je ne m’y attendais pas du tout», avoue-t-il.

Et pourtant, l’homme a l’envergure nécessaire. Morale, d’abord: le pape exige des postulants un mode de vie et une éthique personnelle irréprochables. Intellectuelle, ensuite – car ce Bâlois d’origine peut se targuer d’un parcours scientifique exceptionnel. Trente ans déjà que le chercheur, qui a soufflé sa 81e bougie, est membre de l’Académie. Il peut également se targuer, et ce n’est pas un détail, d’avoir obtenu le Prix Nobel de médecine en 1978 pour avoir découvert, avec deux collègues, un mécanisme de défense des bactéries face aux agents infectieux. Dans l’institution pontificale, ce brillant chercheur ne doit pas s’ennuyer: trente de ses huitante collègues sont Prix Nobel comme lui.

Au cours des innombrables débats qui ont jalonné ces trois décennies, dont quinze passées à présider le conseil de l’Académie, le protestant a appris à composer avec les sensibilités du Vatican. «Le pape est très ouvert à la discussion mais ne manifeste pas le même intérêt pour tout», souffle-t-il. Ce qui intéresse le plus le Saint-Siège? Sans surprise, l’étude de la vie sous toutes ses formes, et la cosmologie. Les responsabilités de l’Académie sont lourdes: le pape s’appuie sur ses avis pour se positionner sur un sujet scientifique ou l’autre, devant des millions de fidèles. «Un jour, on nous a demandé s’il est possible de déterminer le moment exact de la mort. La question a l’air facile mais en réalité, nous n’avons pu répondre de manière irréfutable. Est-ce quand le cœur ne bat plus? Quand le cerveau ne fonctionne plus? Nous avons dû dire au pape qu’il n’existait aucun consensus entre nous à ce sujet», souligne-t-il.

Au Vatican, en matière de sciences, l’ouverture semble être de mise, et quand on lui demande pourquoi, Werner Arber sourit. «L’Eglise catholique a condamné Galilée, qui affirmait que la Terre n'était pas le centre de l'univers. Lorsqu’elle a réalisé bien des années plus tard l’énormité de son erreur, elle a adopté une stratégie plus conciliante avec les scientifiques.» A première vue, tout le contraire des créationnistes extrémistes dont le Prix Nobel a horreur. «On ne peut pas parler avec ces gens-là. La seule chose qui empêche la science et la foi en Dieu d’être pleinement réconciliées, c’est l’obscurantisme.» Parions que Werner Arber ne le laissera jamais s’installer au Vatican.

  • A.J.